18/03/2015

18 mars 2015 - Nouvelles du monde arabo-musulman

Ce 18 mars, la ville de Tunis a été le théâtre de l'attaque terroriste la plus sanglante de son histoire. On compte 21 morts, dont deux des attaquants. Cela faisait des mois qu'on s'attendait à une attaque de grande envergure contre des sites touristiques ou gouvernementaux dans ce pays.


Tunisie

Tunis
Quatre ou cinq Jihadistes armés de Kalachnikovs ont attaqué le musée Bardo situé à proximité du Parlement à Tunis. L’attaque aurait fait 21 morts, dont 17 touristes, un policier et un chauffeur de bus tunisiens, et deux attaquants. On compte deux Français parmi es touristes décédés ainsi que trois Japonais, trois Italiens, deux Espagnols, un Colombien. De nombreux touristes faisaient partie de la Croisière Costa et 14 d'entre eux ne seraient pas remontés à bord.
42 autres personnes auraient été blessées parmi lesquels sept Français dont un est dans un état grave.
Les deux Jihadistes décédés sont Jabir al-Khashnawi et Yassin al-Abidi. Le premier est originaire de Kasserine et le second du quartier Ibn Khaldoun, situé à l'ouest de Tunis.

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Deux ou trois Islamistes auraient réussi à prendre la fuite, ce qui a donné lieu au déclenchement d'une vaste chasse à l’homme. L'un d'eux aurait été arrêté par la police.
Dans la soirée, une manifestation monstre envahissait les rues de la capitale tunisienne pour dire « non » au terrorisme.
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Cela fait de nombreux mois que nous avions tiré la sonnette d’alarme sur la sécurité en Tunisie
Nous savions que les Tunisiens constituaient l’un des principaux groupes de Jihadistes en Syrie et en Irak. On estime leur nombre sur les terres de Jihad comme la Syrie et l’Irak entre 3000 et 4000 combattants. Plus de 500 Jihadistes seraient revenus en Tunisie après avoir combattu au Moyen Orient.
Et, depuis la dégradation de la situation sécuritaire en Libye, de nombreux Salafistes traversent la frontière dans un sens ou dans l’autre, ce qui n’allait pas manquer de poser un énorme problème sécuritaire. On estime que plusieurs centaines de Jihadistes tunisiens ont récemment rejoint les groupes libyens liés à l’Etat Islamique et qui affrontent les forces gouvernementales libyennes (les fidèles du général Khalifa Haftar) ou les milices islamistes de Fajr Libya.
A cela s’ajoute le fait  que les Jihadistes, notamment ceux de l’organisation Ansar ach-Charia, profèrent régulièrement des menaces contre le gouvernement  tunisien. Ansar Ach-Charia est le mouvement le plus radical dans la mouvance salafiste en Tunisie et son chef est recherché pour implication présumée dans l’attaque contre l’ambassade des États-Unis qui a fait quatre morts parmi des manifestants le 14 septembre 2012.
On trouve également des groupes qui se réclament d’al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI), comme le groupe Okba Ibn Nafa qui est apparu en Tunisie en décembre 2012 et qui compterait une soixantaine de membres.
Vidéo mise en ligne par Okba Ibn Nafa et appelant au Jihad. La personne qui apparaît sur la vidéo est Wanass al-Faqih.
https://www.youtube.com/watch?v=GbQLJ3yublo&feature=p...

Les forces de sécurité tunisiennes ont du mal à faire face aux nombreuses menaces
Les forces de sécurité tunisiennes sont en première ligne pour faire face à la menace, mais elles sont peu nombreuses et elles doivent surveiller non seulement les nombreux foyers d’agitation salafiste à l’intérieur mais également de longues frontières avec des pays comme la Libye ou l’Algérie où des groupes jihadistes sont implantés.

Tunis, Bizerte et les lieux touristiques sont particulièrement visés.
Si l’on en croit les prêches au Jihad et les menaces des Islamistes, les villes de Tunis, Bizerte et les lieux touristiques constituent des cibles.

Front irakien

Bataille de Tikrit
Les affrontements se poursuivent autour et à l’intérieur de Tikrit, même si les forces irakiennes et les milices chiites doivent maintenant temporiser pour poursuivre leur offensive. Officiellement, la pause est destinée à permettre à la population civile d’évacuer les zones de combat. Mais les Sunnites ne font aucune confiance aux miliciens chiites et peu d’entre eux osent sortir de la ville assiégée.
L’armée irakienne a mis en ligne plusieurs vidéos des récents combats :
- Cette vidéo montre l’appui d’hélicoptères Mi-35 aux troupes au sol à Tikrit :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=4da21ae29853
- Scène de combats autour de Tikrit. Cette vidéo est très impressionnante en son début. Elle montre un véhicule suicide (signalé par un rond rouge avec l’indication « Voiture kamikaze » en arabe dans un cercle rouge) et l’explosion quelques instants plus tard :
https://www.youtube.com/watch?v=j_TAJFjh2fs&feature=p...

Bataille de Ramadi
Cette vidéo (de l’Etat Islamique) montre un Humvee de l’EI en action dans des combats de rue. La suite de la vidéo montre les Jihadistes en action – très impressionnant :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=a0ffd6be5184

Raison pour laquelle la population sunnite ne fuit pas les zones de combats : Elle a peur des miliciens chiites
Les forces gouvernementales irakiennes et les milices chiites qui combattent à leurs côtés ont pris l’habitude de piller et incendier les maisons de civils sunnites dès qu’une localité est reconquise à l’Etat Islamique. C’est le rapport publié par Human Rights Watch, mercredi 18 mars. Les exactions répertoriées par l’ONG concernent  la ville d'Amerli. Mais de nombreuses exactions ont également eu lieu dans d’autres localités comme Souleiman Bek.
"À l'issue des opérations menées pour mettre un terme au siège, les milices, les combattants volontaires et les forces de sécurité ont attaqué des villages sunnites et les environs d'Amerli dans les provinces de Salaheddine et de Kirkouk. Nombre d'entre eux étaient des villages que l'EI avait traversés et, dans certains cas, utilisés comme des bases", a expliqué l'ONG dans un communiqué.
Selon HRW, ils "ont pillé les biens de civils sunnites qui avaient fui les combats, incendié leurs habitations et commerces, et détruit entièrement au moins deux villages". Une quarantaine d'autres l'ont été au moins partiellement, selon des témoignages recueillis par l'ONG, qui a également fait état de l'enlèvement de 11 hommes au cours de ces opérations menées en septembre et en octobre 2014.
"L'Irak ne gagnera pas le combat contre l'EI (...) si ses propres forces se livrent à des attaques contre les civils en violation des lois de la guerre", a déclaré le directeur adjoint de HRW au Moyen-Orient, Joe Stork. "Les Irakiens se trouvent pris en étau entre les horreurs commises par l'EI et le comportement répréhensible des milices", dénonce-t-il encore.
Vidéo de l’interview de civils par l’ONG :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=04fe7dd98eee
Les exactions commises par les Chiites ne concernent pas seulement les biens mais également les personnes comme en témoigne cette video du lynchage d’un Sunnite à l’intérieur d’un hôpital de Bagdad. Attention, les images sont choquantes :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=21a0c9469a89
Dans ces conditions, et si le pouvoir irakien ne parvient pas à réprimer ces comportements, il est certain que l’Irak aura cessé de survivre comme Etat.

Umm Qasr (sud irakien)
Il est rare qu’un incident sécuritaire ait lieu dans le sud de l’Irak, une région majoritairement chiite. C’est pourtant ce qui s’est passé, mercredi 18 mars. Un attentat à la bombe a fait au moins trois morts et quatre blessés près du port d'Umm Qasr, dans le sud de l'Irak.
La bombe a explosé vers 09H00 (06H00 GMT) dans une zone utilisée par les camions qui attendent de pouvoir entrer au port pour charger. L'explosion a touché un véhicule appartenant à une société de transport.

Front syrien

Bataille d’Handarat
L’AAS a repris le contrôle de Handarat après dix jours de combats acharnés. La localité est située au nord-est d'Alep. Elle revêt une importance stratégique car elle conduit aux quartiers situés à l’est d’Alep et est un passage obligé pour les rebelles qui arrivent de Turquie et pour leurs approvisionnements en équipements militaires.
L’AAS a mené son offensive contre les positions rebelles dans la région de Hayan, à l’ouest de l'aéroport militaire d'Al-Nerab et autour des exploitations al-Mallah, Tal al-Madafe et Kafr Hamrah dans la campagne orientale-Nord.

Bataille de Sarmin
Dans mon blog d’hier j’ai fait état de l’utilisation de gaz chloré par l’aviation syrienne. Ce fait a été rapporté par l’OSDH et se basait sur l’observation de correspondants sur place. En fait, les formations rebelles voulaient lancer une nouvelle offensive contre la ville d’Edleb à partir de la localité de Sarmin. C’est pour faire avorter cette entreprise que l’aviation syrienne est intervenue et a effectué une vingtaine de raids contre les localités de Sarmin à l’est et de Kafar-Tkharim à l’ouest où les forces rebelles s’étaient concentrées.
L’AAS décline toute responsabilité et affirme que le gaz s’était échappé d’un dépôt appartenant à la milice Brigade des Libres du nord où des munitions au gaz chloré avaient été stockées. C’est le bombardement de ce dépôt qui avait provoqué le dégagement de gaz toxique.
Près de 200 personnes auraient été affectées par les émanations de gaz. Il s’agit, pour la plupart, de  miliciens. 4 enfants et 10 miliciens auraient péri.
Le raid contre Kafar-Tkharim a visé des positions du Front al-Nosra coûtant la vie à 30 Jihadistes et  4 civils.

Qalamoun
Deux vidéos montrent la complexité de la situation en Syrie :
La formation rebelle Jeich Ousoud al-Sharqiyah, un groupe rebelle très actif dans la lutte contre les Jihadistes de l’Etat islamique, a mis en ligne une vidéo montrant la destruction de deux véhicules des Jihadistes dans la région orientale du Qalamoun. Ils ont utilisé un lance-missile ATGM :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=9980493bd5ab
Toujours dans le Qalamoun, mais plus proche de la frontière libanaise, c’est un canon autoporté du Hezbollah qui est détruit par un missile ATGM tiré par des rebelles syriens :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=939e035f2555

Jean René Belliard

 

Commentaires

Merci d'être revenu, vos informations sont toujours précieuses et précises.

Notez que le Pakistan a refusé de joindre l'arabie séoudite dans la coalition anti-Chiite que celle-ci essaye deséspérement de rassembler pour contrer l'avance de l'Iran`et ses alliés en Iraq, au Liban, en Syrie et au Yémen.
L'Arabie est dans un état de désarroi avec l'imminence de l'accord nucléaire Iran-US qui risque de donner à l'Iran la capabilité de devenir non seuleument une puissance militaire mais aussi économique et politique.
La faiblesse des arabes et plus particulierement celles de arabes sunnites est de plus en plus évidente. La région sera bientot maintenant irréversiblement dominée par la Turquie, l'Iran et Israel.
L'Arabie et les pays du Golfe sunnites se méfient de la Turquie sunnite mais non-arabe et croient pouvoir compter sur l'Egypte pour se donner l'illusion qu'ils controlent encore quelque chose.
En Syrie, l'opposition syrienne moribonde qui s'est octroyé un 'président' de nationalité turque, va finalement être contrainte, après 4 années de refus et 200,000 morts, à négocier avec le gouvernement 'illégitime' de Bashar al Assad.

Écrit par : virgile | 19/03/2015

Comme il était prévisible la Tunisie va connaitre des très mauvais jours. Confiants que leurs têtes brulées sont en Syrie et en Irak, satisfaits d'avoir neutralisé artificiellement les poussées islamistes, les Tunisiens ont affiché un laxisme totale dans leurs mesures de sécurité.
Voila que la réalité leur éclate au visage et la proximité de la Libye promet encore plus de violence.
On verra si la France qui se veut garante de la sécurite de la Tunisie va offrir ses services pour lutter contre le EI qui s'infiltre tranquillement dans le Magreb avec de possibles repercussions sur la France.
Verra-t-on après la Libye, la militarisation de la Tunisie?

Écrit par : virgile | 19/03/2015

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