27/01/2015

27 janvier 2015 – Observatoire du monde arabe

L'Etat islamique perturbe non seulement l'Irak et la Syrie mais également les mouvements islamistes en lutte depuis des années comme la résistance tchétchène.


Front irakien

Bagdad
Un avion de la compagnie à bas coût flydubai a été touché par un tir avant son atterrissage, lundi 26 janvier, à l'aéroport international de Bagdad, a annoncé mardi un porte-parole de la compagnie aérienne émiratie.
Après cet incident, l'autorité de l'aviation civile aux Emirats arabes unis a décidé de suspendre les vols vers Bagdad des quatre compagnies du pays: flydubai, Emirates, Etihad et Air Arabia.

Front égyptien

Alexandrie
Un Jihadiste a été tué mardi 27 janvier à Alexandrie, dans le nord de l'Egypte, par une bombe qu'il transportait dans sa voiture et la police a arrêté les deux autres occupants sérieusement blessés. L’explosion, visiblement prématurée, a eu lieu à proximité d'un commissariat de police.
"Trois éléments terroristes des Frères musulmans étaient à bord d'une voiture roulant dans l'est d'Alexandrie quand la bombe qu'ils transportaient a explosé", a assuré à l'AFP Hani Abdel Latif, porte-parole du ministère de l'Intérieur.
Un autre poste de police a été attaqué dans l'ouest de la ville par plusieurs inconnus qui ont jeté des cocktails incendiaires sur le bâtiment, sans faire de victimes.
Le pouvoir égyptien accuse systématiquement les Frères musulmans d'être à l'origine des attentats. Mais ceux-ci s’en défendent et dénoncent régulièrement ces attaques.
Celles-ci sont revendiquées le plus souvent par deux groupes jihadistes, dont l’un, Ansar Beït al-Maqdess, a fait allégeance au groupe Etat islamique. Ils disent agir contre les policiers et les soldats pour venger plus de 1 400 manifestants pro-Morsi tués par les forces de l'ordre depuis juillet 2013.
Du côté des forces de l’ordre, les pertes sont estimées à 500 policiers et soldats tués par des attaques  et attentats en un an et demi.
Par ailleurs, vingt-cinq personnes au moins ont été tuées dimanche 25 janvier lors de rassemblements organisés pour le quatrième anniversaire du déclenchement du soulèvement qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak début 2011.

Front libanais

Le ministre de l'Intérieur libanais, Nouhad Machnouk, a affirmé mardi 27 janvier à la chaîne MTV que le fugitif islamiste Chadi Mawlaoui se trouvait à Ersal, dans la Békaa. Il aurait  rejoint le Front al-Nosra (branche syrienne d'al-Qaïda). L’information est démentie, cependant, par le quotidien al-Akhbar, proche du Hezbollah, qui maintient que Mawlaoui se trouve toujours dans le camp palestinien d’Aïn el-Héloué, proche de Saïda. Le quotidien s’étonne à ce propos du mutisme de l’armée. 
Il y a deux jours, le quotidien al-Mustaqbal, citant des sources palestiniennes haut placées, avait affirmé que Chadi Mawlaoui avait disparu du camp de réfugiés palestiniens d’Aïn el-Héloué.
Chadi Mawlaoui dirigeait à Tripoli, avec Oussama Mansour, un groupe armé salafiste qui s’était affronté à l’armée. Les deux hommes avaient réussi à fuir après l’échec de leurs combats et s'étaient réfugiés dans le camp palestinien d’Aïn el-Héloué, devenu au fil des ans une zone de non-droit où criminels et Jihadistes ont trouvé refuge.

Front libyen

Tripoli
Trois assaillants de l’Etat Islamique en Libye, masqués et portant des gilets pare-balles, ont attaqué l’hôtel Corinthia, un hôtel de luxe situé au bord de la Méditerranée à Tripoli, ce mardi 27 janvier. Une fois à l’intérieur, ils ont tiré sur le personnel et les clients tandis que les gardes retournaient le feu. Deux membres des forces de sécurité décédaient au cours de cet échange de tirs. Peu de temps après les premières rafales, une voiture piégée explosait sur le parking, tuant un autre garde. En tout, ce sont 5 étrangers (Un Américain, un Français, deux ressortissantes des Philippines et un Sud-Coréen) et 4 membres des forces de sécurité qui auraient été tués au cours des fusillades et par l’explosion de la voiture.
L’hôtel Corinthia, qui est la propriété d’une société maltaise, abrite régulièrement des délégations de l’ONU et de l’Union européenne. Une délégation U.S. se trouvait dans cet hôtel le lundi 26 janvier mais en était partie.
Les trois assaillants se sont fait sauter à l’aide de leurs ceintures d’explosifs au 24ème étage de l'hôtel au moment où les forces de sécurité de Fajr Libya (L'Aube de la Libye) donnaient l’assaut. Rappelons que Fajr Libya est ce groupement de milices islamistes qui contrôle Tripoli et dispose de son propre gouvernement. Quant au,24ème étage, celui où se sont fait sauter les Jihadistes, il est normalement réservé à la mission diplomatique du Qatar mais aucun diplomate ne s'y trouvait au moment de l'attaque. Par contre, Omar al-Hassi, le chef du gouvernement soutenu par Fajr Libya, se trouvait à l'intérieur de l'établissement, mais il a pu être évacué sain et sauf. C'est à cause de la présence d'al-Hassi, que le gouvernement parallèle de Tripoli a aussitôt publié un communiqué pour attribuer cette attaque "au criminel de guerre Khalifa Haftar". Le général Haftar soutient le gouvernement internationalement reconnu réfugié à Tobrouk et a lancé ses troupes contre les milices islamistes à partir du mois de mai 2014.  
La branche libyenne de l’Etat Islamique a diffusé la photo d’un des auteurs de l’attaque kamikaze. Il s’agit d’un Tunisien connu sous le nom de guerre d’Abou Ibrahim al-Tousni. Le second serait un Saoudien.

Front syrien

Alep
L’Armée Arabe Syrienne s’efforce toujours d’encercler complètement les rebelles barricadés à l’intérieur d’Alep.  Les militaires syriens grignotent, jour après jour, les positions de leurs adversaires pour répéter le schéma qui avait fonctionné à Homs, l’épicentre de la rébellion au début de la guerre civile.
Mais à Alep, rien ne se passe comme à Homs. Les rares percées de l’armée syrienne sont régulièrement repoussées par une contre-offensive des rebelles, même si ceux-ci ont été affaiblis par les combats contre l’Etat Islamique qui n’est qu’à 30km de la grande ville du nord. On peut d’ailleurs se rendre compte de la tension qui règne entre les Jihadistes de l’Etat islamique et les rebelles en écoutant les stations de radio locales qui émettent en permanence des chants militaires, religieux et une litanie d’injures à destination des uns et des autres.
Il est certain que les progrès de l’Etat Islamique ont été faits presqu’exclusivement au détriment des autres formations rebelles et non pas de l'Armée Arabe Syriene.
Pendant ce temps, pendant que les rebelles s’affrontent aux Jihadistes de l’EI, l’armée de l’air syrienne bombarde les positions des rebelles d’Alep.
Et pour rendre le tableau encore plus confus, il faut savoir que les rebelles « fréquentables » au regard des Occidentaux, combattent aux côtés des Jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie), à la fois contre l’Armée Arabe Syrienne et les milices chiites et également contre les Jihadistes de l’Etat Islamique.
« La lutte pour Zahraa, une des rares enclaves chiites dans le nord de la Syrie, est dirigée par l’organisation Front al-Nosra affiliée à Al-Qaïda, avec qui le Front islamique (pro-saoudien)  a une entente, mais aucune alliance formelle. Après avoir tenu difficilement ce territoire pendant une grande partie de l’année écoulée, le Front al-Nosra a récemment saisi de grandes parties de territoire près de la frontière turque, se réaffirmant comme une force déterminante au détriment des groupes non-djihadistes.
Et pour mettre un peu plus de confusion, ajoutons que les forces mêmes de l’Etat Islamique, qui sont présumées être opposées aux «rebelles modérés», ont vu des milliers de soi-disant «modérés» faire défection pour rejoindre récemment leurs rangs apportant avec eux armes et bagages.

Qalamoun
De violents combats opposaient mardi 27 juillet dans la soirée l'armée syrienne à des groupes rebelles sur les hauteurs de la chaîne de l'Anti-Liban, dans la région de Khachah, proche du jurd de Nahlé (au Liban). Des combats auraient également opposé le Hezbollah libanais aux rebelles syriens dans le jurd de Nahlé, village frontalier dans la Békaa.

Jihadisme international

France
Au moins deux personnes ont été arrêtées mardi 27 janvier à Lunel dans le sud de la France lors d'une opération anti-jihadiste menée par le RAID et le GIGN, des unités d’élite, respectivement de la police et de la gendarmerie françaises.
Une vingtaine de Musulmans de cette ville de 26 000 habitants sont partis depuis l'été 2014 faire le jihad en Syrie. Six d'entre eux, âgés de 18 ans à 30 ans, ont déjà été tués dans les combats et les bombardements.

L’Etat islamique divise la rébellion tchétchène
La décision en décembre 2014 prise par six commandants de l'insurrection du Caucase du Nord de rompre leur serment d'allégeance à l’Emir du Caucase, Aliaskhab Kebekov (Sheikh Ali Abu-Mukhammad), pour se rallier à Abou Bakr al-Baghdadi, l’émir de l’Etat islamique a apparemment provoqué la discorde non seulement dans tout le Caucase du Nord, mais également dans la diaspora tchétchène.
C’est ce qu’a affirmé Akhmad Oumarov (nom de guerre Abou Khamza), le frère de Dokou Oumarov, fondateur et émir du Caucase islamique (IK), dans un message vidéo de 15 minutes posté la semaine dernière sur Checheninfo.com, le site Web de l'aile tchétchène de l'insurrection du Nord-Caucase.
Dans ce message vidéo, Oumarov demande une déclaration de soutien à Akiaskhab Kebekov et à l’émir Khamzat (Aslan Byutukayev), le commandant de l'aile militaire de l'insurrection tchétchène, en réponse à ce qu'il appelle des «accusations sans fondement» portées contre eux par la faction partisane de l’Etat islamique pour justifier leurs actions.
Il déclare qu'il est «inacceptable» que ceux qui n’obéissent pas à la loi de la Charia "essaient de nous gêner dans notre travail et sèment la discorde». Il insiste sur le fait que les personnes qui le font, que ce soit à leur insu, ou à la demande des «ennemis de l'Islam », ou dans l'espoir d'obtenir un poste de leader confortable, devrait être tenus responsables en vertu de la charia, et répondre de leurs actes au jour du jugement.
Oumarov demande à Kebekov et à Khamzat de condamner fermement les commandants tchétchènes qui ont violé leur serment de fidélité.
Oumarov offre un choix à ses supérieurs: soit de faire une déclaration de soutien à la position adoptée par les représentants de l’IK à l’étranger en ce qui concerne les défections en faveur de l’Etat Islamique, par laquelle il  explique clairement à tous les combattants de Tchétchénie et du Daghestan qu'ils doivent «respecter tous les ordres qui ne contredisent pas le Coran et la Sunna, » sous-entendu qu’ils doivent rester fidèles à Kebekov. Ou, « si vous avez des doutes sur ce que nous disons et sur notre sincérité, alors nous vous demandons de nommer de nouvelles personnes pour nous remplacer et nous démissionner de nos postes. Par contre, si vous avez foi et confiance en nous, alors nous vous demandons de nous accorder des pouvoirs supplémentaires pour rétablir l'ordre et mettre en place un système strict et fonctionnel conformément à la loi de la Charia pour répondre aux questions urgentes qu’il est impératif de résoudre - les questions concernant la religion, la politique et les questions sociales, les questions financières et d'information. »
Oumarov s’adresse ensuite aux combattants tchétchènes à la fois dans le Caucase et au-delà « qui tentent d'aider la cause et veulent défendre notre religion et notre honneur, » les exhortant à prendre une position claire contre la faction rebelle. Il dit qu'il peut fournir une explication à ce que cette faction « dit derrière notre dos».
En ce qui concerne la Syrie (il n’utilise pas le nom de «Sham» utilisé par les Tchétchènes qui se battent là-bas), Oumarov affirme sans équivoque que «n’importe quel combattant qui se rend en Syrie pour prendre part au jihad doit comprendre qu'il devra répondre pour cela au jour du jugement dernier. Nous vous demandons, en particulier à vous les jeunes de la Vilayat Nokhchiicho [Tchétchénie], de rester où vous êtes. Votre devoir sacré aujourd'hui est le djihad dans le Caucase ... pour défendre notre terre, le territoire de l'Emirat du Caucase, de l’ennemi principal qui est le régime du Kremlin et ses collaborateurs apostats, ce qui signifie la direction tchétchène prorusse.
Étant donné qu’Oumarov parle en termes très généraux, il est impossible de se faire une idée du nombre des combattants tchétchènes qui ont fait allégeance à l’Etat Islamique et l'ampleur de la menace que cela pose à la cohésion de l'insurrection tchétchène. Mais sa demande de "pouvoirs supplémentaires" suggère qu'il fait face à un sérieux défi.
Depuis que six commandants tchétchènes et daghestanais ont déclaré en décembre 2014 leur allégeance à Abou Baker al-Baghdadi, l’émir du califat islamique, plusieurs autres commandants tchétchènes ou ingouches ont réaffirmé leur fidélité à Kebekov. Il en est de même de l’émir Salim (Zalim Shebzukhov), le commandant de l'insurrection de Kabardino-Balkarie-Karatchaï.

Jean René Belliard

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