23/03/2015

23 mars 2015 - Nouvelles du monde arabo-musulman

A la veille d'une possible signature d'un accord sur le nucléaire avec Téhéran, la diplomatie saoudienne se démène tous azimuts pour contrer l'Iran et son regain d'influence en Irak et au Yémen.


Arabie saoudite

L’Arabie saoudite tend la main à l’Irak
Il est de notoriété publique que les relations entre l’Arabie saoudite et l’Irak ont été très mauvaises pendant des années. Riyad reprochait à l’ancien Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, un Chiite, sa politique d’exclusion des Sunnites. Nouri al-Maliki, lui, accusait l’Arabie saoudite de pousser la communauté sunnite à l’insurrection, de financer et d’armer les réseaux jihadistes qui ensanglantaient le pays et notamment la communauté chiite.
Les relations se sont améliorées avec l’arrivée au pouvoir, en 2014, de Haider al-Abadi, un Chiite comme al-Maliki.
Depuis sa prise de fonction, le nouveau Premier ministre a pris soin de présenter la lutte contre l’Etat Islamique comme étant de nature pluriconfessionnelle, c'est-à-dire incluant des Chiites et des Sunnites. C’est ce qu’il a répété au cours d’un entretien téléphonique avec le nouveau roi saoudien, Salmane Ben Abdel Aziz.
Les victoires sur l'EI ont été obtenues "grâce à la coopération de tous les fils de l'Irak et des volontaires des différentes régions", a, par exemple, affirmé Haider al-Abadi au cours de l’entretien téléphonique.
Cela tombait bien car Riyad est doublement inquiet. Ses principaux voisins, l’Irak au nord et le Yémen au sud, sont en proie au chaos et à une double menace : celle de l’Iran, d’une part, qui gagne en influence dans ces deux pays par le biais des milices chiites armées. Et celle des réseaux jihadistes qui ont juré d’abattre la monarchie saoudienne.
Du coup, le roi Salmane a invité Haider al-Abadi à visiter l’Arabie saoudite sans toutefois qu’une date ait été précisée.
En novembre 2014, le président irakien, Fouad Massoum, avait déjà effectué une visite en Arabie saoudite, la première à ce niveau depuis de longues années. Riyad avait annoncé deux mois plus tard qu'elle allait rouvrir son ambassade à Bagdad, fermée depuis que les relations avaient été rompues entre les deux pays en 1990.  Elles avaient été rétablies en 2004, après la chute de Saddam Hussein, mais Riyad n’avait toujours pas ouvert sa chancellerie à Bagdad.

L'Arabie saoudite se fait menaçante au Yémen
Devant la dégradation de la situation au Yémen et la poursuite de l’offensive des miliciens chiites d’Ansarullah vers le sud du pays et notamment la ville d’Aden, l'Arabie saoudite a finalement sommé les Houthis chiites de mettre fin à leur coup d’Etat et de rétablir dans leur fonction les autorités "légitimes" représentées par le président Abd Rabbo Mansour Hadi.
Une sortie de crise passe par "le rejet du coup d'Etat" du 6 février et "le retrait des Houthis armés de tous les bâtiments publics et le rétablissement du gouvernement légitime", a déclaré, lundi 23 mars 2015, le prince Saoud al-Fayçal, ministre saoudien des Affaires étrangères.
Le ministre s’exprimait lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue britannique Philip Hammond.  Le prince Saoud al-Fayçal proposait d’organiser dans les plus brefs délais une conférence de réconciliation inter-yéménite. Celle-ci pourrait être convoquée par le roi d'Arabie à la demande du président Hadi.
"toutes les factions yéménites qui désirent préserver la sécurité et la stabilité du Yémen" sont invitées à participer à cette conférence, a ajouté le ministre saoudien.
Il est peu probable que les Chiites acceptent de participer à une telle conférence. Le chef de la milice chiite, Abdel Malek al-Houthi, a d’ailleurs implicitement rejeté l'offre de Riyad au cours d’un discours prononcé dimanche 22 mars dans la soirée.
"Le dialogue ne peut pas être placé sous le patronage d'une quelconque partie qui alimente les tensions au sein du peuple yéménite", a-t-il martelé dans une allusion à l'Arabie saoudite sunnite, qui classe les Houthis comme organisation "terroriste".
Reste à savoir ce que Riyad a l’intention de faire pour venir en aide au président Abd Rabbo Mansour Hadi avant qu’il ne soit trop tard, c’est-à-dire avant que les miliciens chiites aient réussi à pousser jusqu’à Aden, ne laissant plus que les Jihadistes d’al-Qaïda et de l’Etat Islamique face à eux.

L'Arabie appelle à ne pas signer d’accords avec  l'Iran
Le prince Saoud al-Fayçal a tenu une conférence de presse à l’issue de ses entretiens avec son homologue britannique, Philip Hammond, qui effectuait une visite dans le royaume. Il en a profité pour avertir les Occidentaux de ne pas signer avec l’Iran "des accords qu'il ne mérite pas" sur son programme nucléaire.
L'Arabie saoudite sunnite a toujours été très méfiante à l'égard de l'Iran chiite, son rival régional. Elle ne voit pas d’un bon œil l'approche de la date butoir du 31 mars 2015 fixée pour la conclusion d'un accord entre l'Iran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne + Allemagne).
Le ministre saoudien a exigé "des garanties que ce programme ne se transforme pas en arme nucléaire, menaçant ainsi la sécurité régionale et le monde".
D'autant, a-t-il ajouté, que "l'Iran poursuit dans la région des politiques agressives, interfère constamment dans les affaires des pays arabes et cherche à susciter des conflits confessionnels" au Moyen-Orient.
A noter que des tensions seraient apparues entre Paris et Washington, le premier reprochant au second de ne pas être assez exigeant sur les garanties que Téhéran doit donner sur son programme nucléaire.

Front irakien

Bagdad
Le quartier chiite Sadr City, situé au nord de Bagdad, a été frappé par un attentat à la voiture piégée, lundi 23 mars. L’explosion a tué au moins huit personnes. L’attentat a eu lieu près d'un restaurant et d'une mosquée où se rassemblaient des pèlerins en partance pour un mausolée chiite à Samarra, à 110 km au nord de Bagdad.

Liban

Frontière libano-syrienne
Une source proche du Front al-Nosra, la branche syrienne d'al-Qaïda, a assuré au quotidien al-Akhbar paru lundi 23 mars 2015 qu’une "bataille du printemps aurait lieu en direction du Qalamoun (syrien) et non en direction du Liban".
"Le Liban et son armée ne font pas partie des cibles d'al-Nosra", a poursuivi la source qui a promis "des surprises lors de la bataille" du Qalamoun.

Front libyen

Des négociations ont actuellement lieu au Maroc entre représentants des deux Parlements rivaux, le Parlement soutenant le gouvernement officiellement reconnu par la communauté internationale et siégeant à al-Bayda (est libyen) et le Parlement islamiste soutenu par les milices Fajr Libya et siégeant à Tripoli.  Les négociations ont lieu sous l'égide du représentant spécial de l'Onu, qui a dit espéré jeter cette semaine les bases d'un "accord final" sur un gouvernement d'union.
Les négociations risquent pourtant de se retrouver dans l’impasse car les deux parties n’ont pas cessé leurs affrontements pour autant. Chacun des deux camps dispose d’une force aérienne et l’utilise pour lutter contre l’adversaire.
Lundi 23 mars, un raid aérien a pris pour cible un dépôt d'armes appartenant à la coalition des milices Fajr Libya et situé près de Tripoli.
Selon le colonel Ahmed al-Mesmari, porte-parole des forces armées relevant du gouvernement reconnu par la communauté internationale, "le raid a visé un dépôt d'armes de Fajr Libya".
Fajr Libya a confirmé qu’un raid avait bien eu lieu mais qu'il avait visé un camp de déplacés libyens situé à Tarhouna (80 km au sud-est de Tripoli) et que huit civils auraient été tués.
Par ailleurs, le colonel Mesmari a affirmé que les forces armées avaient abattu un avion appartenant à Fajr Libya, à Al-Rajbane, à 170 km au sud-ouest de Tripoli. Un membre de l’équipage aurait été tué et l’autre capturé.

Front syrien

Nouvelles du groupe islamiste rebelle Ahrar ach-Cham
Le puissant groupe islamiste syrien Ahrar al-Cham a annoncé dimanche 22 mars 2015 sa fusion avec le petit groupe Soukour ach-Cham, également islamiste.
Ahrar al-Cham compterait 10 000 combattants, essentiellement Syriens, à la différence d'al-Nosra, dont les membres sont plutôt étrangers. Mais plusieurs évènements ont affaibli la brigade islamiste. Tout d’abord, le chef d'Ahrar al-Cham et la plupart de ses commandants ont été tués en septembre 2014 dans un attentat. Ensuite, le financement du groupe, assuré par les États arabes du Golfe, se serait tari.
En conséquence, l’influence de ce groupe rebelle aurait eu tendance à se réduire ces derniers mois alors même que le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) se renforçait après avoir éliminé les groupes rebelles non jihadistes soutenus par l'Occident dans la région d’Edleb.
Pour toutes ces raisons, la brigade Ahrar ach-Cham n’avait d’autres choix que de se rapprocher d'autres brigades rebelles.
La fusion entre Ahrar ach-Cham et Soukour ach-Cham dans la province d’Edleb (nord-ouest syrien) devrait permettre à la nouvelle organisation de concurrencer le Front al-Nosra
Quant à la brigade Souqour ach-Cham, celle-ci était armée et financée par le Qatar et la Turquie. Elle avait rejoint le Front Islamique qui, lui, est armé et financé par l’Arabie saoudite et les pays du Golfe.
Vidéo mise en ligne montrant comment la brigade Souqour ach-Cham a utilisé des tunnels remplis d’explosifs pour faire sauter une position adverse à Jabal al-Arba’in.
Vidéo en langue arabe :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Alep
Ancien poumon économique de la Syrie, Alep est aujourd’hui divisée entre un secteur ouest contrôlé par le pouvoir syrien et un secteur est contrôlé par les rebelles. Les secteurs rebelles sont régulièrement la cible de bombardements aux barils d’explosifs qui ont fait des milliers de victimes, civiles et miliciennes.
Les rebelles ne sont pas en reste et soumettent les quartiers ouest à des bombardements la plupart du temps aveugles.
Ces attaques ont fait réagir Human rights watch (HRW) qui a critiqué les attaques rebelles "aveugles" menées par les combattants de l'opposition contre des zones contrôlées par le gouvernement.
"Nous assistons à une véritable course à l'abîme avec des rebelles qui s'alignent sur la cruauté des forces gouvernementales", a dénoncé Nadim Houry, directeur adjoint pour le Moyen-Orient à HRW.
Les bombardements rebelles ont encore fait quatre tués, dimanche 22 mars, et 13 morts et 33 blessés, lundi 23 mars. Les tirs ont visé les quartiers ouest tenus par l’AAS.

Vidéo des bombardements à l’intérieur d’Alep. Ici il s’agit d’une vidéo mise en ligne par les miliciens du quartier rebelle d’Achrafiyé :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=d120e1ec59bd

Jabal al-Zawiya (nord ouest syrien)
Un hélicoptère a fait un atterrissage forcé dans la région de Jabal al-Zawiya (nord-ouest), un bastion du Front al-Nosra (la branche syrienne d'Al-Qaïda), dimanche 22 mars.
Quatre membres de l'équipage ont été capturés et un cinquième a été tué par des hommes armés dans un village de la zone. Deux des membres de l’équipage, dont le pilote, seraient aux mains des Jihadistes du Front al-Nosra et les deux autres seraient détenus par un groupe islamiste inconnu. Deux autres membres auraient réussi à prendre la fuite.
Le Front al-Nosra a publié des photos et des vidéos avec la légende : "le pilote de l'hélicoptère aux mains des jihadistes".

CAtPR0IW4AAe7Am.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La télévision d'Etat syrienne a reconnu qu'un hélicoptère militaire s'était écrasé lors d'un atterrissage forcé en raison d'une panne technique dans la province d'Edleb et que les recherches étaient en cours pour trouver l'équipage.
Vidéo (langue anglaise) :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=a8137f9644fb

Deraa (sud syrien)
Des affrontements violents ont opposé des rebelles aux forces loyalistes dans la ville antique de Bosra Sham, inscrite au Patrimoine mondial de l'Unesco.

L'AAS utilise du gaz R-22 Chlorodifluorométhane
L’Armée Arabe Syrienne (AAS) utiliserait à présent du gaz  R-22 Chlorodifluorométhane, un gaz appauvrissant l’ozone, dans ses barils de bombes. Ce gaz remplacerait le gaz Sarin qu’il avait utilisé dans la Ghouta orientale le 21 août 2013 et dont la communauté internationale a exigé l’enlèvement et la destruction des stocks. Le R-22 est un gaz qui empoisonne par inhalation, mais il peut être traité avec de l’oxygène ce qui fait qu’il est un substitut au Sarin nettement moins efficace.
Le nouveau gaz était contenu dans l’épave d’une bombe tombée intacte à Alep. La bombe contenait une cartouche de R-22 Chlorodifluorométhane. Si ce fait est avéré, ce serait une violation du Protocole de Montréal sur l'utilisation des CFC.
Vidéo :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=9fb7a5a4701d

Tunisie

Tunis – Suite de l’attaque contre le musée Bardo
L’enquête préliminaire sur l’attaque du musée Bardo, qui a coûté la vie à 21 personnes dont 20 touristes, a mis en évidence des défaillances sécuritaires graves.
Le premier ministre tunisien, Habib Essid, qui a lui-même été ministre de l'Intérieur en 2011 après la révolution de jasmin, a visité le lieu de l’attentat, dimanche 22 mars dans la soirée, et a décidé, après avoir constaté les lacunes dans la protection du site, de limoger le chef de la police de Tunis et celui du Bardo.

Région frontière algero-tunisienne
Un soldat tunisien a été tué dimanche soir 22 mars 2015 dans l'explosion d'une mine posée par des jihadistes dans une région montagneuse de l'ouest de la Tunisie, à la frontière avec l'Algérie.

Yémen

Bataille de Taëz
La milice chiite Ansarullah, le bras armé des Houthis, a envoyé, lundi 23 mars 2015, de nouveaux renforts vers la ville de Taëz où elle occupe déjà son aéroport et la base militaire voisine. La ville, la troisième du pays, est située sur la route entre Sanaa et Aden et les Chiites ont bien l’intention de s’en emparer entièrement. L’objectif réel des Houthis est désormais la ville même d'Aden où est retranché le président Hadi Abd Rabo Mansour.
Mais les Chiites se sont heurtés à une forte résistance des tribus sunnites à Haijat Al-Abd et à Al-Maqatara, deux zones situées respectivement à 40 et à 80 km de Taëz.

Lahj
Les Jihadistes de l’Etat Islamique semblent être passés à la vitesse supérieure au Yémen. Après avoir revendiqué les attaques suicides contre des mosquées de Sanaa, qui ont fait 142 morts et 350 blessés, vendredi 20 mars, le groupe jihadiste annonce avoir tué le même jour 29 agents de sécurité dans la province de Lahj (sud yémen). Cette province est la deuxième « wilaya » yéménite à être revendiquée par l’EI comme faisant partie de son califat. La revendication de ces attaques par l’EI est un fait nouveau au Yémen qui était jusqu'ici la chasse gardée d'al-Qaïda.
Un communiqué de l’EI mis en ligne sur Twitter affirme que "les lions de l'Etat" islamique dans "la wilaya de Lahj" ont "liquidé 29 apostats parmi les membres de la police politique, de la sécurité centrale, de la police des secours et de l'armée". L’organisation jihadiste revendiquait également le meurtre de deux officiers de sécurité. A noter qu’al-Qaïda avait déjà revendiqué ces assassinats les 6 et 8 mars 2015.

Jihadisme international

Indonésie
Plus de 500 Indonésiens se trouveraient en Syrie et en Irak pour combattre dans les rangs de l'EI, selon les autorités de l'archipel d'Asie du Sud-Est. Rappelons que l’Indonésie est le plus peuplé des pays musulmans.
Cinq Jihadistes ont récemment été arrêtés par la police antiterroriste d’Indonésie. Ils sont soupçonnés d'avoir recruté plusieurs groupes composés pour l'essentiel de femmes et d'enfants partis rejoindre l'Etat islamique en Irak et en  Syrie via la Turquie. L’un des groupes a été intercepté au début du mois de mars 2015 à Gaziantep, une ville turque à la frontière syrienne. Il y avait parmi eux 11 enfants, quatre femmes et un homme. Le groupe avait l’intention de rejoindre l'EI. Quatre autres recruteurs présumés ont également été inculpés pour avoir aidé un autre groupe de 21 Indonésiens partis rejoindre l'EI.

Jean René Belliard

Les commentaires sont fermés.