28/12/2014

28 décembre 2014 – Nouvelles des guerres contre le jihadisme

On n’a rien vu encore de ce qui se prépare en Libye Toutes les conditions sont réunies pour que ce pays devienne aussi violent que la Syrie ou l’Irak avec une présence accrue des Jihadistes de l’Etat Islamique, obligeant les autres formations islamistes à choisir : soit elles sont avec l’EI soit contre lui. Le risque libyen est d’autant plus important pour la France qu’il voisine des pays avec lesquels Paris a des accords de défense.


Front égyptien

Alexandrie
Encore un policier tué par des Jihadistes. Il ne se passe pas un jour sans qu’une attaque ait lieu en Egypte. Un policier égyptien a été tué par balle et trois autres blessés, dimanche 28 décembre, lorsque des hommes armés à bord d’un minibus ont ouvert le feu sur leur patrouille à l’est d'Alexandrie. Les assaillants ont réussi à s’enfuir.

Front irakien

Samarra : Un haut gradé iranien tué en Irak
Un haut gradé iranien des gardiens de la révolution a été tué en Irak. Il servait comme conseiller dans la lutte contre les jihadistes de l’Etat islamique. 
"Le brigadier général Hamid Taghavi est tombé en martyr lors d'une mission pour conseiller l'armée et les volontaires irakiens (chiites) pour lutter contre les terroristes de Daech dans la ville de Samarra".
La ville, située à 110km au nord de Bagdad, est une localité majoritairement sunnite que l’Etat Islamique tente de conquérir depuis son offensive de juin 2014. Les Chiites en général et les Iraniens en particulier, ne veulent pas perdre cette ville car elle abrite un mausolée chiite, le mausolée d'Alaskariyayn , abritant les tombeaux de l'Imam Ali al-Hadi et l'imam Hassan al-Askari.
Ce mausolée a été la cible d’un attentat le 22 février 2006, lequel avait déclenché une guerre confessionnelle entre sunnites et chiites qui avait fait des dizaines de milliers de morts entre 2006 et 2008.
Les Jihadistes ont toujours l’intention de conquérir la ville et détruire ce mausolée. La ville est d’autant plus importante pour eux que leur calife, Abou Baker al-Bagdadi est lui-même originaire de Samarra. Mais les Iraniens ont pris sur eux de défendre la ville coûte que coûte. Le général iranien, Qassem Soleimani, le chef des Forces al-Qods, les forces spéciales des Gardiens de la Révolution, a convaincu les milices chiites de l’importance de garder le contrôle de la ville et de la route Bagdad-Samarra à un moment où l’armée irakienne était en complète décomposition.
Le brigadier général Taghavi n’est pas le seul militaire iranien à avoir perdu la vie en Irak et en Syrie. Mais si les militaires iraniens sont présents sur le terrain, ils ne coopèrent en aucune façon avec la coalition internationale menée par les Etats-Unis.
Hamid Taghavi.pngBrigadier général Taghavi

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Province de Salaheddine
L’armée irakienne et les milices chiites ont repris le contrôle de la région d'Aziz Balad, au nord-ouest de Balad dans la province de Salaheddine, tandis que la résistance des combattants de l’Etat Islamique semble s’être effondrée.
L’armée aurait repris le contrôle de Yathreb, considérée comme le bastion de l’Etat Islamique  dans la province de Salaheddine.
Les forces irakiennes ont également repris le contrôle des confins de Balad. Elles ont assiégé le village de Doulouiya au sud de Tikrit après la reprise de son aéroport. On rapporte que la région de Mazarih, proche du Tigre, a également été reprise par l’armée.

Al-Meqdadiya (province de Diyala) -  la prochaine bataille
Pour Hadi Amiri, le secrétaire général du mouvement chiite Badr, la prochaine bataille sera la libération de régions au nord de la province de Meqdadiya, appelant les habitants de la province à quitter la région.
"Notre prochaine bataille sera au nord de Meqdadiya, les habitants de cette province sont toujours exposés aux tirs de mortiers de la part des miliciens de Daech", a dit Amiri.

Touz Kormatou (nord de Bagdad)
La vidéo n’est pas très bonne mais elle montre un incident entre la population kurde de cette localité située au nord de Bagdad et des combattants de la milice chiite Badr. Des incidents  ont souvent eu lieu entre Chiites de la milice Badr et Peshmergas kurdes dans cette localité disputée par les deux camps. La vidéo a été filmée par un Peshmerga, milicien kurde :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=e4a8b7fc6036

Les Chabaki
Les Chabaki forment une minorité ethnique et religieuse (apparentée au chiisme). Ils vivaient principalement dans les villages d’Ali Rash, Khazna, Yangidja, et Tallara dans le district de Sinjar (province de Ninive dans le nord de l’Irak). Ils en ont été chassés par les Jihadistes de l’EI lors de leur offensive du mois de juin 2014. Ils parlent le Chabaki, qui est une langue dérivée de l’Iranien du nord ouest, très proche du kurde gorani.  On estimait leur population à 60 000 personnes. Les Chabaki sont divisés en trois sectes différentes (ta’if) : Balajan, Dawoudi et Zengana.
Aujourd’hui, les Chabaki participent à la guerre contre les Jihadistes de l’EI comme le montre cette vidéo où on voit deux membres de cette minorité insulter le cadavre d’un de leurs ennemis :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=ae539001cc3e

La tombe de Saddam Hussein détruit par les miliciens chiites
Vidéo :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=f50ed02422e1

Front libyen

On n’a rien vu encore de ce qui se prépare en Libye Toutes les conditions sont réunies pour que ce pays devienne aussi violent que la Syrie ou l’Irak avec une présence accrue des Jihadistes de l’Etat Islamique, obligeant les autres formations islamistes à choisir : soit elles sont avec l’EI soit contre lui. Le risque libyen est d’autant plus important pour la France qu’il avoisine des pays avec lesquels Paris a des accords de défense. C’est en Libye que se trouvent Belmokhtar, le leader d'AQMI, et Iyad ag-Ghali, le leader d’Ansar Dine.
Le ministre de la défense français a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme : Le sud de la Libye est devenu un hub terroriste, a-t-il affirmé.
"Avoir si près de la Méditerranée des organisations terroristes structurées met en cause notre propre sécurité", a ajouté Le Drian. "Et avoir des Français qui combattent aux côtés de Daech, également. Je ne distingue pas entre les terroristes. Ce que nous redoutons, c'est une fusion des mouvances qui jusqu'à présent se combattaient : ceux auxquels nous sommes confrontés au Sahel, issus d'Al-Qaïda, et ceux qui se sont regroupés depuis juin sous le califat de Daech".

Misrata
Les forces fidèles au gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale ont mené des raids aériens, dimanche 28 décembre, contre plusieurs objectifs dans la ville côtière de Misrata. C’est la première attaque contre ce port tenu par des brigades d’obédience islamiste, sans doute les plus puissantes du pays. Misrata est un haut lieu de la révolution. A ce sujet, il est peut être utile de se rappeler que les forces spéciales françaises avaient sauvé les insurgés de Misrata alors que la ville était sur le point de tomber entre les mains des mercenaires de Kadhafi.

Les milices de Misrata, les plus puissantes du pays
Cette ville, la troisième de Libye, située à 200km à l’est de Tripoli, totalise aujourd’hui plus de 40 000 hommes armés. Ses milices disposent de près d’un millier de blindés et des dizaines de canons. Elle a profité du chaos qui a suivi la chute de Kadhafi pour étendre son influence, n’hésitant pas à affronter par les armes des forces rivales. Elle a également bénéficié du soutien du général Youssef al-Mangouch, qui avait été chef de la nouvelle armée libyenne (après la chute de Kadhafi) et coordinateur des milices «ralliées» au pouvoir. Mangouch, qui est lui-même originaire de Misrata, n’a fait aucun effort pour reconstituer l’armée, donnant la priorité aux milices avant de démissionner de son poste le 9 juin 2013. Mangouch n’est pas le seul responsable de la situation désastreuse dans laquelle se trouve aujourd’hui le pays.

Le Conseil National de Transition avait donné la priorité aux milices
Pendant la révolution, les dirigeants du Conseil National de Transition (CNT), qui se méfiaient de l’armée qui avait soutenu Kadhafi, avaient canalisé les ressources et le financement publique vers les brigades islamistes avec lesquelles ils partageaient une idéologie commune, plutôt qu’avec la toute nouvelle Armée nationale libyenne (ANL).
L’armée avait été d’ailleurs tenue à l’écart après l’assassinat en juillet 2011 d’Abdoul Fattah Younis, le chef des forces rebelles, par les combattants de la brigade islamiste Abou Oubayda Jarrah.
Le CNT aurait voulu la disparition de l’armée qu’il ne s’y serait pas pris autrement. L’armée a été maintenue dans l’indigence financière au point que les officiers étaient parfois contraints d’utiliser leurs fonds personnels pour acheter du carburant pour les véhicules militaires. Pendant ce temps, les gouvernements riches des États du Golfe finançaient directement les milices, ce qui leur permettait d’acheter de nouveaux véhicules et de l’équipement de communication de pointe.

Le Congrès National Général n’a pas fait mieux que le CNT
Le Congrès National Général qui a succédé au CNT le 8 août 2012 n’a pas changé d’attitude vis-à-vis des milices islamistes et de l’armée. Le CNG, qui doit dépendre des milices pour imposer l’ordre dans le pays, est incapable de se faire respecter. Les milices refusent de se laisser désarmer ou de se fondre dans l’armée nationale. Les régions orientales et méridionales échappent à l’autorité de l’Etat. Des mouvements jihadistes armés occupent la rue et imposent leur loi, c'est à dire la charia, dans de nombreuses régions.

Les Milices de Misrata ont participé à la prise de Tripoli par les Islamistes
Aussi, lorsque le chaos s’est doublé d’une crise politique qui a conduit à l’apparition de deux gouvernements et de deux chambres des députés, le ralliement des milices de Misrata aux Islamistes de Fajr Libya qui attaquaient Tripoli, en août 2014, a fait pencher la balance du côté des Islamistes.

28 décembre 2014 – L’armée de l’air libyenne bombarde Misrata
Les avions de l’armée de l’air libyenne ont attaqué les installations portuaires, une école de l'armée de l'air proche de l'aéroport et la plus grande aciérie du pays, située dans Misrata. Il semble toutefois que ces attaques aériennes aient plus été symboliques que destructrices.
La ville avait jusqu'à présent échappé aux combats qui ravagent le pays depuis l'été 2014, le camp fidèle au gouvernement d’Abdallah al-Theni ayant tenté de ne pas couper les ponts avec les gens de Misrata.
Mais les choses ont changé après que les combattants de Fajr Libya aient débuté leur progression en direction de l'est, pour tenter de s'emparer des terminaux pétroliers d'al-Sidra et de Ras Lanouf. Du coup, la menace que représentait les milices de Misrata devait être prise en compte. Le bombardement est sans doute un avertissement aux Misratis qu’ils feraient mieux de rester l’arme au pied.

Front syrien

Journal de la bataille de Deir ez-Zhor (est libyen)
La 104ème brigade aéroportée des Gardes Républicains a lancé une contre-offensive en direction du quartier industriel d’al-Sina’a de Deir ez-Zhor. L’objectif de l’attaque était d’alléger la pression exercée par les Jihadistes de l’EI sur la partie orientale de la ville. Les combats, qui durent depuis 48 heures, ont coûté la vie à onze Jihadistes de l’Etat Islamique et de la milice Ahrar al-Sham, parmi lesquels de nombreux Jihadistes étrangers.
La 104ème brigade a également attaqué un centre de commandement appartenant à une brigade jihadiste tchétchène et située en limite d’al-Sina’a. Un chef tchétchène, Abou Hussein al-Shishani a été tué à cette occasion.
Sur l’île de Sakr (Hawija Sakr), la 104ème brigade a bombardé sans répit les Jihadistes retranchés dans le deuxième district. Les Islamistes contrôlent encore 30% de l’île. Mais ils ne peuvent emprunter les ponts suspendus et sont obligés de ravitailler par bateaux leurs contingents sur l’île. Treize Islamistes ont été tués et quatre pickups surmontés de mitrailleuses de 23mm ont été détruits. Parmi les Jihadistes mis hors de combat, on trouve deux Tunisiens, Abou ‘Ammar al-Tunisi et Abou Majid al-Tunisi.

Turquie

Attention à la Turquie !
Un groupe islamiste Kurde, le mouvement Hüda-Par, a attaqué, vendredi 26 décembre dans la soirée, des tentes appartenant aux combattants du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Les affrontements, qui se sont déroulés dans la ville de Cizre, dans le sud-est de la Turquie, près de la frontière syrienne, devaient faire trois morts. L'un des morts serait le père d'un dirigeant du mouvement Hüda-Par.
Le Hüda-Par est connu pour être la branche politique du Hezbollah turc. Il a toujours été hostile au  PKK, le mouvement indépendantiste kurde de Turquie.
Les affrontements sporadiques seraient toujours en cours à Cizre.
Ce n’est pas la première fois que le PKK et le mouvement Hüda-Par s’affrontent. De violents combats de rue entre les deux groupes avaient déjà eu lieu dans le sud-est de la Turquie en octobre 2014.
Ankara a refusé de participer à l'intervention militaire contre les jihadistes de l'EI, ce qui a provoqué la colère des Kurdes de Turquie qui sont descendus dans la rue en octobre. Ces manifestations ont été le théâtre d'affrontements meurtriers entre Kurdes du PKK et forces de l'ordre, mais aussi entre militants kurdes et partisans de partis islamistes comme le mouvement Hüda-Par.

La Turquie en dernier ressort pour le Hamas
Khaled Mechaal, le chef du Hamas, a passé une dizaine d’années à Damas. Mais il a retiré la quasi-totalité de ses cadres en 2011 à la suite de la répression du soulèvement contre le pouvoir syrien.
Depuis le chef du Hamas est régulièrement l’objet de virulentes attaques de la part de la télévision officielle syrienne.  « La Syrie est contente d’avoir été abandonnée par celui qui a vendu la résistance pour le pouvoir », peut-on entendre par exemple. Et le speaker ou la speakerine de rappeler que M. Mechaal avait été « accueilli par la Syrie après que toutes les portes lui eurent été fermées et l’accès de tous les aéroports interdit à son avion, comme s’il était pestiféré ».
Et pour preuve de la détérioration des relations entre le pouvoir syrien et le leader de la branche politique du Hamas, les autorités syriennes avaient arrêté, en janvier 2012,  la fille et le gendre de Khaled Mechaal.
Dans un premier temps, le coup de poker de Khaled Mechaal de quitter Damas semblait avoir joué en sa faveur. En effet, Il a commencé par bénéficier de l’arrivée au pouvoir au Caire d’un président égyptien issu des Frères musulmans. Mais en juillet 2013, Khaled Mechaal s’est retrouvé privé de cet appui en raison de la mise à l’écart du président Mohammed Morsi par les militaires.
Un autre soutien de poids vient de disparaître, ou à tout le moins, d’être considérablement réduit. Il s’agit du Qatar qui s’est vu contraint de « rentrer dans le rang » saoudien et de faire profil bas. Plus question pour l’émir du Qatar d’aider les mouvements proches des Frères Musulmans, une organisation honnie par la famille régnante en Arabie saoudite.
Avec la disparition de ces deux soutiens, Khaled Mechaal ne peut plus, désormais, compter que sur la Turquie.
Alors le chef du Hamas ne tarit plus d’éloge sur son ami turc. Il a déclaré, samedi 27 décembre, par exemple, que la Turquie était une "source de puissance pour tous les musulmans", remerciant les dirigeants turcs de leur soutien à la cause palestinienne. Mechaal avait été invité à Konya (centre de la Turquie) pour assister au congrès annuel du Parti de la Justice et du Développement (AKP) au pouvoir dans ce pays.
"Une Turquie forte signifie une Jérusalem forte, une Palestine forte", a ajouté le chef du Hamas.
Et de conclure : "J'espère que la Turquie se joindra à l'avenir au peuple palestinien dans sa lutte pour libérer la Palestine et Jérusalem".
Son intervention a été ponctuée d'"Allah Akbar !" et d'"A bas Israël !" scandés par les congressistes, qui agitaient des drapeaux turcs et palestiniens.
Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a sans doute voulu répondre aux espoirs de Khaled Mechaal lorsqu’il a déclaré : "Dieu m'est témoin (...) nous ferons de ce drapeau rouge un symbole de l'innocence. Ce drapeau rouge flottera aux côtés des drapeaux de la Palestine, de la Syrie libre et de tous les autres drapeaux de l'innocence n'importe où dans le monde".
Davutoghlu a averti qu’il n’y aura pas de réchauffement des relations avec Israël tant que l’Etat hébreu ne mettra pas fin au blocus de la bande de Gaza.
La Turquie avait demandé à Israël l’autorisation d'installer un bateau au large des côtes de Gaza pour faire office de centrale électrique temporaire, jusqu’à ce que la centrale de Gaza qui a été endommagée pendant la dernière offensive israélienne «  Bordure protectrice », soit réparée. Mais l’Etat hébreu a rejeté la demande turque.

Activité de la coalition internationale

Les avions de la coalition internationale ont mené, dimanche 28 décembre, huit raids aériens contre des objectifs de l’Etat islamique (EI) en Syrie et cinq autres raids en Irak.
En Syrie, les opérations ont visé les abords de la ville kurde de Kobane assiégée par les combattants de l'EI depuis la mi-septembre. Les raids menés en Irak ont visé notamment des positions jihadistes près de Sinjar et dans les environs de Mossoul.

Jean René Belliard

 

 

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