30/03/2015

2015-03-30 – Guerres au Yémen, en Irak et en Syrie

On peut se poser une question, après la prise de l'importante ville d'Edleb dans le nord syrien par Jeich al-Fath, une coalition de milices islamistes dont le Front al-Nosra est l'une des principales composantes. Cette question est : La coalition survivra-t-elle après la prise de la ville ?


Front irakien

Tikrit
On a appris aujourd’hui que deux membres des Gardiens de la révolution, l'armée d'élite du régime iranien, ont été tués le 23 mars 2015 par un drone américain alors qu’ils se trouvaient en opération contre l’Etat Islamique dans le secteur de Tikrit. Les militaires iraniens étaient en Irak comme conseillers des milices chiites.

Guerre en Syrie

Edleb
L’AAS (SAA en anglais) affirme que ses soldats se trouvent toujours dans le sud et le sud-ouest d’Edleb et poursuivent leurs combats contre les miliciens de Jeich al-Fath.
Selon l’AAS, les combats se poursuivraient et des renforts militaires seraient récemment arrivés des provinces de Homs et de Hama. Ces renforts devraient permettre à l’armée syrienne de lancer une contre-attaque dans les jours prochains.

Le commandement de l’AAS explique sa défaite
Le commandement de l’AAS explique sa défaite à Edleb par le fait que le centre et l’Est de la ville étaient défendus par des troupes inexpérimentées, les éléments aguerris de l’armée ayant été envoyés vers d’autres fronts, comme Alep et Damas. Or, ces jeunes recrues ont paniqué, surtout lorsqu’ils se sont retrouvés coupés des centres de commandement dans d’autres secteurs de la ville. Un autre élément a joué pour expliquer la défaite de l’AAS à Edleb. Les soldats expérimentés qui se trouvaient encore dans la ville ont cru qu’il s’agissait d’une offensive comme les autres, comme celles qui avaient eu lieu auparavant. C'est-à-dire que l’assaut des rebelles dureraient deux ou trois jours avant que les insurgés se retirent à l’abri.

Jeich al-Fath, un phénomène nouveau en Syrie
Or, la nouvelle offensive avait été rendue possible après le regroupement d’un grand nombre de milices et groupes islamistes sous le parapluie de Jeich al-Fath (l’armée de la conquête) et ce fait avait échappé aux militaires. On a même constaté que des Druzes avaient rejoint Jeich al-Fath. Les fidèles du cheikh druze Saleh Hassan ont participé à la prise d’Edleb, ce qui est d’autant plus surprenant que les Druzes et les Jihadistes du Front al-Nosra étaient à couteaux tirés après que ces derniers aient cherché à convertir les Druzes à l’Islam sous peine de mort.
LiveLeak-dot-com-1e7_1427680003-drz_1427680019_jpg_resized.jpgCheikh Saleh Hassan

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Encore plus curieux : on a observé au moins une femme combattant avec les rebelles, parmi lesquels les Jihadistes du Front al-Nosra qui ne sont pas particulièrement enclins à accepter la présence de femmes dans les combats.

LiveLeak-dot-com-1e7_1427680003-jangirl_1427680020_jpg_resized.jpgUne femme parmi les combattants islamistes !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le commandement de l’AAS a ordonné la retraite
Lorsqu’il est apparu qu’on avait affaire à une offensive de grande envergure, différente des précédentes, le commandement a voulu éviter que ses soldats se retrouvent encerclés à l’intérieur d’Edleb et c’est pour cette raison qu’il a ordonné à ses troupes de se retirer de certaines parties de la ville pour se regrouper en vue d’une contre-attaque. Il a également ordonné de défendre les secteurs de Fouah et Kafraya, au nord-est de la ville, pour permettre la poursuite de l’arrivée des renforts et du matériel par voie aérienne.

Edleb 2015-03-30.jpgEn rouge, les secteurs tenus par l'AAS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une armée épuisée par quatre années de guerre
On verrra si l’AAS sera capable de mener une contre-offensive efficace contre les rebelles de Jeich al-Fath. Si ces derniers restent unis et ne se disputent pas la victoire, on peut avoir des doutes sur la capacité de l’armée à reprendre la ville. Les soldats sont épuisés par quatre années de guerre, le matériel est en piteux état et la démoralisation guette. C’est pourquoi on peut craindre que ce qui s’est passé à Edleb se répète dans d’autres régions du pays, et notamment dans les provinces de Hama et de Homs. 

Plusieurs questions :
On va observer très soigneusement ce qui va maintenant se passer. La coalition de milices islamistes baptisée Jeich al-Fath (Armée de la conquête) va-t-elle survivre à la prise d’Edleb ? A noter que la brigade Ahrar ach-Cham a probablement décidé de prendre les devants en annonçant que la ville d’Edleb serait dirigée par une administration civile et non pas par la charia, comme le voudrait assurément le Front al-Nosra. Or, Ahrar ach-Cham ne fait aucune allusion à l’application de la Charia.
Deuxième question : La dynamique de la coalition va-t-elle se poursuivre dans d’autres régions du pays, comme Alep ou la province de Deraa ?
Que va faire l’Etat Islamique qui se trouve visiblement concurrencé par Jeich al-Fath ?
Enfin, dernière question, l’armée sera-t-elle en mesure de reprendre l’offensive et récupérer le terrain perdu ?
En attendant, la guerre médiatique bat son plein et le pouvoir syrien a mis en ligne, le dimanche 29 mars, une vidéo de propagande montrant le bombardement nocturne par l’AAS des positions de Jeich al-Fath à Edleb. Cette vidéo n’est pas anodine car elle montre un bombardement intense alors qu’on prête à l’AAS le plan de soumettre la ville récemment conquise par les rebelles à un intense bombardement, avec la possibilité d’obus au gaz chlorique :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=8b941b5d9d87

Bataille de Deir ez-Zhor
On avait oublié cette bataille. Et pourtant, les combats se poursuivent toujours entre la 104ème Airborne et les Forces de Défense Nationale (partisans de Damas) d’un côté, et les Jihadistes de l’Etat Islamique de l’autre.
Une bataille en cours a été baptisée « Battle Mountain Revenge » (la bataille de la vengeance de la montagne). Les combats se déroulent dans le secteur d’al-Shoula, à l’ouest de Deir ez-Zhor. L’armée annonce avoir mis 70 Jihadistes hors de combat :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=817f505e96e1

Aïn el-Arab (Kobane en Kurde)
Les Jihadistes de l’Etat Islamique sont repartis à l’offensive dans le secteur d’Aïn el-Arab (Kobane en kurde). Le secteur attaqué se trouve dans la région de Sarrin,  au sud de Kobane. Il est indiqué par une flèche sur le carte. Les Jihadistes auraient reussi à reprendre un peu de terrain perdu, forçant les combattants kurdes de l’YPG à se retirer. Il semble que le secteur était défendu par des éléments du bataillon Fajr al-Huriya (Aube de la liberté), un bataillon de l’Armée Syrienne Libre. Plusieurs combattants de Fajr al-Huriya auraient été tués au cours des combats. Les Jihadistes auraient également fait deux prisonniers.

Kobane 2015-03-30.pngL'attaque de l'EI - la flèche rouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guerre au Yémen

Hodeida
Un camp d'unités de la défense anti-aérienne a été visé par l’aviation saoudienne dans la ville de Hodeida (ouest du Yémen).  Plusieurs positions militaires ont été également prises pour cible à Mokha, localité portuaire située plus au sud.

Marib
L’aviation saoudienne a attaqué des batteries de missiles sol-air et des radars aux environs de Marib, à 140 km à l'est de Sanaa.
  
Saada
A Saada, une place-forte des Houthis, la centrale électrique et la société de gaz ont été bombardées par l’aviation saoudienne. La ville a également subi des bombardements qui ont fait 9 blessés selon le site d’information yéménite Akhbar al-Yaman.
Dimanche 29 mars,  130 prisonniers ont pris la fuite après que la prison centrale de la ville ait fait l’objet de raids aériens.
 
Sanaa
Sanaa, la capitale du Yémen, a été de nouveau la cible de frappes aériennes dans la nuit du dimanche 29 au lundi 30 mars, au cinquième jour de l'offensive lancée par l'Arabie saoudite. Des positions tenues par les rebelles et des soldats pro-Saleh à Jebel al-Hahdeine, surplombant le palais présidentiel, ont été touchées.
Les raids se sont poursuivis dans la matinée, rapportent des habitants. Les bombardements ont pris pour cible un camp de la Garde républicaine, restée fidèle à l’ancien président Saleh, à l'entrée sud de Sanaa. Les attaques ont également visé la région située autour du quartier diplomatique de la capitale.

Bavure de l’aviation saoudienne dans le nord-ouest du Yémen
Le camp de déplacés d’al-Mazraq, situé à Hajja, dans le nord-ouest du Yémen, a été touché lundi 30 mars par un raid aérien de la coalition conduite par l'Arabie saoudite, qui a fait au moins 45 morts et 65 blessés, a indiqué Joël Millman, attaché de presse de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Le camp d’al-Mazrak se trouve à moins de dix kilomètres d'un camp militaire.
Il abrite depuis 2009 des Yéménites déplacés par le conflit entre les Houthis et le gouvernement central. 500 nouvelles familles étaient arrivées dans le camp de déplacés ces deux derniers jours.
Créée en 1951, l'OIM est la principale organisation intergouvernementale active pour venir en aide aux personnes déplacées.

Avions abattus ?
Si l’on en croit l’agence yéménite Khabar, un avion aurait été abattu dimanche 29 mars dans la région de Bani Hareth al-Ziyadi dans la province de Sanaa. Le pilote se serait éjecté et aurait atterri dans la région d’al-Jaraf, au nord de la capitale, et aurait été capturé par les comités populaires. Aucune information à ce sujet des autorités saoudiennes.
Les Houthis prétendent que c’est le deuxième avion qui subit ce sort : le premier ayant été abattu par les batteries antiaériennes dans la région de Bani Ziad au nord de Sanaa, le 27 mars 2015. Aucune confirmation non plus.

Jihadisme international

Allemagne
Plus de 70 femmes « allemandes » auraient rejoint les zones contrôlées par l’Etat Islamique en Syrie et en Irak, selon l'Office fédéral pour la protection de la Constitution (Bundesamt für Verfassungsschutz - BfV), l'agence de renseignement intérieur de l'Allemagne.
Près de 40%d'entre elles seraient âgées de moins de 25 ans, et neuf sont mineures, a révélé Hans-Georg Maaßen, chef de la BfV.
Quelques 650 Islamistes « allemands » ont quitté l’Allemagne pour la Syrie et l'Irak à ce jour, a-t-il ajouté.
Maaßen se dit particulièrement préoccupé par la propagande de l’Etat Islamique en direction des femmes.
Selon Maaßen, un manuel pour les femmes a été mis en ligne par l’Etat Islamique expliquant aux femmes la façon de se rendre en Syrie et en Irak. Les Jihadistes ont identifié les sympathisantes potentielles et les contactent personnellement afin de les convaincre de quitter l'Allemagne et d'épouser un Jihadiste, a-t-il expliqué.
En outre, les blogs et les sites de réseaux sociaux des Jihadistes affichent des messages représentant sous un jour romantique la vie quotidienne dans les zones contrôlées par l’Etat Islamique. Les images montrent une vie idyllique. Malheureusement, précise Maaßen, elles ne sont pas conscientes de la réalité qui les attend sur place. Une fois arrivées en Syrie ou en Irak, les Jihadistes confisquent les passeports et les téléphones mobiles des femmes pour les empêcher de communiquer avec l’extérieur et révéler la réalité, a-t-il ajouté.

Jean René Belliard

 

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