28/03/2015

2015-03-28 – Guerres au Yémen, en Irak et en Syrie

Mauvaise journée pour le président syrien Bachar el-Assad. La ville d’Edleb, dans le nord syrien, est tombée entre les mains de Jeich al-Fath (l’armée de la conquête), une coalition de milices islamistes dont la principale est le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie). Le Front al-Nosra voudrait faire d’Edleb la capitale de son califat islamique, concurrençant le califat islamique de l’Etat Islamique. Que font faire les milices islamistes qui font partie de Jeich al-Fath ? Et que va faire l’Etat Islamique ? On devrait vite le savoir !


Guerre en Irak

Bataille de Tikrit
Les combats se poursuivaient, ce samedi 28 mars 2015 entre l’armée irakienne et les Jihadistes de l’Etat Islamique. Les soldats irakiens, des forces spéciales, sont confrontés à un grand nombre d’attaques suicides lancées par les Islamistes, comme le montre cette vidéo mise en ligne samedi 28 mars :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=0a04759e501e

Les bombardements américains des cibles jihadistes à Tikrit provoquent la colère des miliciens chiites
Plusieurs versions sont apparues pour expliquer le brusque retrait de la bataille de quatre importantes milices chiites, jeudi 26 mars, privant l’armée irakienne d’un nombre conséquent de supplétifs. La première explication veut que le commandement militaire américain ait conditionné le retrait des miliciens chiites de la bataille avant de lancer les avions de la coalition bombarder les positions de l’Etat Islamique. Les Américains reprochaient les dérives sectaires des miliciens chiites envers la population sunnite.
La version des Chiites irakiens est différente. Ils se sont retirés des combats pour protester contre les frappes aériennes de la coalition alors qu’ils sont persuadés ne pas avoir besoin des Américains pour vaincre les Jihadistes de l’Etat Islamique.
Les milices chiites qui ont abandonné l’offensive contre Tikrit sont l’organisation Badr, Ashaib Ahl al-Haq, Qataëb Hezbollah, une organisation soutenue par l'Iran et la Brigade de la Paix, le nouveau nom pour la formation des adeptes du chef religieux Moktada al-Sadr. L’organisation était connue, dans le passé sous le nom d’Armée du Mahdi.
Les milices n’ont pas indiqué si elles quittaient complètement leurs positions dans la région de Tikrit ou si elles maintenaient une présence dans la province de Salaheddine, à proximité des premières lignes.  
Une cinquième milice a décidé de rester sur place mais a menacé d’effectuer des tirs anti-aériens sur les avions étrangers. Il s’agit de la brigade Al-Nujabaa, une puissante milice. "Nous restons à Tikrit ; nous ne quittons pas et nous allons cibler la coalition dirigée par les Américains à Tikrit et leur création, l’Etat Islamique», a déclaré Akram Al Kabi, le chef de cette brigade.
Le retrait brutal des miliciens chiites ne va pas faciliter la contre-offensive de l’armée irakienne, ne serait-ce que pour poursuivre les opérations militaires en direction de Mossoul après la chute éventuelle de Tikrit.  En effet, les quatre milices chiites, qui comptent plus de 30 000 combattants, représentent un tiers des effectifs engagés dans la bataille de Tikrit.
Les raids aériens de la coalition internationale et de l’armée de l’air irakienne se sont poursuivis toute la journée du jeudi 26 et du vendredi 27 mars. Les avions de la coalition bombardent la nuit et les avions irakiens le jour.
Pour  le général Anwer Hamid, commandant de l'armée de l'air irakienne, les raids jouent un rôle très important pour venir à bout des Jihadistes de l’EI :
«Leur rôle dans ce combat est très important pour nous", a-t-il dit. "Il y a un nombre élevé d'avions et ils ont une bonne capacité. Ils peuvent vraiment nous aider ", a-t-il dit.
Alors que les Américains et leurs partenaires de la coalition ont des centaines d’avions à leur disposition, la force de l'air irakienne a principalement une douzaine de chasseurs d’attaque Sukhoi Su-25 de fabrication russe. 
Avant le retrait des milices chiites de la bataille de Tikrit, la coalition militaire n’avait pas engagé ses avions contre les positions jihadistes à Tikrit. Les raids de la coalition internationale étaient menés exclusivement, depuis l’été 2014, dans le Kurdistan et autour de Mossoul, au nord de l'Irak, ainsi qu’en Syrie.

Ramadi
Des combats ont eu lieu dans une autre ville. Il s’agit de Ramadi.
Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont lancé une nouvelle attaque contre les positions des forces de sécurité irakiennes retranchées dans plusieurs parties de la ville. Selon  Omar al-Alwani, chef de la province d'al-Anbar, "les affrontements entre les deux parties ont duré pendant des heures, au cours desquelles 11 membres de Daech ont été tués".
Il semble néanmoins que les forces de l’armée, de la police et les combattants tribaux qui se battent du côté du gouvernement manquent de munitions, ce qui pourrait poser un problème dans le cas de nouvelles attaques jihadistes.
 
Liban

Bekaa
L’armée libanaise a étendu son contrôle sur le secteur entre les localités de Ras Baalbeck et de Ersal (Békaa), a indiqué une source militaire au quotidien an-Nahar paru samedi 28 mars. La troupe a mené une opération qui a débuté vendredi 27 mars 2015 à l'aube et qui s'est terminée dans la soirée. Cette opération a permis à l'armée de reprendre plusieurs points stratégiques où se trouvaient des jihadistes.
Ces derniers mois, l'armée libanaise s'est retrouvée plusieurs fois aux prises avec des jihadistes venus de Syrie. Les affrontements les plus meurtriers ont eu lieu en août 2014 dans la localité frontalière d’Ersal.

Libye

Point sur les négociations entre Libyens au Maroc
Les quatre délégués de la Chambre des représentants, qui est du côté du  gouvernement internationalement reconnu, et ceux du Congrès National Général (GNC) qui représentent le gouvernement de Tripoli, ont quitté la station marocaine de Skhirat pour respectivement Tobrouk et Tripoli.  Ils sont censés présenter les dernières propositions de réformes politiques en Libye qui résultent des négociations de Skhirat. Ils doivent retourner avec un accord dans 10 jours pour ce qui sera la quatrième session à Skhirat.
"Nous avons un accord sur la portée des enjeux, la portée des institutions, aspects que nous allons traiter dans les semaines à venir," a dit l’envoyé spécial de l’ONU, Leon Bernardino, dans la soirée du 26 mars 2015.

Les propositions sont :
- Un gouvernement d'union nationale dirigé par un président et un Conseil présidentiel composé de personnalités indépendantes qui appartiennent à aucun parti ou affilié à aucun groupe, et sont acceptables par toutes les parties et tous les Libyens. Les principaux membres du Conseil présidentiel seront le président et ses deux adjoints.
- La Chambre des Représentants en tant qu'organe législatif représentant tous les Libyens sous la pleine application des principes de la légitimité et de l'inclusion.
- Un Haut Conseil d'Etat inspiré par les institutions similaires existant dans un certain nombre de pays, une institution fondamentale dans la gouvernance de l'État.
 - L'Assemblée chargée de la rédaction de la Constitution. Un mécanisme de coopération entre ces différentes institutions devra être convenu pour parvenir à un consensus.
- Un Conseil national de sécurité.
- Un Conseil des municipalités.
Les deux derniers Conseils proposés seraient formés à la dernière étape des pourparlers.

Les négociations de Skhirat peuvent encore capoter
Leon Bernardino est optimiste même s’il admet que les négociations peuvent encore capoter.
Toutefois, selon Sharif Al-Wafi, l'un des participants à Skhirat, aucun nom n’a encore été officiellement discuté pour le gouvernement d'union nationale.
Les quatre délégués de la Chambre des représentants pourraient avoir du mal à convaincre leurs collègues d’approuver le projet d’accord, même si la Chambre des représentants (HoR) sera le seul parlement légitime selon la clause N°2. L’opposition au projet d’accord est de plus en plus forte parmi les membres de la Chambre des représentants (qui sont du côté du gouvernement internationalement reconnu). Témoin de cette mauvaise humeur, le président de la Chambre des représentants, Ageela Saleh Gwaider, n’a pas daigné rencontrer Leon Bernardino qui était venu en personne à Tobrouk. Et Bernardino n’a même pas pu sortir de l’aéroport en raison d’une manifestation d’hostilité à sa visite.
On s’attend à ce que la Chambre des représentants rejette les propositions bien qu'elle continuera à participer au dialogue. Lors de la cession du lundi 23 mars, les membres de la Chambre ont manifesté une forte opposition à l'égard de l'ONU et du dialogue. Les Représentants reprochent aux propositions de saper l'autorité de la Chambre des représentants et aussi le fait que le président de la Chambre des représentants se verra dépouillé de son rôle de commandant en chef. Ce rôle sera vraisemblablement transféré au Président ou au Conseil présidentiel.
Un des membres de la Chambre des représentants, le représentant de Syrte, Aboubakr Al-Ghazali, pense que la conférence de Skhirat n’a aucune utilité, et que si la Chambre des représentants maintient sa participation, c’est uniquement un «geste de courtoisie" à l'ONU.
"En tant que membres du parlement national, nous rejetons ce dialogue douteux qui est parrainé par des pays qui complotent contre la Libye", a-t-il dit. Il a nommé les pays concernés. Il s’agit pour lui des États-Unis et du Royaume-Uni. La Chambre des représentants est parfaitement capable de mener son propre dialogue avec le soutien des tribus libyennes, a-t-il dit, tout en ajoutant que "nous nous réservons le droit à l'option militaire".
Le Congrès National Général (GNC), qui représente le côté islamique dont le bras armé est Fajr Libya, pourrait également rejeter les propositions car celles-ci nient sa légitimité.
Shafi al-Wafi, l’un des participants à la conférence de Skhirat, reste toutefois optimiste : « Je pense que la Chambre des représentants acceptera les propositions, parce qu’elles reconnaissent sa légitimité ». Quant au Congrès, « il n’a pas vraiment le choix ». Leur principale préoccupation, a-t-il déclaré, est d'avoir leur mot à dire sur la composition du prochain gouvernement. S’ils rejettent l'accord, ils n’obtiendront rien, a-t-il prédit.

Des armes uniquement pour la lutte contre l’Etat Islamique
On apprenait dans le même temps qu’un embargo sur les armes à destination de la Libye pourrait être allégé par les Nations Unies. Les armes seraient uniquement destinées au gouvernement internationalement reconnu (celui de Tobrouk) et uniquement pour être utilisées dans le cadre de la lutte contre l’Etat Islamique

Front syrien

Bataille d’Edleb
La ville d’Edleb est tombée aujourd’hui 28 mars 2015. Elle est désormais entre les mains du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) et de ses alliés au sein de la coalition Jeich al-Fath (Armée de la conquête).
Le Front al-Nosra, appuyé par Ahrar al-Cham et d'autres groupes rebelles islamistes, contrôle désormais la plupart des quartiers d'Edleb, à l'exception de quelques bâtiments gouvernementaux et de la sécurité, a affirmé à l'AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Les insurgés étaient entrés dans la ville jeudi 27 mars dans la soirée et depuis, les soldats de l’Armée Arabe Syrienne et leurs supplétifs n’ont cessé de reculer, se retranchant en dernier ressort dans leurs casernes.
Les combats de rue, très violents, auraient fait une centaine de morts dans les deux camps. On ne connaît pas le nombre des victimes civiles, mais il faut savoir que la ville, qui comptait 200 000 habitants avant la guerre, servait de refuge à de très nombreux déplacés.

Plusieurs vidéos de la conquête d’Edleb par Jeich al-Fath
Vidéo montrant les rebelles de Jeich al-Fateh (l’armée de la conquête) au centre de la ville d’Eleb. La coalition baptisée Jeich al-Fateh réunit le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie), les milices islamistes Ahrar ach-Cham, Jound al-Aqsa, Jaïch al-Sounna, Bataillon al-Cham,  Souqour ach-Cham (Aigles de Syrie), Bataillons al-Haq, Ajnad al-Cham :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=91a73ad04d07
Autre video :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=4906cfabc984
Vidéo montrant les rebelles fêtant la prise de pans entiers de la ville d’Edleb :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=dbe166c02cf3
Vidéo (langue arabe) d’Orient News. Le reporter se trouve au centre d’Edleb où des combats sont encore en cours. Il est apparemment très ému :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=dbe166c02cf3
Vidéo montrant des rebelles arrachant les posters géants de Bachar al-Assad au stade d’Edleb :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=e39976ff5149

Guerre au Yémen

Aden
Au moins 54 personnes ont été tuées et 187 blessées en raison de combats opposant depuis trois jours les partisans du président Hadi aux Chiites d’Ansarullah auxquels se sont joints les partisans de l’ancien président Saleh.
Une série de puissantes explosions dans un dépôt de l'armée yéménite a secoué, samedi 28 mars, la ville d'Aden. Les explosions ont fait des morts et des blessés.
Les détonations étaient entendues dans toute la ville d'Aden et des colonnes de fumée se formaient au dessus du dépôt d'armes. Le dépôt avait été pris d'assaut par des pilleurs, vendredi 27 mars et il est vraisemblable qu’ils aient maladroitement déclenché la mise à feu.

La marine saoudienne évacue des dizaines de diplomates d’Aden
"Les forces de la marine saoudienne ont mené l'opération Tornade pour l'évacuation de dizaines de diplomates, dont des Saoudiens, d'Aden", a annoncé samedi la télévision d'Etat el-Ekhbariya.
"Ils sont arrivés plus tard à Jeddah (ouest de l'Arabie saoudite) à bord de deux navires de la marine" saoudienne, a ajouté la chaîne de télévision.

Sanaa
La coalition menée par l’Arabie saoudite a effectué pour la troisième nuit consécutive une série de raids aériens autour de la capitale yéménite Sanaa.
Les bombardements ont continué toute la nuit et se sont arrêtés vers 06H00 locales (03H00 GMT). Des témoins ont dit qu'il s'agissait des raids les plus intenses depuis le début de l'opération "Tempête décisive", lancée dans la nuit de mercredi 25 au jeudi 26 mars par l'Arabie saoudite et ses alliés arabes.
Les frappes aériennes ont visé des sites militaires, notamment des positions de la défense anti-aérienne et des dépôts de munitions, autour de la capitale yéménite, en particulier à l'est et l'ouest de Sanaa. Le secteur du mont Noqom a été particulièrement visé.

La coalition menée par l’Arabie saoudite
L'Arabie saoudite a mobilisé 150 000 militaires et 100 avions de combat. Les Emirats arabes unis ont engagé 30 avions, le Koweït 15, le Bahreïn 12 et le Qatar 10. L'opération mobilise également l'Egypte, avec son aviation et sa marine, la Jordanie, le Soudan, et le Maroc, selon Riyad.

Les avions émiratis sont entrés en action
Les avions émiratis avaient  participé aux raids, vendredi 27 mars. Ils ont poursuivi leurs bombardements, samedi 28 mars, contre des positions de la milice chiite des Houthis à Sanaa et à Mareb, à l'est de la capitale yéménite.
Les Emirats arabes unis ont annoncé que leurs avions de combat, engagés dans l'opération militaire au Yémen, avaient effectué samedi de nouveaux raids contre un site de missiles Scud, des systèmes de la DCA et des centres militaires d'approvisionnement dans la région de Mareb

Golfe d’Aden
Un hélicoptère américain des Air Force Pave Hawk special operations, parti de Djibouti a porté secours à deux pilotes saoudiens qui s'étaient éjectés jeudi de leur F-15-S dans le Golfe d'Aden. L’avion aurait euun problème technique, obligeant les deux pilotes à s’éjecter en pleine mer. Les Houthis affirment, eux, avoir abattu l’avion et revendiquent la destruction d’un autre avion. Il s’agit, selon eux, d’un avion saoudien piloté par un Soudanais.
Le roi d'Arabie saoudite a aussitôt remercié le président Barack Obama pour ce sauvetage.
Un responsable américain de la Défense a indiqué vendredi 27 mars qu'après avoir reçu une demande d'assistance de la part des autorités saoudiennes, les forces américaines basées dans la région avaient récupéré les deux pilotes, en vie, dans les eaux internationales du Golfe d'Aden. La mission de sauvetage a duré deux heures.
La récupération des deux pilotes a eu lieu vers 18h20 heure locale  (21h20 GMT).
Les opérations de sauvetage ont été coordonnées par le destroyer lanceur de missiles téléguidés USS Sterett, avec la contribution du navire de transport amphibie USS New York et des forces basées à Djibouti.
"Les deux pilotes ont été sauvés en coopération avec la partie américaine", a poursuivi ce responsable. Il n'a pas précisé la nature de la mission que l'avion était en train d'accomplir quand l'accident est survenu.
Les deux pilotes "sont sains et saufs" et se trouvent actuellement dans une base aérienne dans le sud-ouest du royaume, selon la même source.

Jihadisme international

Canada
Les Canadiens ont trouvé une nouvelle méthode pour empêcher un candidat au Jihad de quitter le pays. L’Islamiste présumé, Merouane Ghalmi (22 ans),  a accepté de porter un bracelet de surveillance électronique dans le cadre d'un régime intitulé «Obligations pour la paix» (Peace Bond) pour l’empêcher de rejoindre l’Etat Islamique en Syrie - en dépit du fait qu'il n'a été inculpé d'aucune infraction.
Le régime d'"obligations pour la paix» a été aménagé en vertu d’une loi promulguée en 2001. Il a depuis été appliqué à huit reprises.
Ghalmi s’est également vu interdire l'accès à Internet et aux réseaux sociaux en vertu de l’accord.
Son passeport a aussi été confisqué par la police canadienne et il sera soumis au contrôle de la police pendant un an.

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Jean René Belliard
 

 

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