08/04/2015

2015-04-08 Sur le terrain des guerres dans le monde arabe

Les deux faits marquants de ces dernières heures est la reprise des affrontements en Syrie entre organisations jihadistes, entre l'Etat Islamique et le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) dans la région d'Alep, et le début d'une nouvelle offensive de l'armée irakienne dans la province sunnite d'al-Anbar, à l'ouest de l'Irak.


Front irakien

Province sunnite d’al-Anbar
On s’attendait à ce que l’offensive de l’armée irakienne et des milices chiites qui a permis de reprendre la ville de Tikrit à l’Etat islamique allait se poursuivre en direction de la province de Ninive et de Mossoul, bastions de l’EI. Or, il apparaît que le gouvernement irakien regarde à présent du côté de la province sunnite d’al-Anbar. Cette vaste province, majoritairement désertique et sunnite, située à l’ouest du pays et frontalière de la Syrie, de la Jordanie et de l’Arabie saoudite, est une place forte de l’Etat Islamique.
Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a affirmé, mercredi 8 avril 2015, que la "prochaine bataille" des forces gouvernementales sera de reprendre la province d'Al-Anbar des mains des jihadistes de l’Etat islamique.
"Notre prochaine étape et bataille sera ici sur les terres d'Al-Anbar, pour la libérer complètement", a-t-il déclaré dans une base militaire de cette province de l'ouest de l'Irak.
Ces propos correspondent à ceux prononcés par le ministre irakien de la Défense, Khaled al-Obaidi, mercredi 8 avril à Amman à l'occasion d'une réunion des représentants de la Coalition antijihadiste dirigée par les Etats-Unis. Obaidi a promis de "bonnes nouvelles concernant al-Anbar et d’autres villes d'Irak".

Comme pour faire écho à ces déclarations, les forces irakiennes de sécurité ont lancé mercredi 8 avril 2015 une nouvelle offensive contre l'Etat islamique (EI) dans la province sunnite d'al-Anbar, afin de tester les défenses des Jihadistes.
Les combats ont commencé mercredi 8 avril dans la région de Sidjariya, à l'est de Ramadi. L'objectif était de nettoyer Sidjariya de la présence jihadiste et de sécuriser des voies d'approvisionnement vers la base aérienne de Habbaniya et enfin de desserrer l'emprise de l'EI sur les territoires reliant Ramadi et Fallouja. Mais il semble que les Jihadistes aient réussi à repousser cette première attaque.

Il n'y aurait pas eu unanimité sur la stratégie à adopter après la prise de Tikrit. Certains officiers d’Etat-major voulaient se tourner vers la province d’al-Anbar tandis que d’autres auraient préféré lancer une offensive en direction de la province de Ninive, au nord, dont Mossoul est la capitale.
La priorité a été finalement donnée à la province d’al-Anbar parce que, dans cette région, "il y a des territoires sous contrôle du gouvernement et les soldats y combattent l'EI", a expliqué à Reuters, à la fin mars, le conseiller-adjoint à la sécurité nationale, Safaa al Cheikh. "Nous pouvons nous appuyer sur ces points pour étendre nos territoires, c'est une situation que nous ne rencontrons pas à Mossoul."

Province de Salaheddine
Tikrit, capitale de la province de Salaheddine, a été conquise, mais cela ne signifie pas que les forces irakiennes de sécurité en ont fini avec la menace jihadiste comme le prouve cette vidéo montrant une attaque kamikaze contre un poste de l’armée :
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L’Etat islamique a perdu trois champs pétroliers
L’Etat islamique a perdu le contrôle "d'au moins trois grands champs pétroliers" en Irak et n'en exploite plus qu'un, affirme le quotidien Süddeutsche Zeitung à paraître jeudi 9 avril, citant un rapport des services de renseignement allemands (BND). Ces pertes ne laisseraient plus au califat islamique que "5%" des capacités d'extraction qu'il détenait à l'apogée de saprésence en Irak, affirme le journal bavarois, qui s'est procuré le rapport du BND.
Les Jihadistes de l’Etat islamique ont perdu le contrôle "d'au moins trois grands champs pétroliers", dont ceux de Himrin et d’Ajil (nord), auxquels l'organisation a mis le feu, comme l'attestent des "images satellites" montrant "de nombreux foyers d'incendie" prises au mois de mars 2015. "Aux yeux du BND, c'est la preuve que l'EI lui même ne croit pas à une reconquête rapide", explique le Süddeutsche Zeitung.
L’Etat islamique ne contrôle plus que le champ de Qayara (nord), avec une capacité "d'environ 2000 barils par jour", d'après les services de renseignement allemands.
"Les champs pétroliers en Syrie ne peuvent compenser" la perte des gisements d’hydrocarbure irakiens, rapporte le Süddeutsche Zeitung. Leur capacité est certes évaluée à 15.000 barils par jour, mais les infrastructures ont été endommagées par la guerre et l'EI "manque d'experts" pour organiser l'exploitation. L'EI "peut à peine vendre encore du pétrole", résume le quotidien, ce qui place "sous forte pression" l'une de ses "très importantes sources de revenus".
On a du mal à mesurer les moyens financiers dont dispose encore l’Etat Islamique. On sait seulement qu’il a mis la main sur les richesses économiques des vastes régions qu’il a conquises. Au pétrole extrait de Syrie et d'Irak s'ajoutent les recettes tirées de la vente d'antiquités, des rançons, des taxes et extorsions imposées aux commerçants locaux, et des réserves en liquide des banques des villes conquises.

Front syrien

L’Etat islamique à l’assaut des positions du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) près d’Alep
Comme il fallait s’y attendre après la prise d’Edleb (nord syrien) par le Front al-Nosra et ses alliés islamistes au sein de Jeich al-Fath (l’armée de la conquête), le califat islamique d’Abou Baker al-Bagdadi devait faire étalage de sa puissance dans la région.
C’est la région d’Alep qu’a choisi de frapper l’Etat Islamique, et plus précisément à Marea. La localité, complètement en ruines, se trouve à 40 kilomètres au nord d'Alep. Elle est située sur une voie de communication stratégique pour l'approvisionnement des rebelles en raison de sa proximité avec la frontière turque.
L’offensive de l’Etat Islamique contre les Jihadistes du Front al-Nosra et ses alliés islamistes a débuté, comme il en a l’habitude, par une double attaque à la voiture piégée. Neuf personnes ont été tuées dans une première explosion contre le QG de Jeich al-Fath à l’intérieur même de la ville. Trois commandants rebelles se trouveraient parmi les victimes, dont Abou Maria, l’émir du Front al-Nosra à Marea. La seconde attaque suicide a visé une position rebelle à Hawar Kilis, près de la frontière turque. L’explosion aurait fait entre trente et quarante morts.
Profitant du chaos provoqué par l’explosion des véhicules kamikazes, les miliciens de l’Etat Islamique ont alors affronté ceux des groupes islamistes rivaux dans le but de s’emparer de la localité et se rapprocher d’Alep.
Vidéo des attaques kamikazes. La video a été tournée par la malice Ahrar ach-Cham, une des milices islamistes faisant partie de Jeich al-Fath :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=2ef9d409ed93 **
Après l’attaque suicide à Marea :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=018df969fbb5 **

Edleb
L’armée syrienne a du considerer que le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) et ses alliés islamistes au sein de Jeich al-Fath (armée de la conquête) devaient être suffisamment affaiblis en raison de la menace de l’Etat Islamique pour lancer une contre-offensive au sud d’Edleb.
L'attaque lancée par l’AAS a commencé mercredi 8 avril au matin. Une unité des Forces spéciales "Qawat Al-Nimr" (Forces du tigre) - en coordination avec les Forces de défense nationale (FDN) – s'est lancée contre l’usine de briques, une position tenue  par Jeich al-Fath. Les rebelles ont été repoussés au nord, vers Quminas par les soldats d’élite. 
Les combats se poursuivent actuellement au sud de Quminas.  Les FDN ont également lancé une contre-attaque près du village de Faylan, pour ouvrir un nouveau front au sud de la ville d'Edleb.
Il semble que l’objectif de l’armée soit de créer une zone tampon autour du village d’al-Mastouma et non pas encore de reprendre Edleb. La reprise de la capitale provinciale nécessiterait, en effet, des effectifs plus nombreux et plus de chars. Or, l’AAS n’est pas en mesure, actuellement, d’acheminer plus de renforts.

Damas : Progression des Jihadistes de l’Etat Islamique
Les Jihadistes de l’Etat islamique sont à l’offensive au sud de Damas. Après avoir pris la majeure partie du camp palestinien de Yarmouk, ils contrôlent désormais le secteur de Yalda et sont de plus en plus nombreux à l’intérieur du quartier de Hajar al-Aswad. Ces conquêtes mettent les Jihadistes de l’EI à moins de cinq kilomètres du palais présidentiel où se trouve le président Bachar al-Assad.
A remarquer que l’Etat islamique qui se bat contre les Jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) dans la région d’Alep, a bénéficié de la coopération des Jihadistes de ce Front pour entrer dans le camp de Yarmouk et en prendre le contrôle. Le Front al-Nosra a, en fait, laissé passer les miliciens de l’EI à travers leur secteur pour entrer dans le camp.
L’Armée Arabe Syrienne a repris ses bombardements au baril d’explosifs au-dessus du camp palestinien, où se trouvent encore de nombreux civils, pour tenter de repousser les Islamistes de l’EI. 25 personnes auraient perdu la vie dans le camp au cour des trois derniers jours.
Pierre Krahenbuhl, le chef de l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, a décrit la situation dans le camp de Yarmouk comme complètement catastrophique et inhumaine. 

LiveLeak-dot-com-4ad_1428443466-CB-vTJoXIAAfHCr1_1428443480.jpgJihadistes de l'EI dans le camp palestinien de Yarmouk












Jobar (banlieue de Damas
Nouvelle vidéo russe (côté AAS) montrant les combats de l’armée pour prendre le contrôle d’une école occupée par les rebelles :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=fc78797c9df4 *****

Tunisie

Encore des soldats tués en Tunisie
Mardi 7 avril, une patrouille de l’armée tunisienne est tombée dans une embuscade dressée par des Islamistes. Quatre soldats ont été tués sur le coup. Un cinquième est mort de ses blessures le lendemain. Huit autres sont toujours à l’hôpital après avoir été blessés.
L’embuscade a eu lieu vers midi, le mardi 7 avril. Quatre véhicules de l’armée transportant environ 20 soldats ont été pris pour cibles par 30 à 35 Jihadistes utilisant des roquettes, des grenades et des fusils. Les soldats qui avaient quitté le camp militaire de Sbeitla étaient partis ratisser la région montagneuse de Mghila après que des mouvements suspects aient été signalés.
Après l’embuscade, les Jihadistes ont pris la fuite dans la montagne, tandis que des renforts et des hélicoptères se lançaient à leur poursuite.
Le porte-parole du ministère de la Défense, Mokadem Belhassen Oueslati, a déclaré mercredi 8 avril 2015 que 13 personnes soupçonnées d'être impliquées dans l'embuscade contre la patrouille de l'armée tunisienne à Mghila, Kasserine, avaient été arrêtées.
L’armée a souvent été la cible des Jihadistes. L’attaque la plus sanglante a eu lieu le 15 juillet 2014 dans les monts Chambi, à la frontière algérienne. 15 soldats avaient alors perdu la vie.

Front yéménite

Aden
Les rebelles chiites et leurs alliés, des militaires fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, cherchaient toujours mercredi 8 avril 2015 à s’emparer d’Aden, la grande ville portuaire du sud.

Poursuite des raids aériens de la coalition arabe
De son côté, la coalition militaire arabe conduite par l’Arabie saoudite poursuivait ses raids aériens  pour le 14e jour consécutif. Des raids aériens ont pris pour cible, dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril, l'aéroport international d'Aden contrôlé par les rebelles chiites et leurs alliés, Dans la province de Lahj, plus au nord, des avions de la coalition ont également lancé des raids nocturnes sur la base aérienne d'Al-Anad, également aux mains des rebelles.

Les partisans de l’actuel président résistent
Les partisans de l’actuel président, Abd Rabo Mansour Hadi, opposent une féroce résistance aux Chiites dans la région d’Aden. Ils ont attaqué une position des miliciens chiites à Dar Saad, un quartier du nord d'Aden. Les combats dans ce secteur se sont soldés par la mort de huit rebelles et de trois combattants pro-Hadi.

Situation humanitaire catastrophique à Aden
Le Comité international de la Croix-Rouge a prévenu mardi 7 avril que la situation humanitaire était "catastrophique" à Aden avec la poursuite de combats meurtriers et destructeurs dans la ville.

Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) progresse au Yémen
C’est un véritable casse-tête pour l’administration américaine. Comment poursuivre les frappes contre les cibles d’al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) sans apparaître aux yeux des Sunnites yéménites comme des alliés des Chiites et de l’Iran ?
Car l’affrontement entre Sunnites supportés par l’Arabie saoudite et Chiites aidés par l’Iran profite évidemment à AQPA.
Ashton Carter, le secrétaire américain à la Défense l’a d’ailleurs reconnu, mercredi 8 avril 2015. Al-Qaïda progressait sur le terrain au Yémen, a-t-il admis, tout en ajoutant que les Etats-Unis continueraient de frapper le groupe extrémiste, malgré la situation chaotique sur place.
Al-Qaïda dans la péninsule arabique représente "depuis longtemps une menace sérieuse pour l'Occident, y compris les Etats-Unis, que nous continuerons de combattre", a ajouté M. Carter, lors d'une conférence de presse commune avec son homologue japonais, Gen Nakatani. "Bien sûr il est toujours plus facile de conduire des opérations de contre-terrorisme quand il y a un gouvernement stable, qui accepte de coopérer", a indiqué M. Carter. Mais ce n'est pas parce que ces circonstances n'existent plus au Yémen que ces opérations doivent s'arrêter, a-t-il souligné. "Nous devons le faire d'une autre manière", et "nous le faisons", a-t-il dit "Nous espérons que l'ordre sera rétabli au Yémen", pas seulement pour pouvoir plus facilement frapper AQPA mais pour mettre un terme "aux souffrances de la population", a-t-il dit.

Le Pakistan embarrassé
Le Pakistan a besoin de conserver d’excellentes relations avec l’Arabie saoudite qui lui fournit du pétrole à bas prix et une précieuse aide financière. Mais Islamabad veut également ménager ses relations avec son voisin l’Iran.
Aussi, la demande de Riyad, réitérée lundi 6 avril aux Pakistanais, leur demandant de fournir des "avions", des "navires de guerre" et des "troupes" dans le cadre de l’offensive de la coalition arabe contre les rebelles chiites au Yémen, a mis le gouvernement pakistanais dans l’embarras.
Nawaz Sharif, le Premier ministre pakistanais, compte sur une offensive diplomatique conjointe du Pakistan et de la Turquie pour mettre fin aux combats avant d’avoir à prendre position.
C’est pourquoi il a réuni, depuis lundi 6 avril, une cession extraordinaire du Parlement pour demander aux députés de débattre sur la réponse à donner aux Saoudiens. Mais il a pris soin de donner le conseil suivant aux députés :
"Nous n'avons pas appelé à la tenue de cette session extraordinaire pour vous manipuler afin d'obtenir un mandat. Prenez votre temps, nous avons besoin de vos honnêtes conseils et nous allons retenir vos arguments les plus judicieux dans notre politique", a déclaré M. Sharif à l'Assemblée nationale. "Prenez votre temps, nous ne sommes pas pressés", a martelé le Premier ministre, affirmant ne pas pouvoir partager avec les élus plus de détails sur l'étendue de la demande saoudienne au Pakistan.

Jean René Belliard

 

 

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