21/03/2015

20 mars 2015 - Nouvelles du monde arabo-musulman

L'horreur à Sanaa où près de 142 fidèles ont péri au cours d'attaques kamikazes contre deux mosquées de la capitale yéménite ce vendredi 20 mars.


Algérie

Bouira (Kabylie)
L’Etat Islamique a revendiqué, le  jeudi 19 mars, deux attaques contre les forces de sécurité algériennes. L’une des attaques a pris pour cible un convoi de l’armée algérienne à proximité de Bouira, en Kabylie. L’attaque aurait eu lieu le 5 mars 2015 et aurait coûté la vie à 7 soldats algériens. L’autre attaque a eu lieu contre la police à Tabla.

Front irakien

Falloujah
Le ministère irakien de la sécurité affirme que 3 dirigeants de l’Etat Islamique ont été tués par l’aviation irakienne à Falloujah, à l’ouest de Bagdad.
« Après avoir collecté des informations précises sur le lieu de leur présence, les héros de la force aérienne ont visé un grand dépôt de missiles appartenant à Daesh, tuant sur le coup Maher Ihsan le responsable de la planification militaire dans la province d’Al-Anbar, et les deux terroristes Abou Doujana et Abou Ihsan chargés de l’implantation des engins piégés dans la région de Falloujah, ainsi que d’autres miliciens ».
Le ministère a ajouté que « plus de 140 missiles avaient été détruits par la frappe ».

Tikrit
Sadiq Yari, le commandant des Gardiens de la Révolution Islamique iranienne (Pasdaran) a été tué à Tikrit. Yari était un proche de Qassem Soleimani, adjoint du chef des Pasdarans, mais en fait l’homme fort du Moyen Orient. Yari a été tué avec un autre général.LiveLeak-dot-com-916_1426871164-sadeq2_1426871514_jpg_resized.jpg

Sadiq Yari dans le cercle rouge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De l’autre côté, les forces irakiennes affirment avoir repoussé une offensive des Jihadistes de l’EI à l’ouest de la ville de Tikrit. « Des dizaines de miliciens takfiristes ont été tués, dont 7 Kamikazes portant des ceintures explosives », a précisé une source sécuritaire à Soumariya News.

L’Etat Islamique décapite trois Peshmergas kurdes
Les Jihadistes de l’EI ont mis en ligne une vidéo montrant la décapitation de trois Peshmergas dans le nord de l'Irak. Les Islamistes ont en outre menacé de tuer "des dizaines d’autres" qu’ils ont capturés.
Le clip de six minutes, qui semblait coïncider avec les célébrations du nouvel an kurde, a montré les peshmergas portant des combinaisons oranges décapités par trois Jihadistes vêtus de noir. A noter que les bourreaux parlaient kurde. Il semble qu’il soit devenu une habitude pour l’Etat Islamique de faire réaliser les exécutions ou les attentats par des hommes de la même nationalité ou de la même ethnie que leurs victimes.
"Le peuple kurde musulmans doit savoir que notre guerre n’est pas contre lui, mais plutôt contre ceux qui se sont aventurés dans une alliance avec les Safavides (mot péjoratif pour les Chiites) et les croisés qui font la guerre aux musulmans", a déclaré l'un des Jihadistes.
Un autre des bourreaux s’est alors adressé directement au leader kurde, Massoud Barzani : "Nous vous avions prévenu que pour chaque fusée que vous tirez sur ceux qui sont sous la protection de l'Etat islamique, nous tuerons un de vos prisonniers de nos propres mains."
Les forces kurdes avaient bombardé Mossoul il ya plusieurs jours. Les Peshmergas de avaient déclaré que les bombardements étaient en représailles pour le tir d’un missile par l’Etat Islamique qui avait atterri sur un marché de légumes en dehors de la capitale régionale d'Erbil, lundi 16 mars.
Au début de l’année, un peshmerga avait déjà été décapité par un militant kurde à Mossoul après que des roquettes Grad aient été tirées sur la ville par les Kurdes.
En février, une autre vidéo montrait l’interview par un Islamiste kurde de Peshmergas maintenus en captivité à l’intérieur de cages.

Les Turkmènes dans les combats contre l’Etat Islamique
4,000 combattants turkmènes sont engagés dans les combats contre les Jihadistes de l’EI dans la province de Kirkouk. 10.000 autres viennent de terminer leur formation à Mossoul.
Ces combattants sont prêts à se lancer contre Tal Afar, la ville dont la majorité est originaire, pour reprendre la ville à l’Etat Islamique.
Les Turkmènes sont une ethnie apparentée aux Turcs. Ils constituent  le troisième groupe ethnique par ordre d’importance en Irak. Ils  vivent principalement dans le nord du pays.
L’Etat Islamique est sur la défensive dans la région de Kirkouk dpuis que les Peshmergas, les milices chiites et les combattants turkmènes ont lancé des opérations militaires d’envergure contre les positions des Islamistes.  

Front libyen

Syrte
L’Etat Islamique affronte à Syrte les milices de Misrata qui font partie du groupement de milices islamiques de Fajr Libya (Aube de la Syrie). Les Jihadistes de l’EI n’ont aucune intention de lâcher prise et promettent de faire de Syrte un « enfer comme Falloujah » (par référence à la place forte islamiste en Irak). Et quant à Misrata, les Jihadistes menacent de transformer la ville en un « Mossoul libyen ». Ce qui veut dire qu’ils ont l’intention de s’emparer de Misrata, un objectif qui pourrait se révéler plus difficile qu’ils ne le pensent.
Sur une vidéo, un homme se présentant sous le nom de Cheikh Abou Mohammed Fornaji, promet une série d’attaques suicides et de voitures piégées pour «démolir les ennemis de Dieu". Il poursuit en accusant Misrata et ses alliés de l’Aube de la Libye (Fajr Libya) de "serrer la main des croisés". Il affirme que l’organisation Aube de la Libye a été créée pour combattre l’EI et que ses dirigeants ont rencontré des représentants de la communauté internationale à Genève, au Maroc et en l'Algérie.
En attendant, les combats qui ont débuté dimanche 15 mars, se poursuivent sans répit. A noter qu’un chef jihadiste de nationalité tunisienne, Ahmed Rouissi, a été tué au cours des affrontements. Rouissi était membre de l’organisation jihadiste tunisienne Ansar ach-Charia.
Les Jihadistes de l’EI multiplient les attaques suicides contre les positions des milices de Misrata. Jeudi 19 mars, une douzaine de membres des milices de Misrata ont été tués au cours d’une attaque contre une de leurs positions près de Nawfliya. Plus tôt, une attaque avait pris pour cible la base de la brigade 166 à Misrata même. Cette brigade supporte le gros des combats contre l’EI à Syrte.

Grand sud libyen
De violents combats ont lieu à Ubari, dans la province de Fezzan, dans le grand sud libyen. Ils opposent les Touaregs aux Toubous. Les Toubous, une ethnie à la peau noire, vivent à cheval sur la Libye, le nord du Tchad et du Niger et les Touaregs sont bien décidés à les expulser de la localité.
Les affrontements entre Touaregs et Toubous ne sont pas nouveaux. Ils ont en fait débuté en février 2012.
La crise politique et sécuritaire qui règne dans le pays a naturellement des répercussions dramatiques dans le grand sud libyen. Les organisations jihadistes, comme l’Etat Islamique ou al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) profitent de la situation pour s’implanter dans les oasis, et notamment à Ubari. Cette évolution aura naturellement de graves conséquences pour les pays voisins, comme l’Algérie, le Niger et le Tchad. 

Sans oublier les combats entre l’Aube de la Libye et les troupes de Khalifa Haftar
Des combats ont opposé vendredi 20 mars près de Tripoli des forces de la coalition Fajr Libya (Aube de la Libye) à celles du gouvernement internationalement reconnu, qui a annoncé une offensive pour libérer la capitale au moment où le dialogue entre les deux Parlements rivaux libyens reprenait au Maroc.
Fajr Libya, qui contrôle la capitale depuis août 2014, a indiqué sur des réseaux sociaux que ses hommes avaient combattu un groupe hostile s'étant infiltré dans la région d'al-Aziziya, à 35 km au sud de la capitale.
"Le gouvernement (celui reconnu par la communauté internationale ( vous me suivez ?) salue les opérations lancées par les unités de l'armée libyenne au sud de Tripoli, qui constituent le début de l'offensive pour libérer Tripoli et ses banlieues", a-t-il annoncé par un communiqué sur sa page officielle facebook.
Ces combats interviennent alors que l'ONU a annoncé la reprise à Skhirat, station balnéaire proche de Rabat, du dialogue entre des représentants des Parlements rivaux sous l'égide de l'ONU.
Les négociations se déroulent entre des représentants du Parlement internationalement reconnu siégeant à Tobrouk (est) et ceux de l'Assemblée sortante, le Congrès général national (CGN), qui soutient le gouvernement installé par la coalition de milices islamistes connue sous le nom de "Fajr Libya" (l’Aube de la Libye).

Front syrien

Alep
La brigade islamiste rebelle Ahrar al-Cham a mis en ligne une vidéo expliquant comment elle a résisté à un assaut de l’AAS (Armée Arabe Syrienne) à Rityan :
Vidéo (langue arabe sous-titrée en anglais) :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=16e9fc8bcacf
A Handarat (reconquise par l’AAS), les soldats syriens ont découvert le corps d’un Jihadiste australien, Abou Baker al-Ustrali.

Hassaké (nord syrien)
Plus de 20 personnes ont péri vendredi dans un attentat suicide lors d'une fête kurde a Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Plus de 33 personnes ont été tuées lorsqu'un kamikaze a déclenché sa charge explosive lors d'une fête à Hassaké à l'occasion de Norouz, le Nouvel an kurde. On compte de nombreuses femmes et cinq enfants parmi les morts. Des dizaines d'autres participants ont été blessés.
La province de Hassaké est stratégique car elle est limitrophe de l'Irak et de la Turquie. Les forces du régime et les Unités de protection du peuple kurde (YPG), la principale force kurde en Syrie, se partagent le contrôle de la ville de Hassaké, tandis les jihadistes de l'Etat islamique (EI) contrôlent plusieurs secteurs de la province du même nom.
Un autre attentat à l'explosif a par ailleurs visé un autre rassemblement dans la ville, mais n'a fait que des blessés.

Lourdes pertes de l’armée syrienne
Plus de 70 membres des forces gouvernementales syriennes ont été tués dans des attaques menées par des jihadistes de l’Etat islamique ces dernières 24 heures dans les provinces de Homs et de Hama". Dans la région de Hama, les pertes de l'armée s'élèvent à une cinquantaine d'hommes.

Changement de tactique de l'EI ?
On pourrait assister à un changement de stratégie de l'EI. Après les revers subis par les Jihadistes en essayant de créer une continuité territoriale dans les provinces de Raqqa, Hassaké et Alep, ceux-ci semblent avoir opté pour des attaques surprise contre de petites positions de l'armée, notamment dans les provinces mieux contrôlées par le pouvoir comme celles de Hama et Homs.

Tunisie

Tunis
On en sait un peu plus sur l’identité des deux Jihadistes tués par les forces de l’ordre lors de l’attaque du musée Bardo à Tunis.
Les deux Islamistes s’étaient rendus clandestinement en Libye en décembre 2014 pour recevoir une formation au maniement des armes. C’est ce qu’a déclaré Rafik Chelly, le secrétaire d'Etat tunisien chargé des affaires sécuritaires, jeudi 19 mars à la chaîne privée Al-Hiwar Ettounsi. On apprenait également que l’un des deux assaillants, Yassine Laabidi, avait été arrêté par les forces de sécurité tunisiennes avant son départ pour la Libye. On ignore dans quelles conditions il a été libéré/

Bilan
Les autorités tunisiennes ont identifié les corps de quatre Italiens, trois Japonaises, trois Français, un Colombien, un Australo-Colombien, deux Espagnols, une Britannique, une Belge et une Polonaise, a révélé le Docteur Naoufel Somrani, directeur de l'unité de l'urgence au ministère. Trois victimes restent à identifier.
Au total, 20 touristes étrangers ont été tués au cours de l'attaque du musée du Bardo mercredi 18 mars à Tunis.

Front yéménite

L’Etat Islamique attaque des mosquées : 142 morts
Les affrontements à Aden sont à peine terminés que le Yémen se retrouve une nouvelle fois ensanglanté par une vague de violences sans précédent, même pour un pays habitué à la violence.
Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont attaqué, vendredi 20 mars, plusieurs mosquées au Yémen, tuant au moins 142 personnes et en blessant au moins 351 autres. Le chiffre a été communiqué par un responsable du ministère de la santé.
Les attaques ont été perpétrées contre deux mosquées de la capitale Sanaa, dans lesquelles priaient notamment des membres de la puissante milice chiite Ansarullah, le bras armé du mouvement Houthi. Le premier attentat a visé la mosquée al-Badr, dans le sud de Sanaa. La mosquée a été visée par un double attentat. La première explosion a eu lieu dans l’enceinte, et la deuxième  à l'entrée de l’édifice au moment où les fidèles prenaient la fuite. Parmi les victimes se trouve l’orateur  de la mosquée, Cheikh Mortada Hamtouri. La deuxième mosquée visée à Sanaa est la mosquée Al-Hashahush. Celle-ci se trouve dans le nord de la capitale. L’explosion a été déclenchée au-dessous du "minbar", l'estrade sur laquelle le prêcheur prononce son discours. Les deux attaques ont eu lieu presqu’au même moment.
Rappelons que les Chiites d’Ansarullah ont pris le contrôle de la capitale.
Une autre attaque suicide a visé la mosquée de l’Imam al-Hadi à Saada, le bastion des Houthis dans le nord du pays. Mais dans ce cas, le kamikaze a raté son opération et est la seule victime de l’explosion.
Tous les attentats ont été revendiqués par l’Etat Islamique. Dans son communiqué intitulé  la "province de Sanaa", il assure que ces attaques ne sont que "la partie émergée de l'iceberg" et que d'autres suivront contre les Houthis. Le groupe Jihadiste révèle dans son communiqué que cinq kamikazes ont exécutés les attaques: quatre d'entre eux se sont fait exploser dans les deux mosquées de Sanaa et le cinquième à Saada.

Jihadisme international

Union européenne – les Jihadistes pourraient se mêler au flot de réfugiés
Le coordinateur de l'UE pour la lutte contre le terrorisme, le Belge Gilles de Kerchove, a appelé, vendredi 20 mars, l'agence européenne de contrôle des frontières, Frontex, à la vigilance face au risque d'infiltration en Europe de jihadistes se faisant passer pour des réfugiés.
"Nous devons être vigilants. Il est relativement facile de pénétrer dans l'Union européenne quand on se mêle au flux de migrants", a-t-il déclaré en marge d'une réunion ministérielle à Vienne.
"Aujourd'hui je le dis : nous devons être vigilants". Gilles de Kerchove a appelé à une sensibilisation accrue des forces, Frontex en particulier,  face aux flux venant de Syrie et d'Irak, mais aussi de Libye.
Le coordinateur belge a estimé que si l'Europe était principalement visée aujourd'hui par des attaques à petite échelle commises par des individus se réclamant de l’Etat islamique, le continent n'était pas non plus à l'abri d'un attentat de forte ampleur perpétré par al-Qaïda, l’organisation rivale de l’EI.
Plus d'un demi-million de personnes, dont 20% de Syriens, ont demandé l'asile politique dans l'UE en 2014, un chiffre record, en hausse de 44% par rapport à 2013, a indiqué vendredi l'Office européen de statistiques (Eurostat).


Turquie
Un rapport des services secrets turcs a révélé que, selon eux, 3 000 Turcs entretiendraient des liens avec l'Etat Islamique en Turquie.
Selon Hürriyet, plus de 2 300 Turcs ont rejoint les rangs du califat islamique.
Récemment, les trois fils d'un universitaire turc ont gagné l’Etat Islamique poussant les parents à solliciter l'aide des dirigeants turcs pour tenter de les rapatrier. C’est ce qu’a rapporté vendredi 20 mars 2015 le journal Hürriyet.
C'est d'abord l'aîné, âgé de 19 ans, en première année de faculté dentaire dans un établissement de la capitale Ankara qui a envoyé un message le 10 mars à ses parents leur demandant de prier pour lui avant de quitter le territoire turc, précise l'agence.
Puis il a aidé ses frères jumeaux âgés de 16 ans à traverser illégalement la frontière syrienne, indique le journal qui ne précise pas où enseigne le père, présenté comme un professeur adjoint.
L’universitaire a demandé l'aide de Recep Tayyip Erdogan et des services de renseignement (MIT) pour localiser puis ramener les trois garçons qui seraient passés de Syrie en Irak. "Nous leur avons appris à aimer les êtres humains. Nous ne savons pas comment ils en sont arrivés là", a dit le père Sefik I. dont le nom n'a pas été dévoilé par le journal.
Le gouvernement d'Ankara est depuis des mois sous le feu des critiques de ses alliés, qui lui reprochent son laxisme dans la lutte contre les filières jihadistes qui passent par la Turquie. Erdogan s’en défend et rappelle que l’organisation Etat Islamique est considérée comme une organisation terroriste par son gouvernement et que 1 700 Islamistes étrangers qui voulaient rejoindre le groupe jihadiste avaient été arrêtés et déportés par les autorités sécuritaires de son pays.

Jean René Belliard

 

 

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