01/04/2015

31 mars et 1er avril 2015 – Guerres en Irak, au Yémen et en Syrie

Les Jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) se sont emparés d'Edleb, au nord de la Syrie - Les forces irakiennes ont repris aux Jihadistes de l'Etat Islamique, la ville de Tikrit, au nord de Bagdad et les miliciens chiites d'Ansarullah sont entrés au centre d'Aden, au sud du Yémen. Tous ces évènements récents devraient très rapidement provoquer des réactions en chaîne.


Guerre en Irak

Tikrit
Le chef du gouvernement irakien, Haider al-Abadi, a annoncé, mardi 31 mars, la « libération » de Tikrit.
« Les forces irakiennes sont parvenues dans le centre-ville, ont levé le drapeau et sont maintenant en train de faire place nette » à Tikrit, a renchéri le porte-parole du chef du gouvernement, Rafid Jabbouri. Karim al-Nouri, le porte-parole de la milice chiite Badr, qui a participé aux  combats, a confirmé que les forces irakiennes et les milices avaient repris le siège du conseil provincial dans la nuit du lundi 30 au mardi 31 mars.
La déclaration de victoire du gouvernement irakien a été curieusement nuancée par le porte-parole de la coalition internationale, le commandant américain Kim Michelsen. Celui-ci a affirmé que « certains secteurs de Tikrit étaient toujours sous le contrôle de l'État islamique et un travail important reste à faire ».
La déclaration du commandant américain risque d’agacer un peu plus les dirigeants des milices chiites Brigades Badr, et les groupes chiites Kata'ïb Hezbollah et Assaïb Ahl al-Hak dont les combattants ont joué un rôle crucial, pendant les trois premières semaines de l'offensive, avant de se mettre en retrait après le début mercredi des frappes de la coalition internationale. Pour ces milices pro-iraniennes, qui nourrissent déjà de forts sentiments anti-américains, l’intervention de la coalition n’était pas nécessaire et avait seulement pour but de voler leur victoire. Rappelons que les États-Unis ont exigé comme condition préalable aux raids aériens d’écarter les milices chiites du front de Tikrit. Les Américains reprochaient en effet aux milices d’être responsables d’exactions contre les populations sunnites dans les zones conquises.
En attendant, sur le terrain, des poches de résistance des Jihadistes de l’EI subsistent toujours au nord de Tikrit, notamment dans le quartier d’al-Qadissiyah. Des snipers de l’organisation islamiste sont retranchés sur les hauts immeubles et rendent les déplacements dans la ville très dangereux. Mais le principal danger est représenté par les innombrables engins explosifs disséminés dans la ville par les Jihadistes. Les forces de sécurité irakiennes doivent maintenant nettoyer la ville de ces pièges mortels, ce qui devrait prendre beaucoup de temps.
Vidéo (langue arabe) montrant l’armée irakienne et les milices chiites à l’intérieur de Tikrit :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=08dc0fe4cff8
Vidéo (langue anglaise) expliquant la situation actuelle à Tikrit :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=5e3c35fabc5e

Taji
Une attaque-suicide a touché la ville de Taji, au nord de Bagdad, faisant huit morts et 14 blessés.
On avait pourtant remarqué une diminution des attentats-suicides de la part des Jihadistes de l’EI, ceux-ci concentrant leurs actions suicides dans les zones de combat, soit pour conquérir des positions, soit pour les défendre.

Liban

Qaa (Bekaa nord)
L'armée libanaise a tiré à la mitrailleuse sur des éléments jihadistes qui étaient en mouvement à Wadi Rafeq, près de la localité à majorité chrétienne de Qaa, dans le nord de la Bekaa, à proximité de la frontière syrienne. Les accrochages dans cette zone frontalière esont fréquents, ce qui a poussé la population chrétienne à créer des milices pour défendre leurs localités.

Guerre en Syrie

Après Edleb, on reparle de la bataille d’Alep
Les combats ont repris à Handarat, une localité proche d’Alep dont le pouvoir avait annoncé la reprise il y a quelques semaines. Les combats opposent l’AAS aux rebelles du Front du Nord (Jabhat al-Chamaliya). 
Ces trois vidéos, mises en ligne le 1er avril par les rebelles, montrent la poursuite des affrontements :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=05efc23ef897
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=3bc92f83c0a4
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=918ce79fab89

Nassib – poste frontière entre la Syrie et la Jordanie
Nassib est le seul poste frontalier avec la Jordanie qui était resté sous contrôle de l’Armée Arabe Syrienne, après la capture d'un autre point de passage en octobre 2013.
Mais de violents combats opposent depuis mardi 31 mars, les rebelles aux forces gouvernementales aux abords du poste de Nassib. Les combats se poursuivaient mercredi 1er avril. Il semble que les soldats soient désormais encerclés.
Le poste-frontière de Nassib est appelé Jaber par les Jordaniens. C'est par ce poste que passent toutes les marchandises syriennes à destination de la Jordanie puis du Golfe.
La zone frontalière avec la Jordanie a été le théâtre de nombreuses batailles au cours des deux dernières années. Les insurgés contrôlent désormais la majeure partie de cette frontière à l'exception du point de passage de Nassib.

La Jordanie ferme « temporairement » le poste frontière
Les autorités jordaniennes ont annoncé mercredi 1er avril avoir fermé "temporairement" le poste frontalier en raison des combats qui s’y déroulent.
"Le poste frontalier +Jaber+ a été fermé temporairement aux voyageurs et au passage des marchandises", a déclaré à l'AFP le ministre jordanien de l'Intérieur Hussein Majali. Le ministre a fait état d'une "mesure préventive pour préserver les vies et la sécurité des voyageurs, en raison des violences en cours de l'autre côté des frontières".

Camp palestinien de Yarmouk
Le camp palestinien de Yarmouk, situé au sud de Damas, est le plus grand des camps palestiniens de Syrie. Il comptait près de 160000 habitants palestiniens et syriens avant le début de la guerre en Syrie il y a quatre ans. Il n’y en a plus que 18 000 aujourd’hui.
Les organisations palestiniennes hostiles à Bachar el-Assad avaient chassé du camp les organisations pro-Assad comme le FPLP-Commandement général de Gibril. L’armée syrienne avait riposté en soumettant le camp à un blocus total. En février 2014, en raison de la pénurie de nourriture, d’eau et de médicaments, les groupes rebelles syriens s'étaient retirés du camp à l'issue d'un accord avec les organisations palestiniennes armées également opposées à Bachar el-Assad.
Mais l’Etat Islamique a l’ambition de contrôler les zones tenues par les rebelles syriens proches de la capitale syrienne, n’hésitant pas à s’opposer par les armes aux autres organisations rebelles, comme le Front Islamique.
Mercredi 1er avril, les Jihadistes de l’Etat Islamique se sont infiltrés dans le camp à partir de la localité rebelle voisine de Hajar al-Aswad. Ils se sont emparés de la plus grande partie du camp palestinien de Yarmouk après des combats avec le groupe armé palestinien, Aknaf Beit al-Maqdis, également hostile au régime de Bachar el-Assad. L’information a été confirmée à l'AFP par Anouar Abdel Hadi, le directeur des affaires politiques de l'OLP en Syrie.
"Les combattants de l'EI ont pris d'assaut ce matin le camp de Yarmouk et se sont emparés de la plus grande partie du camp", a précisé ce responsable de l'Organisation de la Libération de la Palestine, faisant état de combats qui "se poursuivaient à l'intérieur avec des groupes armés".
Les Jihadistes de l’Etat Islamique auraient tiré profit d’une mutinerie de membres du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) qui occupaient plusieurs positions à l’intérieur du camp et qui auraient soudain décidé de rallier l’EI. Cet évènement montre à quel point les conquêtes du Front al-Nosra dans d’autres régions de Syrie, et notamment à Edleb, pourraient se révéler fragiles.
Le contrôle du camp par l’Etat Islamique est une mauvaise nouvelle pour les soldats irakiens qui défendent Damas. 

Guerre au Yémen

L'aviation et la marine de la coalition arabe conduite par l'Arabie saoudite ont poursuivi leurs attaques contre les positions rebelles au Yémen. Des combats ont également lieu au sol entre Houthis et adversaires. Les affrontements se concentrent dans les provinces de Dhaleh, Aden et Chabwa.

Aden
A Aden, la grande ville du sud du Yémen, les bombardements se sont concentrés sur un complexe de l'administration provinciale à Dar Saad, tombé entre les mains des rebelles chiites Houthis. Dar Saad est situé au nord de la ville. Les raids auraient fait de nombreux morts et blessés parmi les Houthis sans qu’on puisse préciser le nombre exact des victimes.
Le QG de la 5ème Brigade, loyale à l'ex-président Ali Abdallah Saleh allié aux Houthis, a été visé, ainsi que l'aéroport international.

Malgré les bombardements, les Houthis chiites ont réussi à pénétrer au centre d’Aden
Les miliciens chiites d’Ansarullah et des unités de l'armée yéménite fidèles à l’ex-président Saleh, ont réussi à pénétrer, mercredi 1er avril, dans le centre d’Aden. Les rebelles sont entrés dans le quartier de Khor Maksar avec l’appui d’une colonne de chars. Les combats auraient fait 19 morts, dont six civils, cinq partisans de Hadi et huit miliciens houthis.
C’est sans doute la raison pour laquelle le chef de la diplomatie yéménite, Ryad Yassine, réfugié à Riyad, a appelé,  mercredi 1er avril,  l'Arabie saoudite à envoyer des forces au sol.
"Oui, je demande cela car je pense qu'à un moment, les raids aériens seront inefficaces", a dit M. Yassine dans un entretien à l'AFP.

Hodeida
A Hodeida, 37 employés d’une laiterie auraient été tués dans des circonstances encore mal élucidées. 80 autres auraient été blessés. Les Houthis affirment que la laiterie a été touchée par un missile tiré par un avion de la coalition arabe. Mais selon les déclarations d’un officier de l’armée à l’AFP, ce serait un tir houthi qui aurait frappé l’usine. Cet officier, basé à Hodeida, n'a rallié ni les Houthis ni les forces loyales au président.
"Si l'usine avait été visée par l'aviation, elle aurait été détruite dans sa totalité. Or l'explosion n'a touché qu'une partie de l'installation, ce qui milite en faveur d'un tir rapproché", a-t-il déclaré à l'AFP.

Port de Maydi
Six civils ont péri au cours d’un raid aérien visant le port de Maydi dans la province de Hajja (nord-ouest). Plusieurs positions des Houthis ont été également visées dans les provinces de Hajja et de Saada, des fiefs de la milice chiite dans le nord du Yémen.

Sanaa
Ailleurs, l'aviation de la coalition a pris pour cible dans la nuit du mardi 31 mars au mercredi 1er avril des camps de la Garde républicaine (pro-Saleh) dans les environs de Sanaa et dans la région d'Ibb (centre).

Jihadisme international

31 organisations ont fait allégeance à l’Etat Islamique
Vingt-et-un mouvement jihadistes dans le monde ont juré allégeance au chef du groupe Etat islamique (EI), Abou Bakr al-Bagdadi, et dix lui ont apporté leur soutien, selon une liste établie par le centre de surveillance américain de groupes extrémistes IntelCenter.
Selon cette liste, ces 31 mouvements sont implantés dans le monde dans un arc allant de l'Algérie à l'ouest à l'Indonésie à l'est.
Le chef de Daech (acronyme en arabe de l'EI) a proclamé à la fin du mois de juin 2014, dans la ville irakienne de Mossoul que ses troupes venaient de conquérir, l'établissement d'un califat islamique et a pris le nom de "calife Ibrahim", enjoignant tous les musulmans du monde à lui prêter allégeance et à lui obéir.
Dès le lendemain, un groupe en Algérie (le "bataillon Al Huda au Maghreb"), un autre dans la Sinaï égyptien ("Jamaat ansar Bait al-Maqdis") et un autre à Baalbeck (Liban, "Liwa Ahrar al-Sunna") ont prêté allégeance au nouveau chef, suivis dans les semaines et les mois qui ont suivi par 18 autres mouvements, dont Boko Haram au Nigeria et Jund al-Khilafah en Tunisie. Dix autres groupes, selon Intelcenter, ont exprimé leur soutien au calife sans aller jusqu'à la démarche, plus formelle, de prêter allégeance.
Ces 31 mouvements sont de taille et d'importance différentes, certains très structurés et disposant de centaines, parfois de milliers de combattants, et d'autres existent à peine ou sont des dissidences de mouvements jihadistes connus, estiment les experts.

Grande Bretagne
L'armée turque a annoncé mercredi 1er avril avoir interpellé près de Hatay, dans le sud du pays, neuf citoyens britanniques soupçonnés de vouloir traverser la frontière syrienne pour y rejoindre l'Etat islamique.
"Neuf personnes de nationalité britannique ont été arrêtées à la frontière alors qu'elles tentaient d'entrer de Turquie en Syrie", a indiqué l'état-major de l'armée turque dans un communiqué publié sur son site internet. Les neuf jeunes auraient pris, le 12 mars 2015, un vol pour Istanbul depuis Khartoum, où ils étudiaient, avec l'intention de passer ensuite en Syrie par voie terrestre.
Les autorités turques avaient reçu une information, à la mi-mars, qu'une dizaine d'étudiants en médecine britanniques d'origine soudanaise voulaient devenir médecins de l'EI en Syrie.
La Turquie a récemment renforcé ses contrôles aux frontières et expulsé le mois dernier vers la Grande-Bretagne une jeune femme et trois adolescents britanniques soupçonnés de vouloir rejoindre les rangs des jihadistes.

Maroc - Fès
Quelque 1 500 ressortissants marocains ont rejoint les rangs d'organisations jihadistes telles que l'EI ou le Front al-Nosra, ce qui fait du royaume un des principaux pays touchés.
Le grand nombre d’Islamistes marocains partis faire le Jihad dans des pays étrangers, provoque évidemment une grande inquiétude dans le royaume chérifien.  face au phénomène, et a annoncé le démantèlement de multiples cellules au cours de l'année écoulée.
L'an dernier, Le Maroc a inauguré un nouveau dispositif de sécurité nommé "vigilance" et renforcé sa législation antiterroriste. Depuis, les forces de sécurité du royaume ont réussi à démanteler plusieurs cellules terroristes et des dizaines de peines de prison ferme ont été prononcées.
Mercredi 1er avril, le ministère de l'Intérieur a annoncé avoir mis hors d’état de nuire une nouvelle cellule recrutant des combattants pour l’Etat Islamique. Les arrestations ont eu lieu à Fès. 
Selon les autorités sécuritaires, le chef de cette cellule "entretenait de solides liens avec des dirigeants" du groupe EI, et les Marocains recrutés étaient envoyés dans des camps situés dans "la zone de conflit syro-irakienne", pour y recevoir des entraînements intensifs au maniement des armes.
La cellule avait "reçu un important financement étranger destiné aux dépenses nécessaires pour le déplacement de ces combattants dans ce foyer de tension", précise un communiqué.
Ce démantèlement est à mettre à l'actif du Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ), une nouvelle structure inaugurée en mars 2015 par les autorités marocaines dans le cadre du renforcement de la lutte antiterroriste. Il dépend de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST).

Jean René Belliard

 

 

Commentaires

Excellent, merci

Écrit par : virgile | 02/04/2015

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