01/01/2015

1er janvier 2015 – Nouvelles des guerres du Moyen Orient

La Russie s'apprête à lancer sa conférence pour la paix en Syrie. Le problème sera de trouver des interlocuteurs ayant une influence sur les groupes de rebelles armés.


Cisjordanie

La population des colonies juives en Cisjordanie a continué à augmenter en 2014, et s'élève désormais à 389 250 personnes, une hausse de près de 4%, selon des statistiques obtenues jeudi 1er janvier 2015 auprès du ministère israélien de l'Intérieur.

375 000 Israéliens en zone C
Quelques 375 000 colons vivaient début 2014 dans les 60% de Cisjordanie sous contrôle quasiment exclusif d'Israël (dits "zone C"), où se trouvent l'intégralité des colonies - illégales aux yeux de la communauté internationale - selon les statistiques israéliennes. Cela représentait déjà une hausse de 4,2%  par rapport à 2013.
Les deux colonies les plus peuplées sont Modiin Ilit, à l'ouest de Ramallah, avec 64 862 habitants, et Beitar Ilit, au sud de Jérusalem, avec 49 580 habitants, deux centres avec une population de juifs ultra-orthodoxes. Vient ensuite Maalé Adoumim, à l'est de Jérusalem, avec 39 973 habitants.
Ces statistiques ne comprennent pas les quelque 200 000 Israéliens vivant dans une douzaine de quartiers à Jérusalem-Est. L'ONU, l'Union européenne et même les Etats-Unis, principal allié d'Israël, voient dans la colonisation un obstacle majeur aux efforts pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

Front irakien

Sinjar
Contrairement aux affirmations kurdes, la bataille pour le contrôle de Sinjar se poursuit. Les Peshmergas ont du repousser une nouvelle attaque des Jihadistes de l’Etat Islamique. Les Kurdes auraient mis hors de combat de nombreux combattants de l’EI qui tentaient de s’infiltrer dans la ville.

Front syrien

La Russie prépare la conférence de la paix
Vingt-huit opposants syriens ont été invités par la Russie à une réunion prévue après la mi-janvier pour préparer un éventuel dialogue avec le régime.
Parmi eux figurent le chef de la Coalition de l'opposition en exil appuyée par les pays occidentaux, Hadi al-Bahra, et deux ex-chefs de la Coalition, Moaz al-Khatib et Abdel Basset Sida.
La liste comprend aussi des membres de l'opposition de l'intérieur "tolérés" par le régime de Bachar al-Assad, dont Hassan Abdel Aazim, Aref Dalila et Fateh Jamous.
Qadri Jamil, un ancien vice-premier ministre syrien démis de ses fonctions en 2013 et qui entretient de bonnes relations avec Moscou, est également invité.
Moscou tient à ce que cette rencontre "informelle" soit l'occasion d'un dialogue entre opposition externe et interne afin de "générer des idées" permettant d'aboutir à un règlement du conflit syrien.
En cas de succès, des représentants du gouvernement syrien seront invités dans la foulée à Moscou pour échanger des avis avec les opposants et pour qu'un dialogue soit lancé entre les parties du conflit.
Le pouvoir syrien a annoncé, samedi 27 décembre 2014, qu'il était prêt à rencontrer l'opposition à Moscou pour essayer de trouver une issue à la guerre, tandis que Hadi al-Bahra avait indiqué que des réunions entre opposants de l'intérieur et en exil étaient en cours au Caire pour tenter de trouver une voix commune lors de futures négociations.

Hadi al-Bahra
Hadi al-Bahra, qui a été élu, le 8 juillet 2014, à la tête de la Coalition Nationale Syrienne, était le choix de l’Arabie saoudite. Le nouveau président du CNS, qui est né à Damas en 1959, a fait ses études aux Etats-Unis et parle couramment anglais. Il a passé la plus grande partie de sa vie d'adulte en Arabie saoudite où il gèrait plusieurs hôpitaux et d'autres entreprises. Expert en communication, il a dirigé l'équipe de négociation dans la délégation de l'opposition à la conférence Genève II en janvier 2014 qui avait échoué à déboucher sur un règlement de la sanglante crise syrienne. Lors de ces discussions, Hadi el-Bahra s'était dit déterminé à œuvrer en faveur d'une solution politique au conflit, insistant sur le fait que l'opposition « ne cherchait pas à augmenter ses pouvoirs ou à imposer une opinion ».

Moaz al-Khattib
Moaz al-Khattib est un islamiste modéré. Il avait occupé les fonctions de président de la Coalition Nationale Syrienne entre le 11 novembre 2012 et le 21 avril 2013, date à laquelle il avait démissionné.
Né en 1960 à Damas dans une famille de notables religieux, il a suivi un parcours atypique. Il étudie la géophysique, obtient un diplôme de sciences politiques et relations internationales, et poursuit des études islamiques.
Eclectique, il est à la fois membre de la Société syrienne de géologie et de la Société de psychologie.
Il travaille de 1985 à 1991 comme ingénieur en géophysique pour al-Fourat Petroleum Company, une joint-venture entre la compagnie nationale syrienne et des compagnies étrangères.
En 1990, il succède à son père, cheikh Badreddine al-Khatib, comme prêcheur de la prière de vendredi à la prestigieuse mosquée des Omeyyades à Damas, mais il est relevé de ses fonctions deux ans plus tard par le pouvoir en raison de ses prêches politiquement audacieux.
Il étudie et enseigne la charia (loi musulmane) et le Dawa (prédication) ainsi que la rhétorique islamique à Damas. Il donne des conférences sur l'islam au Nigeria, en Bosnie, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et aux Pays-Bas.
Cet opposant de l'intérieur, père de quatre enfants, participera dès le début au soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad, lancé en mars 2011, notamment dans les régions rebelles près de Damas.
Il est arrêté et harcelé à plusieurs reprises par les autorités et quitte le pays en juin 2012, pour s’installer au Caire.
Ahmed Moaz al-Khatib avait créé la surprise en février 2012 tant chez ses alliés que dans l'entourage de Bachar al-Assad en proposant de négocier avec le pouvoir. Il s’était montré déterminé à prendre tous les risques pour défendre ses convictions.
"Je dis à Bachar al-Assad: « regarde dans les yeux de tes enfants et essaie de trouver une solution ». Nous nous entraiderons alors dans l'intérêt du peuple", avait-il déclaré le 30 janvier 2012.
Moaz al-Khattib réitère le 4 février 2013 en proposant d’ouvrir des négociations avec le vice-président Farouk el-Chareh comme représentant du pouvoir syrien pour chercher une issue au conflit meurtrier dans le pays.
Évoqué tour à tour par la Ligue arabe, les Nations unies et la Turquie pour remplacer M. Assad en cas de transition négociée, M. Chareh, 73 ans, avait affiché ouvertement en décembre 2012 ses divergences avec Bachar el-Assad en se prononçant pour une solution négociée, alors que, selon lui, le président syrien optait pour l’option militaire afin d’écraser la rébellion armée.
« M. Chareh, depuis le début de la crise, voit que les choses ne vont pas dans le bon sens », affirmait M. Khatib à la chaîne satellitaire al-Arabiya. « Si le pouvoir accepte l’idée du dialogue, je lui demande de déléguer Farouk el-Chareh pour qu’on discute avec lui. »
Ses prises de position lui ont permis d’entamer un dialogue avec la Russie et l'Iran, principaux alliés de Damas. 
Pour le chercheur Thomas Pierret, spécialiste de l'islam en Syrie, "c'est une personne extrêmement honnête, ouverte d'esprit, capable de dialoguer sereinement avec des représentants de toutes les tendances philosophiques, de l'islamiste radical au laïc convaincu".
"Il est politiquement indépendant et n'est pas affilié aux Frères musulmans" ajoute ce maître de conférence à l'Université d'Edimbourg (Ecosse).

Abdel-Basset Sida
Pour Abdel-Basset Sida, « la seule manière de mettre un terme à la crise syrienne est l’application intégrale du plan de paix arabe qui appelle Bachar el-Assad à transférer ses pouvoirs ».

La Coalition Nationale Syrienne n’a pas beaucoup d’influence
Le problème pour la Russie est que ces dirigeants, présents ou passés de la Coalition Nationale Syrienne, n’ont pas beaucoup d’influence sur le terrain. On se demande alors quel crédit on pourrait apporter à des négociations entre ces hommes et des représentants du pouvoir. 

Aïn el-Arab (Kobane en kurde)
Une vidéo tournée par les Kurdes de l’YPG nous montre les destructions à l’intérieur de la ville :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Coalition internationale

Jordanie
Un officiel jordanien a reconnu que la Jordanie avait suspendu sa participation aux raids aériens contre l’Etat Islamique en Irak et en Syrie. La suspension aurait été décidée alors que le pays cherche à récupérer le pilote jordanien capturé par les Jihadistes après que son avion se soit écrasé dans des conditions encore non identifiées.
« Il ne s’agit pas d’une décision permanente, je pense, mais, peut être, une sorte de retrait pour permettre de penser et réfléchir et régler le problème, » a dit Rula al-Hroob, une parlementaire jordanienne.
Le lieutenant Moza al-Kasasbeh avait été capturé par l’Etat Islamique après que son avion F-16 se soit écrasé au nord de la syre, le 24 décembre. Hroob a admis que la capture du pilote avait enhardi tous ceux qui s’opposaient à l’engagement de la Jordanie dans la guerre contre l’EI.
« Nous avons des gens qui sont fortement opposés à notre engagement dans cette guerre, et ils sont renforcés maintenant, car ils parlent d’un millier de Kasasbeh à venir si nous poursuivons notre participation à cette guerre, » a-t-elle dit.
Mais elle a ajouté que d’autres allaient chercher à se venger si l’EI tuait Kasasbeh.
Hroob a dit que la Jordanie allait faire tout ce qui était possible pour obtenir la liberation de Kasasbeh, y compris une mission de sauvetage.
« Nous disposons de renseignements militaires là-bas en Irak et en Syrie. Et nous avons un grand nombre d’informateurs, si on peut dire,  Ceci nous met dans une bonne position pour négocier avec eux, dans le cas où nous voudrions obtenir la libération de Kasasbeh », a-t-elle ajouté.
“ Nous parlons également avec les Turcs et d’autres alliés pour résoudre cette affaire, » a-t-elle précisé.
Un officiel du département de la défense américain a dit, mercredi 31 décembre qu’il n’avait aucune indication que les Jordaniens avaient suspendu leurs bombardements.

Jean René Belliard

 

 

Commentaires

Notez qu'aucun des invités de l'opposition n'est affilié à la Turquie, au Qatar ou aux frères Musulmans et encore moins aux Salafistes.
Abdel Baset Saida est kurde (non-Islamist et anti-turc). Moaz Al Khateeb représente la forme modérée de l'Islam sunnite profondément nationaliste. Son experience avec Erdogan a été traumatisante et il s'est bien rendu compte que Bashar al Assad était le seul interlocuteur valable. Hadi Al Bahar représente le gouvernement séoudien qui veut apparaitre modéré, vu les débordements de Al Qaeda et ISIS dont ils ont d'abors été les promoteurs.
L'Arabie rejette clairement l'interférence de la Turquie dans les affaires arabes. La Turquie est de plus en plus embourbée dans ses problèmes internes et le retrait du support du Qatar a eu son effet. Les diatribes enflammées de Erdogan envers la Syrie ont pratiquement cessé.
La Turquie devra être neutralisée si un accord doit se faire entre les pays arabes. Deja le retour des ambassades syriennes en Egypte, Koweit et le emirats sont de bonne augure. Sont-ce les premices d'un changement de ton au niveau régional arabe?
Ainsi l'exclusion du Qatar et de la Turquie peut avoir un effet positif sur un éventuel accord politique qui garderait Bashar al Assad au pouvoir jusqu'aux prochaines élections dans le cadre d'une nouvelles constitution.
Une nouvelles constitution en Syrie? Si l'on voit que la Turquie envisage de changer sa constitution pour donner plus de pouvoir au président, si on voit l'Egypte instituer un régime autoritaire présidentiel soutenu par l'armée, on voit mal une nouvelle constitution en Syrie diminuant les pouvoirs du président.

Écrit par : virgile | 02/01/2015

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