24/03/2015

2015-03-24 – Guerres dans le monde arabe

Une cellule de l'Etat Islamique a été démantelée au Maroc. Les arrestations ont été réalisées du nord au sud du royaume chérifien. Ces arrestations confirment les inquiétudes des autorités sécuritaires marocaines devant la montée en puissance du phénomène jihadiste dans le pays.


Irak

Tikrit
Les Etats-Unis ont mené des vols de reconnaissance afin d'aider l’armée irakienne dans son offensive pour reprendre la ville de Tikrit des combattants de l’Etat islamique. C’est ce qu’a révélé, mardi 24 mars, un haut responsable de la coalition internationale.
Ce serait la première fois que la coalition internationale interviendrait à Tikrit, ou tout au moins la première reconnaissance officielle. Un général irakien, le général Abdelwahab al-Saadi, avait demandé au ministère de la Défense irakien de réclamer une intervention de la coalition. Depuis le début de l’offensive terrestre contre la ville, "aucun soutien aérien n'a été fourni", a expliqué le général. Pourtant, a-t-il ajouté, les Américains ont des équipements perfectionnés. Ils ont des appareils (de surveillance aérienne) AWACS". "Ils sont capables de localiser exactement les cibles" et de les frapper avec précision, a-t-il dit à l'AFP.
La réclamation du général al-Saadi a, semble-t-il, été entendue.

Front libyen

Benghazi
Les combats font rage depuis plusieurs mois entre les forces du général Khalifa Haftar et groupes islamistes armés qui contrôlent en partie Benghazi, la deuxième ville libyenne.
Le général Khalifa Haftar, homme fort de l'armée libyenne, avait assuré la semaine dernière à l'AFP qu'il allait reprendre le contrôle de la ville de Benghazi d'ici un mois.
Les Islamistes de la ville ne l’entendent pas de cette oreille et multiplient les attaques contre les positions de l’armée.
"Sept soldats ont été tués et 12 autres blessés dans un attentat suicide sur un point de contrôle de l'armée", a déclaré à l'AFP le porte-parole des Forces spéciales Miloud Zaoui, précisant que l'attaque a eu lieu mardi 24 mars dans la soirée, dans le secteur de Lithi, sur la route de l'aéroport, au sud de Benghazi.
Selon un autre responsable des Forces spéciales, Fadl al-Hassi, l'attentat a été commis par un "kamikaze à bord d'une voiture blindée piégée."

Misrata
Un nouvel attentat à la voiture piégée a eu lieu à Misrata, la place forte des milices qui tentent de reprendre Syrte à l'Etat Islamique. L'EI a aussitôt revendiqué cenouvel attentat .

Maroc

Une cellule jihadiste démantelée
Les services de sécurité marocains ont démantelé une "cellule terroriste", dimanche 22 mars au Maroc. Les membres de cette cellule, qui se réclamaient de l’Etat Islamique, s'apprêtaient à frapper dans le royaume chérifien. Ils avaient réussi a faire transiter des armes par l'enclave espagnole de Melilla, au nord du Maroc, d’après les informations données par un responsable.
La cellule comptait 13 membres âgés de 19 à 37 ans et envisageait de s’attaquer à "des personnalités politiques et militaires" au nom de l’Etat Islamique..
Le BCIJ (Bureau central des investigations judiciaires) a saisi dans une cache près d’Agadir (sud du pays) 440 cartouches, six pistolets et 31 paires de menottes, ainsi que du matériel électronique.
Les Islamistes
"Il n'a pas encore été établi si (les personnes interpellées) sont liées à des cellules en Europe", a indiqué M. Abdelhak  Khiame, directeur du BCIJ. Il a révélé que la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) surveillait les membres de la cellule depuis cinq mois.
Il s’agit de l’un des démantèlements les plus importants de ces dernières années. Les arrestations ont eu lieu à Agadir, Taroudant (sud-ouest), Marrakech (sud), Boujaad (centre), Tiflet (nord-ouest), Tanger (nord), Aïn Harouda (région de Casablanca) et Laâyoune, la principale ville du Sahara occidental.
La cellule recrutait également de nouveaux candidats pour le Jihad en Syrie et en Irak dans les rangs de l’EI.
"La cellule était en contact avec Al-Qaïda au début avant d'entrer en contact avec Daesh (Etat Islamique) et d'envoyer des combattants dans les zones de tension", a précisé M. Abdelhak  Khiame.
Le Maroc est de plus en plus inquiet face au phénomène jihadiste. Vendredi 20 mars, les autorités marocaines ont annoncé laa création du BCIJ, une structure destinée à pourchasser les réseaux jihadistes dans le pays. .
L'an dernier, Rabat avait déjà inauguré un dispositif de sécurité, nommé "vigilance", et complété sa législation antiterroriste.
Selon des chiffres officiels, de 1.500 à 2.000 Marocains combattent ou ont récemment combattu au sein d'organisations jihadistes en Irak et en Syrie mais aussi en Libye.

Front syrien

Aïn el-Arab (Kobane en kurde)
Les combattants kurdes de l’YPG ont mené une opération de représailles dans les zones rurales de Kobane pour punir l’Etat Islamique de l’attentat qui a tué à Hassaké 35 Kurdes lors des célébrations de Newroz (la fête kurde du printemps). L’offensive militaire aurait permis aux Kurdes de prendre 5 villages. 32 Jihadistes auraient été mis hors de combat.  Les villages pris à l’Etat Islamique sont Horik, Qazan, Bokhe, Til Khemir et Derfiliti.
Les Kurdes ont également récupéré 7 mitrailleuses PK, cinq lance-roquettes, 14 kalachnikovs et 1600 cartouches, 1 mortier, 1 fusil de sniper, 23 grenades, 41 mines, 1 véhicule blindé et 10 sacs d’équipements médicaux.

Province de Deir ez-Zhor
Selon la télévision d'Etat syrienne 19 combattants de l’Etat Islamique auraient été tués, lundi 23 mars, dans la province orientale de Deir ez-Zhor, un des bastions du groupe islamiste.

Deraa (sud syrien)
Un pipe-line a explosé à Nasib (province méridionale de Deraa), ce mardi 24 mars. Qui va éteindre le gigantesque incendie au milieu des combats ?
Voir video (impressionnant) :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=3761b7a2b3a6

Edleb
Une nouvelle grande bataille vient de débuter ce mardi 24 mars pour le contrôle de la ville d’Edleb.
La majeure partie de la province d'Edleb échappe au contrôle du gouvernement, à l’exception de la ville d’Edleb qui est restée aux mains du pouvoir.
La province est devenue un bastion du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie), après que celui-ci ait chassé les autres groupes rebelles de leurs positions en novembre 2014.
Une coalition, baptisée « l’armée de la conquête » et composée du Front al-Nosra et d'autres groupes islamistes armés, a lancé, mardi 24 mars, une grande offensive contre  la ville d’Edleb.
Au moins deux attentats suicide à la voiture piégée ont été menés contre des points de contrôle de l’AAS aux abords de la ville par les combattants islamistes.
La chaîne publique syrienne a pour sa part fait état de combats autour de la ville, parlant de plusieurs morts parmi les forces anti-gouvernementales.
"L'Armée de la Conquête", a appelé dans un communiqué les habitants d'Edleb à rester chez eux et appelé les sunnites combattant dans les rangs des forces gouvernementales à déserter, leur promettant une amnistie.
Plusieurs vidéos ont été mises en ligne aujourd’hui par les brigades islamistes rebelles. Elles montrent l'assaut surprise contre la ville d'Edleb.
- Cette vidéo d’Ahrar ach-Cham montrant le tir d’un char islamiste contre une tour d’observation de l’AAS :
https://www.youtube.com/watch?v=OG5inxErjdg&feature=p...
- Vidéo d’Ahrar ach-Cham montre l’attaque d’un poste avancé de l’AAS :
https://www.youtube.com/watch?v=KAhj8XyeGjI&feature=p...
- Vidéo (langue arabe) annonçant l’assaut contre Edleb par le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) et les brigades islamistes Ahrar ach-Cham et Souqour ach-Cham :
https://www.youtube.com/watch?v=GOfAUTRMnws&feature=p...
- Vidéo d’Ahrar ach-Cham montrant une scène de combats. Selon les informations, un poste avancé de l’AAS et trois villages auraient été capturés par les insurgés islamistes :
https://www.youtube.com/watch?v=omExV7Fpv_0&feature=p...

Province de Homs
Les jihadistes de l'EI ont attaqué hier un aérodrome militaire de la province de Homs, dans le cadre d'une offensive en direction du sud-ouest de la Syrie, rapporte l'OSDH. Cette dernière a rapporté que les jihadistes avaient attaqué l'aérodrome militaire de Tadmour, ville de la province de Homs, hier en début de journée. Mais ces combats n'ont pas été signalés par les médias officiels du régime.
Les Jihadistes de l’État islamique ont attaqué l’aéroport militaire de Tadmour, dans la province de Homs, le lundi 23 mars 2015. Les medias officiels n’ont rien dit sur cette nouvelle offensive.

Une nouvelle offensive de l’Etat Islamique dans les provinces de Homs et Hama
Il semble que l’Etat Islamique ait décidé de lancer des offensives de grande envergure dans les provinces de Homs, Hama, et même dans la région de Damas, ce qui représente un défi nouveau pour le pouvoir syrien. Ces actions militaires pourraient avoir comme objectif de remonter le moral dans les rangs des Jihadistes, très bas depuis leur défaite à Kobane et Hassaké.
Les Jihadistes de l’EI avaient commencé par chasser de ces provinces les rebelles de l’Armée Syrienne Libre. Ils sont désormais en mesure de concentrer leur activité militaire contre l’Armée Arabe Syrienne (AAS) et ses supplétifs.
Il y a quelques jours, on a signalé la mort de  74 soldats dans la province de Hama au cours de deux attaques menées par les Jihadistes de l’Etat islamique.
La nouvelle offensive a été précédée par une bataille de trois jours qui a éclaté, vendredi 20 mars, autour du village de Cheikh Hilal, proche de Hama. L’objectif des Islamistes de l’EI est couper la route de Hama à Alep.
Comme il en a désormais l’habitude, 70 personnes auraient été massacrées par les Jihadistes dans la localité de Cheikh Hilal, certains des corps ayant été mutilés. Il n’y a pas de soldats parmi les victimes, mais peut être des membres des groupes de défense formés localement ou des militaires hors service.

Jabal Zawiya
Vidéo du colonel Ali Abboud, le pilote blessé et capturé par les rebelles après que son hélicoptère ait fait un atterrissage forcé, vendredi 20 mars.
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=2983e0d80df1

La Jordanie va former des membres des tribus syriennes
La Jordanie, en coordination avec d’autres membres de la coalition internationale, va entraîner au combat des membres de « tribus syriennes ». C’est ce qu’a annoncé, lundi 23 mars, Mohammad al-Moumni, le porte-parole du gouvernement jordanien. On ne sait pas quelles tribus feraient partie du programme. Le porte-parole a également indiqué que son pays était prêt à aider les forces irakiennes, en formation et en armes, dans leur « guerre contre le terrorisme ». « Nous discutons aussi de la possibilité d'aider les forces des peshmergas kurdes », a ajouté M. al-Moumni, sans autre précision.

Yémen

Echange de menaces entre l’Arabie saoudite et les Chiites yéménites
La tension entre l’Arabie saoudite et le mouvement chiite yéménite Ansarullah (Houthis) est monté d’un cran. L’Arabie Saoudite, qui soutient le président sortant Abed Rabbo Mansour Hadi, a menacé d’intervenir militairement au Yémen pour stopper l’avancée d’Ansarullah dans les différentes régions yéménites.
Le prince Saoud al-Fayçal, ministre saoudien des Affaires étrangères, a affirmé, lundi 23 mars, que le royaume était prêt à prendre toutes les mesures nécessaires afin de protéger la région de « l’agression des Houthis ».
Fayçal a estimé que « la solution au Yémen passe par le rejet du coup d'Etat » des Houthis. Et d’ajouter : « la sécurité du Yémen fait partie de celle des pays du Golfe ».
Il a souligné la nécessité de « hâter la tenue à Ryad d'une conférence de dialogue inter-yéménite », affirmant que « le coup d’état des Houthis menaçait non seulement la sécurité et la stabilité du Yémen et de la région, mais également du monde entier ».
Fayçal s’en est également pris à l’Iran, dont il a qualifié la politique dans la région d’ « agressive ».

Et comme pour faire écho aux propos du ministre saoudien des AE, le président yéménite démissionnaire, Abed Rabbo Mansour Hadi, a demandé l’intervention du « Bouclier de la péninsule » pour  protéger les institutions vitales du Yémen. Le « Bouclier de la péninsule » est la composante militaire du Conseil de coopération du Golfe. La demande de Hadi a été officiellement transmise au Conseil de coopération des pays du Golfe qui a répondu positivement.

Les Chiites yéménites ne se laissent pas impressionner. Mohammad Bakhiti, membre du bureau politique d’Ansarullah, a prévenu que « l’entrée du « Bouclier de la péninsule » au Yémen signifierait la fin des Al-Saoud » (famille régnante en Arabie). Et il a menacé « d’entrer en Arabie pour reprendre les provinces de Najd et Hijaz ».

Bakhiti.jpgMohammad Bakhiti

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Manifestations anti-houtistes à  Taëz
La tension est très vive à Taëz et dans d'autres localités de la province de même nom où la population est largement hostile aux Houthis.
Cinq personnes ont été tuées et 80 blessées au cours d’une manifestation, mardi 24 mars, à Taëz (sud-ouest du Yémen). Les manifestants protestaient pour la troisième journée consécutive contre la présence des Houthis dans la ville. Ces derniers se sont en effet emparés, ce week-end, de l'aéroport, d'un campement des forces spéciales et d'autres installations dans la ville
Des incidents similaires ont eu lieu à al-Turba, à 80 km au sud-ouest de Taëz. Les miliciens chiites d’Ansarullah, le bras armé des Houthis, ont tiré sur une foule de manifestants qui attaquaient une de leurs positions dans cette localité. Trois personnes ont été tuées et douze blessées.

Jihadisme international

Nouvelle tactique de l’Etat Islamique
Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont adopté une nouvelle tactique militaire. Ils l’ont baptisée « Poisson du désert » (Scincus).
La nouvelle tactique consiste à imiter le lézard du désert dans sa façon d’évoluer dans des terrains vastes, qui lui permettent de rester insaisissable, de frapper ses victimes et de se cacher en s’enfouissant dans le sable comme un poisson sous l’eau.

Nom des 24 « Wilayat » revendiquées par l’Etat Islamique
Dans une illustration publié par les partisans de l’EI sur les réseaux sociaux, l’organisation jihadiste a inscrit les noms des « wilayat » qui doivent faire partie du califat islamique. Seize des émirats (Wilayat) se trouvant en Syrie et en Irak et les huit autres en Algérie, en Libye, en Egypte (Sinaï), au Yémen, en Arabie Saoudite et à Khorasan (Iran).
Nom des 24 « wilayat » (émirats) :
POISSONDesert.jpgLes 24 "wilayat" du califat islamique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Norvège
70 « Norvégiens » auraient rejoint l’Etat Islamique en Irak ou en Syrie. 15 d’entre eux auraient été tués dans les combats et les bombardements et 25 autres seraient rentrés en Norvège.
Ces chiffres ont été fournis par Benedikte Björnland, chef du Service de Sécurité de la Police (PST) lundi 23 mars.
Pour Benedikte Björnland, l'extrémisme islamique est aujourd’hui la plus grande menace. Elle s’est dite préoccupée par l'augmentation des actes terroristes ces derniers temps.
"Nous devons être prêts à la possibilité que les actes terroristes aient également lieu en Norvège", a déclaré Björnland.

Tunisie
Le célèbre rappeur tunisien Marouen Douiri, alias Emino, a rejoint, le 18 mars, les rangs de l’Etat Islamique.
Une photo postée sur Facebook le montre à Raqqa, en Syrie, avec le drapeau de l’EI flottant derrière lui. Il aurait quitté cette ville depuis pour rejoindre l'Irak. 

Coalition internationale

Canada
Le gouvernement canadien va demander au Parlement d'élargir à la Syrie la participation du Canada à la coalition internationale contre l’Etat islamique (EI) en Irak et de la prolonger d'un an. C’et ce qu’ont indiqué, mardi 24 mars, les services du Premier ministre Stephen Harper.
La motion sera débattue à partir du jeudi 26 mars. Elle devrait être votée par le Parti conservateur de M. Harper qui détient une large majorité à la Chambre des Communes. Le gouvernement a rappelé qu’il n’enverrait pas de troupes au sol, à l’exception des forces spéciales déjà en Irak.
Dans sa motion, le gouvernement juge que pour affaiblir le groupe EI, il est nécessaire de mener "des frappes contre ses opérations et ses infrastructures là où elles sont, y compris en Syrie" et pas uniquement en Irak.
Le Canada avait décidé, le 7 octobre 2014, de rejoindre la coalition internationale contre l’Etat islamique en Irak. Six chasseurs F-18, deux avions de surveillance Aurora, un avion de ravitaillement en vol et deux autres de transport participent à cette mission, de même que 600 militaires basés au Koweït. Le Canada a aussi déployé, en septembre 2014, 70 membres des forces spéciales chargés de conseiller et d'assister les forces kurdes dans le nord de l'Irak.

La motion propose de prolonger la participation du Canada à la coalition internationale jusqu'au 30 mars 2016 "au plus tard". Le premier mandat de la mission canadienne, voté à l'automne 2014, l'avait été pour six mois.
La mission canadienne bénéficie d'un fort soutien dans l'opinion publique après les deux attaques d'inspiration jihadistes qui ont coûté la vie à deux militaires au Québec et à Ottawa en octobre 2014.
Mais l’opposition, qui avait voté contre la résolution, le 7 octobre 2014, avait vivement critiqué les objectifs donnés aux soldats canadiens après que des forces spéciales avaient été impliquées dans des accrochages au sol en janvier 2015 contre les combattants de l'organisation EI. Rappelons qu’un soldat canadien a trouvé la mort le 6 mars, pris par erreur pour cible par les forces de sécurité kurdes.

Jean René Belliard

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