15/03/2015

Nouvelles du monde arabo-musulman – Dimanche 15 mars 2015

Je reprends mes analyses des nouvelles du monde arabo-musulman après une interruption due à une longue absence et l’impossibilité d’accéder à Internet.


Arabie saoudite

Suspension des services consulaires des Etats-Unis en Arabie saoudite
Les Etats-Unis ont pris très au sérieux les menaces qui pèsent sur leurs ressortissants en Arabie saoudite alors au moment même où l’administration Obama espère parvenir prochainement à un accord sur le nucléaire iranien. Washington a décidé de fermer les services consulaires américains à Ryad, Jeddah et Dahran dimanche 15 et lundi 16 mars.
L’ambassade américaine a invité les citoyens américains à rester très vigilants et à s’abstenir de sortir dans les lieux publics. "Le Département d'Etat appelle les citoyens américains à considérer avec attention les risques de se rendre en Arabie saoudite et leur demande d'éviter les déplacements non essentiels dans le pays".
Les menaces concerneraient plus particulièrement les Occidentaux travaillant dans le secteur pétrolier.
Quatre attaques ont visé des Occidentaux depuis octobre 2014 en Arabie saoudite. La dernière en date a eu lieu en février 2015 quand deux Américains, employés d'une firme sous contrat avec la Garde nationale saoudienne, ont été visés par des tirs dans l'est de l'Arabie saoudite.
En décembre 2014, les autorités ont arrêté trois partisans de l'Etat Islamique soupçonnés d'avoir tiré sur un Danois, le blessant à Ryad.
 
Front irakien

Ramadi
Le QG des forces spéciales irakiennes a été détruit par une attaque suicide, le 13 mars, à Ramadi. Le QG abritait 240 personnels. 31 corps de soldats ont été retirés des décombres à ce jour. Le bâtiment a été entièrement détruit. L’attaque aurait été menée par trois kamikazes, un Jordanien, un Syrien et un Saoudien.

Tikrit
Les forces irakiennes se préparent à lancer l'assaut contre les derniers combattants de l’Etat Islamique retranchés à Tikrit. La ville de Tikrit, la capitale de la province de Salaheddine, est située à 160 km au nord de Bagdad. Elle  est aux mains des Jihadistes de l’EI depuis neuf mois.
Le commandement militaire irakien table sur ure reprise de cette ville clé "dans deux ou trois jours.
L’offensive a été lancée le 2 mars 2015 par 30.000 hommes de l'armée, de la police, des forces de mobilisation populaire (miliciens chiites) et des membres des tribus sunnites hostiles à l’Etat Islamique. Des commandos iraniens participeraient également à la bataille en tant que conseillers des milices chiites. Les milices chiites engagées sont l’Organisation Badr, Les Unités de Volontaires de la Mobilisation Populaire, al-Hashed al-ShabI, et les forces de volontaires Hadi al-Ameri.
On estime le nombre des Jihadistes encore en état de combattre entre 60 et 70, mais ils sont encerclés de toutes parts. Les forces gouvernementales progressent très lentement, toutefois, en raison des tirs de snipers et des milliers de bombes disséminées sur le terrain.
Et pour aider l’offensive contre les Jihadistes à Tikrit, un général irakien, le général Abdelwahab al-Saadi a révélé avoir demandé au ministère de la Défense irakien de réclamer une intervention de la coalition. Depuis le début de l’offensive terrestre contre la ville, "aucun soutien aérien n'a été fourni", a indiqué le général. Pourtant, a-t-il ajouté, les Américains ont des équipements perfectionnés. Ils ont des appareils (de surveillance aérienne) AWACS". "Ils sont capables de localiser exactement les cibles" et de les frapper avec précision, a-t-il dit à l'AFP.
Le général Saadi a ajouté que l'aviation irakienne avait fourni une aide "limitée" et pas toujours suffisamment précise. Il a attribué l'absence d'une implication des avions de la coalition internationale à des motifs politiques et non militaires.
En l’absence d’une réelle couverture aérienne de la bataille de Tikrit par les avions de la coalition internationale, les forces gouvernementales utilisent des missiles Badr, un missile de deux étages, développé par l’Irak à partir des années 1984/85 en coopération avec l’Argentine. Rappelons qu’une commission spéciale de l’ONU s’était assurée que tous les équipements de production, de montage des missiles Badr, ainsi que le stock de missiles, avait été détruit dans les années 1990.
La reconquête de Tikrit signifierait, pour le pouvoir de Bagdad, la plus importante victoire depuis la fulgurante offensive de l'Etat Islamique en juin 2014. Elle ouvrirait également la route de Mossoul, deuxième ville d'Irak et principale place forte de l'EI dans ce pays.
Plusieurs opérations pour reprendre Tikrit avaient échoué ces derniers mois. Mais celle-ci est la plus importante. Pour prendre Tikrit, les forces gouvernementales irakiennes ont commencé par s’emparer de plusieurs localités autour de la ville.

4 vidéos de la bataille de Tikrit
- Explication de la bataille de Tikrit par Press TV (langue anglaise) :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=6a7342fe706e
- La vidéo suivante montre le tir de missiles Badr sur des cibles jihadistes à Tikrit :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=320112205d8e
- Vidéo de la capture d’un jihadiste saoudien qui a effectué des tirs de sniper sur les forces gouvernementales pendant quatre jours. L’homme a refusé de répondre aux questions posées par les soldats irakiens :
https://www.youtube.com/watch?v=22UUfVqoxJE
- Vidéo d’une attaque suicide contre une position de la Brigade Badr (milice chiite)
L’attaque a eu lieu dans les monts Hamrin et visait une position de la brigade chiite Badr. Les miliciens chiites affirment que l’explosion n’aurait pas fait de victimes dans leurs rangs. La vidéo est très impressionnante. Le véhicule kamikaze est signalé par un cercle rouge à gauche de votre écran :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=d9cb31fe42b2

Abou Azraël (connu sous le nom de Iraq’s Rambo)
La bataille de Tikrit a une nouvelle fois donné l’occasion de chanter les exploits (réels ou supposés) d’un héro national irakien. Il s’agit d’Abou Azraël (Azraël est l’archange de la mort dans les traditions hébraïques et musulmanes). Abou Azraël signifie donc « père de l’archange de la mort ». On le connaît également sous le surnom d’Iraq’s rambo. On le voit sur les réseaux sociaux, brandissant un énorme sabre sur les champs de bataille, supposé mettre en pièces les Jihadistes de l’EI. Le site dédié à ses exploits serait suivi par plus d’un demi-million d’amis.
Agé d’une quarantaine d’années, Abou Azraël est un ancien champion de Taekwondo.

Front libyen

Syrte
De violents combats ont eu lieu dans la ville de Syrte, la ville natale de l’ancien dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, samedi 15 mars 2015 entre les Jihadistes de l'État islamique et la brigade 166 des milices de Misrata.
17 Jihadistes de l’EI auraient été tués au cours des combats. On compte également quatre morts parmi les miliciens de la Brigade 166 de Misrata. Les miliciens de Misrata auraient également capturé de nombreux combattants salafistes.
Rappelons que les Jihadistes de l’EI avaient mis en ligne, il y a un mois, une vidéo montrant la décapitation de 21 coptes égyptiens sur une plage.
Les milices de Misrata ont pris fait et cause pour le gouvernement d’obédience islamiste de Tripoli et sont déjà engagées dans une lutte à mort contre les forces du gouvernement internationalement reconnu et les forces loyales au général Khalifa Haftar, récemment nommé ministre de la défense de ce gouvernement. 
La nouvelle des affrontements entre Jihadistes de l’EI et la brigade 166 des milices de Misrata a plutôt été une surprise car on pensait que les commandants de Misrata voulaient éviter d’ouvrir un nouveau front contre les Jihadistes, sachant qu’ils avaient déjà fort à faire avec leurs adversaires du gouvernement internationalement reconnu basé à Tobrouk.
"Nous ne voulons pas ouvrir un nouveau front," avait déclaré Mohamed Omar al-Hassan, le chef de la brigade 166. Selon lui, la mission de la brigade 166 se bornait à "contenir" l'Etat islamique dans la ville de Syrte et l'empêcher d’occuper des installations gouvernementales et de mettre en place de points de contrôle.
Mais il semble que les 200 Jihadistes présents à Syrte n’aient pas tenu compte de ces avertissements et avaient installé des check-points à l’est de la ville. Les Jihadistes, eux, accusent les miliciens de la Brigade 166 d’avoir agressé une colonne de combattants de l’EI alors que ceux-ci se rendaient dans la localité d’al-Nawfaliyyah. Or, d’après l’EI, il y avait un accord entre l’EI et les brigades de Misrata pour qu’aucun des deux groupes ne crée des problèmes à l’autre. Toujours selon l’EI, les Jihadistes auraient cherché à négocier pendant trois jours et en raison de l’absence de résultats, des Jihadistes originaires de la ville pétrolière d’al-Sidra auraient attaqué des positions de la brigade 166.
La ville de Syrte, située au bord de mer Méditerranée, a une population de 120 000 habitants. Les habitants de cette ville ont été particulièrement sensibles aux prêches des militants de l'Etat islamique par réaction à leur stigmatisation par les milices de Misrata et les partisans du général Haftar. Syrte était en effet une place forte des partisans de Kadhafi dont il était originaire. Le dirigeant libyen avait récompensé leur fidélité en versant des sommes importantes à la ville et à sa petite tribu des al-Gaddafa, au détriment de villes comme Benghazi. Kadhafi voulait faire de la ville de Syrte la capitale de son grand projet des « Etats-Unis d’Afrique ».
A la chute de Kadhafi, en octobre 2011, la ville avait d’ailleurs été le théâtre d'un massacre. Des miliciens anti-Kadhafi avaient tué 53 personnes, parmi lesquels beaucoup de fidèles de Kadhafi..
Les Jihadistes de l’Etat Islamique avaient commencé par s’installer dans la ville de Derna, un haut lieu du salafisme international. Ils ont depuis essaimé dans plusieurs régions du pays.
En attendant, le général Khalifa Haftar ne cesse de réclamer un soutien international pour lutter contre les Islamistes.
«Nous nous battons aussi pour vous et, si nous devions échouer, la prochaine cible des terroristes serait l'Italie," a-t-il déclaré au cours du mois de mars 2015, au cours d’une interview.
Le problème est que les Jihadistes libyens de l’Etat Islamique sont également membres des tribus et les leaders tribaux sont hostiles à ce qu’une guerre éclate entre les milices de Misrata et des membres de leur tribu, quant bien même ceux-ci seraient membres de l’Etat Islamique – Solidarité tribale exige.
«Nous avons rencontré les tribus de Syrte et ils nous ont demandé de nous asseoir avec ces hommes d'abord et parler avec eux, car ils font partie des familles," a expliqué une personnalité de Misrata.
 
Tripoli
Les combats de Syrte entre les milices de Misrata et les Jihadistes de l’Etat Islamique pourraient provoquer une série d’attentats et d’attaques suicide de la part de l’EI dans plusieurs régions du pays, et notamment à Tripoli. On apprenait d’ailleurs, qu’une explosion avait eu lieu au check-point d’al-Janzour, à Tripoli, le dimanche 15 mars. Le check-point était tenu par des miliciens islamistes de Fajr Libya (Aube de la Libye), dont font partie les milices de Misrata.

Front syrien

Bachar el-Assad
Voilà une nouvelle qui ne va pas faire plaisir à la monarchie saoudienne. John Kerry, le secrétaire d’Etat américain, a reconnu que Washington devrait parler avec Bachar el-Assad pour mettre fin au conflit
"Au final, il faudra négocier. Nous avons toujours été pour les négociations dans le cadre du processus (de paix) de Genève I", a déclaré M. Kerry dans une interview diffusée sur la chaîne CBS dimanche 15 mars, ajoutant que Washington travaillait d'arrache-pied pour "relancer" les efforts visant à trouver une solution politique au conflit.
Une information, par contre, qui devrait satisfaire et conforter le député Jacques Myard et ses collègues de l’Assemblée nationale française, qui avaient été très critiqués pour avoir rencontré le président syrien.

Damas
Anna news continue de mettre en ligne des vidéos extrêmement intéressantes et graphiques. Celle-ci montre l’attaque de fortifications rebelles à Damas :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=95601f234eeb

Quneitra
L’aviation syrienne aurait porté un coup très dur contre un rassemblement de Jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) dans la région de Quneitra. Adel al-Halqi, le chef des brigades al-Izz (Front al-Nosra) aurait été tué au cours du raid. On ignore pour l’instant le nombre exact de Jihadistes décédés dans l'attaque, mais il se monterait à plusieurs dizaines de miliciens tués et un grand nombre de blessés.
Raqqa
Raqqa est la place forte des Jihadistes de l’Etat Islamique. Mais la résistance à l’EI s’est organisée dans l’arrière pays de Raqqa. Et si l’on en croit cette vidéo mise en ligne par des combattants anti-Etat Islamique, quinze Jihadistes auraient été tués par eux récemment sans qu’on puisse déterminer ni le lieu ni la date de cette vidéo :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=0538739da88d
Bataille pour le pont sur l’Euphrate de Qara Qawazk
L’armée de défense du peuple kurde (YPG) mène une bataille pour le pont sur l’Euphrate de Qara Qawask avec le soutien des avions de la coalition internationale.
Deux vidéos :
- La première montre le harcèlement des Jihadistes par des tireurs de l’YPG retranchés sur des hauteurs dominant le pont sur l'Euphrate :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=624c7295837e
- La deuxième montre le bombardement par la coalition internationale d’une position jihadiste proche du pont :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=3423e9dd5634

Jihadisme international

France
Le jeune garçon âgé d’une douzaine d’années, que l’on voit exécutant un Arabe israélien  sur une vidéo diffusée le 11 Mars 2015 par l’Etat Islamique, aurait été identifié par des écoliers toulousains du collège Vauquelin comme étant un de leurs camarades.
Le garçon ne serait pas réapparu à son collège depuis le 14 mars 2014.
Le jeune garçon pourrait être le beau-fils de Sabri Essid, un ancien proche du tueur présumé de Toulouse, Mohamed Merah.
Sabri Essid est lui-même « susceptible » d’être l’adulte qui apparaît aux côtés de l’enfant à l’écran.

Jean René Belliard

 

Commentaires

Bonjour Mr JRB

Contente de vous lire de nouveau, enfin!!

Sur la Syrie et Kerry et daprès votre article bien préçis ci dessus le Département de Kerry parle de négocier avec Assad "afin qu il débarasse le plancher après une période de transition" et Assad dit "nous voulons des actes et pas de déclarations(TDG de ce matin) et c est le peuple syrien qui décide de mon avenir à la tête du pays et non pas les instances étrangères au pays"

Sans être binaire, qui a le plus tort et qui a le plus raison et qui est plus ou moins malhonnête que l autre à votre avis?

Écrit par : Natacha | 17/03/2015

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