03/01/2015

2 et 3 janvier 2015 - Nouvelles des guerres du Moyen Orient

Les Américains seraient sur le point d'abandonner le programme d'entraînement et d'équipement des brigades rebelles qui luttent contre l'Armée Arabe Syrienne.


Front irakien

3 dignitaires sunnites tués près de Bassora
Trois dignitaires religieux sunnites irakiens ont été tués et deux autres blessés jeudi 1er janvier 2015 dans la soirée par des hommes armés à l'ouest de la ville de Bassora (sud).
L'attaque s'est produite dans la province de Zoubaïr. Des inconnus à bord d'une voiture ont ouvert le feu sur le véhicule transportant les imams des mosquées qui se rendaient de Bassora à Zoubaïr.
Le président du Parlement, Salim al-Juburi, un sunnite, a pointé du doigt, dans un communiqué, les milices chiites avec lesquelles le gouvernement s'est allié pour lutter contre l'EI. Et l'un des principaux partis politiques sunnites, le Parti islamique irakien, a attribué l'attaque à des "milices criminelles", en allusion apparente aux miliciens chiites qui combattent auprès des forces irakiennes contre l'EI.
La ville portuaire de Bassora, où cohabitent sunnites et chiites, est dans l'ensemble restée à l'abri des violences qui frappent quasi quotidiennement d'autres régions d'Irak. Ce secteur du sud de l'Irak renferme d'importants champs pétroliers.

Village d’al-Oueiss - Province sunnite d’al-Anbar
Les forces de sécurité irakiennes ont repris le village d’al-Oueiss dans la province sunnite d’al-Anbar, tuant un grand nombre de Jihadistes.

Falloujah
55 miliciens de l’Etat Islamique ont été tués au cours d’un raid aérien sur la localité al-Karma, au nord-est de Falloujah, dans la province d'al-Anbar.
Pour leur part, les brigades du Hezbollah opérant dans les rangs des forces de la mobilisation populaire ont confirmé la mort de 26 Jihadistes dans un bombardement contre une autre concentration de l'EI  au sud de Falloujah.

Pehmergas
Une rare vidéo montrant l’explosion d’un EID (Improvised Explosive Device) juste devant un véhicule des Peshmergas (Impressionnant) :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Nettoyage ethnique en Irak
Depuis l’offensive des Jihadistes de l’Etat Islamique en Irak, le pays subit un véritable nettoyage ethnique. Chacune des principales communautés, sunnites, chiites et kurdes, cherche à imposer un changement démographique dans les régions qu’elle contrôle dans l’hypothèse de plus en plus plausible d’une partition du pays.
Le nettoyage ethnique est particulièrement évident dans les provinces de Ninive, Kirkouk et Diyala. Dans la province de Ninive, par exemple, la ville de Tal Afar à majorité turkmène et la plaine de cette province habitée par des chrétiens sont maintenant contrôlées par l’Etat Islamique et peuplées de Sunnites. 
La province de Diyala était considérée comme un exemple de cohabitation entre les différentes composantes du pays. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. La ville de Diyala a été sujette à un véritable changement démographique. On ne peut ignorer que ce changement a été voulu et planifié en raison de sa position stratégique entre l’Iran, Bagdad et le Kurdistan.
Et même lorsque l’armée irakienne, aidée des milices chiites et des Peshmergas kurdes, s’empare d’une ville ou d’une région, on assiste à un nettoyage ethnique. Les forces de sécurité ont, par exemple, interdit à la population sunnite de retourner dans la ville de Jalawla et Saadiya après leur libération, sous le prétexte que les routes et les maisons étaient piégées.
Ces mesures sèment la haine interconfessionnelle. Les Sunnites soupçonnant chiites et kurdes de vouloir s’accaparer les zones libérées par l’armée et qui étaient majoritairement sunnites avant les évènements.
Evidemment, chaque groupe ethnique accuse l’autre d’exécuter un plan étranger. La responsabilité de ce nettoyage ethnique incomberait aux pays arabes sunnites pour les uns, à l’Iran pour d’autres, aux Américains pour à peu près tout le monde.
Le plan serait d’autant plus facile à réaliser, dit-on que le gouvernement irakien est faible, et que l'Irak n'est même pas un pays!
Pour Watheq el-Hachémi, président du groupe irakien d'études stratégiques, le changement démographique est le prélude à une partition du pays sur une base sectaire. "Ce dernier changement démographique a eu lieu à cause de la guerre contre Daech. Certaines parties ont exploité cette guerre pour s'étendre et diviser l'Irak sur une base confessionnelle". 
Et de citer l'exemple de Kirkouk qui a connu en une seule année une augmentation de 2.3% la population kurde. Pour Hachémi, c’est l’annonce que Kirkouk sera vidé des sunnites, et d'autres communautés minoritaires.
Ahmad Mohammad, un journaliste irakien, explique que "le changement démographique sert le projet de certains politiciens qui soutiennent l'idée du séparatisme, parce que certaines provinces regroupent désormais une seule communauté sectaire".
Et d'avertir que "la coexistence entre les composantes irakiennes est en train de se briser au profit d'agendas et d'idées appelant à la division du pays".
 
Sayed Moqtada Sadr dénonce une nouvelle fois les Etats-Unis
Le chef radical chiite irakien, Moqtada Sadr, s’est rendu célèbre pour sa lutte contre l’armée des Etats-Unis au temps de la présence américaine en Irak. Il dénonce aujourd’hui le rôle des Etats-Unis en Irak, les accusant de ne pas être venus pour sauver l'Irak mais pour sponsoriser les factions "terroristes qui décapitent les gens".
Cité par le site Soumariya news, Sayed Sadr a dit: "je ne me suis jamais figuré que les Etats-Unis étaient venus dans la région pour sauver l'Irak ou tout autre peuple".
Et d'ajouter: "Les Etats-Unis larguent des munitions aux groupes terroristes, et bombardent les positions de la résistance. Dans le passé, ils ont réprimé ou étaient impliqués dans la répression de l'intifada du mois de Chaabane à l'époque de Saddam Hussein".
"En effet, les Etats-Unis offrent une couverture aérienne aux terroristes. Rares sont les raids aériens qui visent les terroristes et ces derniers s'étendent en Syrie, en Irak voire dans certains pays du printemps arabe", a-t-il poursuivi.

Front libyen

Misrata
La ville de Misrata, située à 200 km à l'est de Tripoli et place-forte des milices du même nom, a été bombardée, samedi 3 janvier 2015, par l’armée de l’air libyenne fidèle au gouvernement d’al-Thinni reconnu par la communauté internationale.
Selon Sager al Djorouchi, commandant d'une unité de l'armée de l'air loyale au Premier ministre Abdallah al Thinni, des avions de guerre ont bombardé le port de Misrata et une école de l'armée de l'air située dans la ville.
Misrata, qui avait pratiquement échappé aux combats qui ravagent la Libye, est un port important. La ville dispose d'une zone franche. Mais les milices de Misrata, d’obédience islamiste, avaient aidé les milices armées de Fajr Libya lors de leur offensive contre la ville de Tripoli. Et c’est précisément l’arrivée en renfort des miliciens de Misrata qui avait accéléré la victoire des Islamistes de Fajr Libya.
Des combats ont également eu lieu près du terminal pétrolier d’al-Sidra, dans l'est du pays lorsque les troupes de Thinni ont attaqué à l’arme lourde les Islamistes de Fajr Libya qui tenaient des positions à Ben Djaouad, à 40 km à l'ouest du port d’al-Sidra. 
Al-Sidra et le port pétrolier voisin de Ras Lanouf sont fermés depuis le début des combats. La Libye se retrouve ainsi privée d'une production estimée à 300 000 barils par jour.

Front syrien

Aïn el-Arab (Kobane en kurde)
Othmane al-Nazeh, le juge religieux le plus important de l’Etat Islamique aurait perdu la vie à Aïn el-Arab.
Al-Nazeh était originaire de la région saoudienne d'al-Assir, où il enseignait à l'Université Khaled Ben ABdel Aziz à Abha, avant d'en être expulsé pour ses convictions quaïdistes puis arrêté pour la même raison. Al-Nazeh pourrait avoir été libéré des geôles saoudiennes à la condition qu’ils partent faire le jihad en Syrie.
On retrouvera al-Nazeh sur une vidéo postée sur You Tube en train de piétiner et de déchirer son passeport saoudien.
On ignore dans quelles circonstances il a perdu la vie.

Othmane_AlNazeh.jpg

Othmane al-Nazeh

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant ce temps, les combats se poursuivent au milieu des ruines de la ville comme le montre cette vidéo (côté kurde) filmée au sud de la ville et mise en ligne le 3 janvier 2015 :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...
Les miliciens kurdes de l’YPG ont mis la main sur un stock d’armes de l’Etat Islamique :
Vidéo (langue kurde)
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Alep
Au moins 19 civils, dont 5 enfants et trois femmes, ont été tués jeudi 1er janvier 2015 dans des quartiers de l'ouest d'Alep. 32 autres personnes ont été blessées. Une mère et ses trois enfants ont péri alors qu’ils circulaient dans leur voiture touchée par un obus. Le père a été blessé.
Alep est divisée depuis juillet 2012 entre secteurs loyalistes dans l'ouest et secteurs rebelles dans l'est. Ces derniers sont menacés depuis début octobre d'être assiégés totalement face à l'avancée de l'armée qui veut couper leur routes d'approvisionnement.
Depuis fin 2013, l'armée de l'air syrienne largue quotidiennement des barils d'explosifs sur les secteurs rebelles, faisant des milliers de morts, malgré une résolution de l'ONU condamnant cette pratique. De leur côté, les rebelles lancent des obus et des roquettes artisanales, faisant des centaines de morts.
Deux vidéos ont été mises en ligne par le tout nouveau Front du Levant (al-Jabhat al-Chamiyyat).
La première montre un tir de missiles :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=6ae366d3e031
La seconde montre l’activité de snipers :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=1ca6fc3a726b

Damas et sa banlieue
L’Armée Arabe Syrienne semble être déterminée à donner le coup de grâce à la rébellion à Jobar. Les soldats, sans doute galvanisés par la visite de Bachar el-Assad le 31 décembre, ont lancé un nouvel assaut contre les positions adverses, reprenant des immeubles et détruisant plusieurs tunnels. L’armée progresse lentement selon le procédé du grignotage.

Deir ez-Zhor
Samir Kuntar, un Libanais à la communauté druze avait été détenu, en Israël, de 1979 à 2008. Il avait été apréhendé au cours d’une opération de la résistance palestinienne à Nahariya, dans le Nord d’Israël, en 1979. Il était accusé d’avoir tué d'une balle dans la tête, Danny Haran, un civil juif israélien, et fracassé le crâne de sa fillette, âgée de 4 ans, Einat Haran, contre un rocher. Il avait été libéré, en 2008, par le gouvernement israélien d’Ehud Olmert, en échange des dépouilles de deux soldats des Forces de Défense d’Israël, Eldad Regev et Ehud Goldwasser. Il fut salué comme un héros à son retour au Liban par le Hezbollah et les autorités libanaises. Samir Kuntar, appelait encore, le samedi 23 octobre 2010, les organisations de la résistance palestinienne, à continuer de kidnapper, des soldats israéliens, à l’intérieur du territoire israélien.
On n’avait plus entendu parler de lui depuis 2010 avant qu’il ne réapparaisse sur des photographies en compagnie du commandant du bataillon de la Garde républicaine syrienne, le général Issam Zahreddine à Deir ez-Zhor.

Kintar_Zahreddine_DeirEzzor.jpgSamir Kuntar à gauche de la photo et Issam Zahreddine à droite
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le général Issam Zahreddine et son célèbre 104ème régiment parachutiste des Gardes Républicains assurent le gros de la défense de l’aéroport de Deir ez-Zhor. J’ai déjà comparé cette bataille à celle de Dien Bien Phu, l’aéroport étant pratiquement encerclé et les Jihadistes lançant assaut sur assaut. Le dernier en date aurait eu lieu contre la localité d’al-Baghiliyya qui se trouve à l’entrée nord-ouest de la ville de Deir ez-Zhor. La localité serait tombée entre les mains de l’Etat Islamique.

Deraa
Une nouvelle coalition de formations rebelles est apparue dans la région de  Deraa au sud de la Syrie. Elle a pris le nom d’«Armée Première » et comprend 3 milices proches de l’Armée syrienne libre (ASL) : l’Unité Hamza, le Front des révolutionnaires de Syrie, et la première légion d’artillerie. Le nombre de ses hommes est estimé à près de 10.000.
Le Front du Sud poursuit ses attaques des positions de l’AAS et utilise pour ce faire des armes de fabrication américaine comme des missiles TOW.
Cette vidéo montre un tir de missile TOW contre une position de l’AAS. Remarquez la fuite des soldats après l’impact :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=3367ca29b50e

Qalamoun (frontière libano-syrienne)
L’Etat Islamique a décidé d’en finir avec l’organisation rivale du Front al-Nosra. Les Jihadistes de l’EI ont profité du ralliement de nombreux miliciens du Front al-Nosra et du Front Islamique (pro-saoudien), pour forcer 1500 rebelles qui refusaient de se rallier à prendre la fuite.
En attendant, l’armée libanaise renforce ses positions dans le Jurd d’Ersal et procède, tout comme l’armée syrienne, à des bombardements contre les rassemblements de Jihadistes, à quelque bord qu’ils appartiennent. 
C’est sans doute pour faire face à ces diverses menaces qu’une nouvelle coalition est apparue dans le Qalamoun. Cette coalition a pris le nom de «  Conseil consultatif des Moujahidines ». Elle comprend 6 milices, a expliqué Firas al-Bitar, un officier déserteur de l’armée syrienne, chef de la milice Bataillons pour la libération du Levant.
Ici ou là, cependant, Jihadistes de l’Etat Islamique et miliciens de l’Armée Syrienne Libre coordonnent leurs actions lorsqu’il s’agit de s’affronter au Hezbollah. C’est ainsi qu’ils ont monté ensemble une opération pour faire sauter une position du Hezbollah libanais près d’al-Sahl.

Raqqa
Les commandos US auraient tenté dans la nuit du jeudi 1er janvier au vendredi 2 janvier 2015 de libérer le pilote jordanien détenus par l’Etat Islamique à Raqqa mais ils auraient échoué !! C’est  le site britannique ibtimesqui l’affirme :

( http://www.ibtimes.co.uk/syria-isis-news-us-special-force...

 " Les commandos américains se sont attaqués jeudi soir à l'endroit où était détenu le jeune pilote jordanien, Moaz al Kasasbeh sans pouvoir pour autant le libérer. Un groupe de Rangers US a débarqué dans une localité située à 20 kilomètres à l'est de Raqqa, ville que Daech qualifie de capitale de son califat et ce dans l'objectif de libérer le pilote jordanien et plusieurs autres prisonniers mais l'opération a été un fiasco."
Le site cite un certain Abou Ibrahim, membre d'une campagne anti Daech en Syrie qui affirme :" dans la nuit de jeudi à vendredi, les forces de la coalition ont attaqué à 12 reprises les positions de Daech à Raqqa, et les frappes se sont soldées par le débarquement des commandos US pour sauver le pilote.  Après les frappes des chasseurs de la coalition, les drones dotés de missiles ont aussi frappé très violemment les positions de Daech pour préparer le terrain à l'infiltration des commandos dans le lieu de détention du pilote. L'opération de débarquement a eu lieu à Roumliya dans le nord-est de Raqqa : deux hélicoptères dotés de lances missiles se sont posés  à Roumliya et se sont mis à tirer contre les positions de Daech mais la riposte de Daech a été si violente que les commandos n'ont même pas pu descendre de l'appareil.
L’opération n’a pas été confirmée par l’Etat-major U.S.

Les américains dépités
Les États-Unis ne croient plus en l’Armée Syrienne Libre. Il y a eu trop de rebelles, appartenant à des brigades aidées et armées par les Américains, qui ont rejoint, avec armes et bagages, le Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) ou l’Etat Islamique. Ce qui explique pourquoi Jihadistes du Front al-Nosra et de l’Etat Islamique ont pu mettre la main sur des armements d’origine U.S. mis à disposition des rebelles considérés comme « fréquentables » par Washington. 
Du coup, « les États-Unis ont cessé de financer la plupart des rebelles pro-occidentaux qui combattent dans le nord de la Syrie, et ont suspendu leurs livraisons d’armes à ces groupes. » C’est ce qu’ont affirmé des officiers rebelles au journal McClatchy.
L’interruption de l’aide financière U.S. a plongé de nombreuses brigades dans de grandes difficultés. Désormais incapables de payer leurs miliciens, ces formations sont en train de voler en éclats et le nombre des transfuges vers les organisations jihadistes ne fait qu’augmenter.
On estime qu’au moins 800 à 1000 combattants provenant des groupes rebelles soutenus par les États-Unis ont déjà rejoint le Front al-Nosra.
Si cette politique se confirme, on devrait en voir les effets sur le web avec une diminution sensible du nombre des vidéos montrant des tirs de missiles TOW, les Américains insistant pour qu’une vidéo soit diffusée pour chaque tir.
Les États-Unis continuent encore de payer de petits groupes de l’ASL dans la ville d’Alep. Ils souhaitent que « leurs » rebelles tiennent le plus longtemps possible car la ville est pour eux un symbole politique à un moment où des négociations risquent de débuter à Moscou.  Mais ces unités rebelles sont, pour la plupart, encerclées par l’Armée Arabe Syrienne (AAS) et on ne se fait pas beaucoup d’illusions qu’ils puissent tenir leurs positions. Les émissaires des Nations-Unies tentent de négocier un cessez-le-feu à Alep pour cette même raison.
Il n’en va pas de même pour les positions rebelles dans le sud, qui sont soutenues par les Etats-Unis, via la Jordanie, malgré le fait que le gros des combats est mené par le Front al-Nosra. Mais cela n’a pas l’air de gêner Washington.
Pour l’instant, le Front al-Nosra sert le plan américano-saoudien. Les Jihadistes du front sont considérés comme nécessaires pour l’offensive menée au sud de la capitale. Jihadistes du Front al-Nosra et combattants de l’ASL, main dans la main, ont fortement progressé dans la province de Daraa, s’emparant, par exemple, de la base militaire de la ville. Comme la province de Daraa est voisine de celle de Damas (Rif Dimachq), ces avancées préparent le terrain pour une future offensive sur Damas même.
Le colonel Pat Lang, un officier à la retraite de l’armée américaine et actuel analyste pour les affaires du Moyen Orient,  a une analyse à ce sujet :
« On m’a rapporté que l’effondrement quasi-complet de l’armée fantoche des modérés de l’ASL a forcé les États-Unis à approcher en secret le Front al-Nosra : ils lui auraient proposé leur soutien, à condition qu’al-Nosra renonce à son habitude de massacrer les prisonniers à la manière de l’État islamique. Cela impliquerait une attitude plus tolérante vis-à-vis des journalistes américains. »
Le financement du Front du Sud pourrait, lui-aussi, arriver à terme car le Congrès semble vouloir mettre un terme aux financements de ces groupes armés syriens. D’autant plus que le soutien indirect que la CIA apporte aux Jihadistes du Front al-Nosra pourrait poser problème sur le plan politique et moral à l’administration Obama. On pourrait très vite assister à un « Nosragate » comme on a eu un « Irangate ». Attendez seulement que certains journalistes américains s’y intéressent d’un peu près !
Selon Bloomberg : « Alors que le Congrès se bat pour faire passer un projet de loi visant à financer le gouvernement pour le reste de l’année, un élément curieux et significatif a été jeté à la poubelle : une demande de rallonge de 300 millions de dollars pour le programme secret de la CIA visant à armer les rebelles syriens « modérés », émanant de l’administration de Barack Obama. »
Les voix critiques de la politique de soutien à la rébellion syrienne se multiplient :
« Dressant un état des lieux très sombre de la rébellion syrienne soutenue par les États-Unis, un membre officiel du Département d’État a déclaré mercredi [10 décembre 2014] que l’opposition armée ne sera pas capable de renverser le régime de Bachar al-Assad, ni maintenant, ni dans un proche avenir, en dépit du programme mis en place par le Pentagone pour entraîner et équiper 5000 rebelles par an.»
Il faut dire que la guerre coûte cher. L’opération « Inherent Resolve » en Irak et en Syrie ont dépassé au cours des quatre premiers mois le milliard de $. On estime le coût à 8 millions $ par jour ou 330.000 par heure. Et il ne s’agit là que des coûts des forces américaines engagées dans le cadre de la coalition internationale contre les Jihadistes. Cela n’inclut pas le coût des entrainements et des équipements des brigades rebelles de l’ASL. Il faut dire que les moyens engagés coûtent très cher. Un Tomahawk coûte 1,2 million $. Chaque missile Hellfire coûte $100.000. Un bombardier B-1 coûte $58.000 par heure de vol ; un F-15, $39.000 ; le F-22 Raptor qui a fait ses débuts en Syrie coûte $68.000 par heure et l’avion lui-même coûte $350 millions.
Pressé par des contraintes budgétaires, il est compréhensible que le Pentagone n’est pas très favorable au programme d’entraînement et d’équipement de rebelles syriens piloté par la CIA. Il pourrait très bien y mettre fin devant l’absence de résultat.
C’est la bataille de Kobane (Aïn el-Arab en arabe) qui a provoqué un changement de la politique U.S. Les Américains ont pu constater que les Jihadistes de l’Etat Islamique n’arrivaient pas à progresser dans les ruines de la ville, malgré leurs efforts et la perte de nombreux combattants. L’assaut islamiste s’est brisé sur la volonté inébranlable des Kurdes de l’IPG et les bombardements aériens américains. Cela satisfait Washington qui ne voit pas pourquoi il s’engagerait plus loin.

Jean René Belliard

 

 

Commentaires

Sur le plan politique, l'opposition syrienne ( le SNC) a été sermoné en Egypte pour leur alliance avec la Turquie. Les Turcs ont tout de suite invité le SNC à Istanbul pour les rassurer de leur support même si Qatar s'est débiné. Ils sont supposés élire en catastrophe un 'président', annonce qu'ils ont faite il y a près de 6 mois. Visiblement les Turcs sont coincés. Ils ne veulent entraver le plan syrien de la Russie qui leur a promis monts et merveilles avec le pipe-line, et ils ne veulent pas perdre la face en abandonnant le SNC qu'ils ont crée, logé, nourri et promu.
Avec le pilote en otage, la Jordanie se retouve en mauvaise posture. Non seulement elle 'aide' les USA a bombarder le EI mais elle supporte les rebelles du Sud alliés à Al Nusra et qui sont les ennemis jurés du EI.
Le pilote en otage risque de changer la donne. Le EI va exiger de la Jordanie l'arrêt de sa participation aux attaques ( ce qui a été immediatement suivi) et l'arrêt de l'aide aux rebelles dans la région de Deraa qui reste le dernier espoir de la rebellion envers le gouvernement Syrien.
La décomposition du ASL s'accélère. Si plusieurs combattants joignent le EI, des centaines se rendent au AAS.
Bientot sur le terrain il ne restera que Al Nusra, le EI et le AAS.
Il est certain que les américains refuseront de donner la victoire à aucun des partis. Ils aideront simultanément les opposants sans leur donner suffisament pour gagner la victoire. C'est ce jeu cynique des americains qui a détruit les pays arabes.
La surprise viendra de la victoire du AAS à Alep, le plan de De Mistura et le plan russe. Il y aura une division de facto géographique de la Syrie, une partie devenant un mini-Afghanistan ou vont proliférer des terroristes qui seront attaqués par l'occident pendant des annnées, l'autre partie loin de la frontière irakienne sera très probablement gouvernée par le gouvernement syrien actuel.
Entretemps la Turquie se débat pour trouver une sortie honorable à son intervention catastrophique en Syrie avant les élections de juin

Écrit par : virgile | 03/01/2015

Le nouveau président du SNC, Khoja est l'homme de la Turquie et des frères musulmans.
Son père a été accusé dans les annees 70 de financer les frères musulmans en Syrie. Khoja a été emprisonné à l'âge de 15 ans en Syrie et une fois libéré a quitté le pays pour s'établir en Turquie. Il est probablement un citoyen turc.
Durant la réunion récente des opposants syriens en Egypte, le CNS d'obédience turc et qatari a vraisemblablement été mis au pied du mur. Pour obtenir le support de l'Egypte et les pays du Golfe dans les négociations sur l'avenir du pouvoir en Syrie, ils leur a été exigé de renoncer à leur allégeance à la Turquie et aux frères musulmans et renoncer aussi à exiger la démission immédiate de Bashar al Assad..
Réunis à la hâte en Turquie à la demande pressante de Davutoglu, ils ont élu un président pro-turc et pro-frères musulmans. Ceci est donc leur reponse à la pression exercée en Egypte et constitue une provocation grave envers les Arabes. Un bras de fer se joue donc entre la Turquie et l'Egypte aidée par les pays du Golfe sur l'avenir de la Syrie. L'islamisme, devenu suspect, prend du recul et l'arabité revient à l'avant, le premier bénéficiaire étant le gouvernement Syrien.
L'année 2015 va possiblement voir une lutte accrue de la part des pays arabes pour rejeter l'influence de la Turquie et le retour en force de la notion de la Umma arabe dans la politique de la region.
Il n'est pas impossible de voir l'Arabie opérer un retournement majeur à propos de la Syrie en supportant ouvertement une offre russe de conférence qui excluerait tout Syrien n'ayant pas vécu en Syrie dans les 10 dernières années, donc le président du CNS: Une gifle à Erdogan.

Écrit par : virgile | 05/01/2015

Excellent rapport – selon mes informations actuelles (6 janvier), l'AAS a repris al-Baghiliyya à Deir Ez Zor depuis 1 jour.
Cela mis à part, je suis reconnaissant pour le condensé d'information que vous distillez régulièrement. D'où tenez-vous vos sources ?

Écrit par : Grégoire | 06/01/2015

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