03/12/2014

3 décembre – Nouvelles des guerres du Moyen Orient

Le fait marquant est l’entrée en lice de l’Iran dans la lutte contre l’Etat Islamique. Curieusement, l’Arabie saoudite menace la Syrie et al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) exécute une attaque contre la résidence de l’ambassadeur iranien à Sanaa, la capitale du Yémen. Un avertissement à l'Iran ?


Front irakien

L’aviation iranienne bombarde des cibles de l’EI
L’aviation iranienne a effectué plusieurs raids aériens contre des cibles de l’Etat Islamique près de la frontière irako-iranienne, dans une région jusqu’ici épargnée par la coalition internationale. Les raids auraient été exécutés par de vieux Phantoms F-4, des avions acquis par l’Iran avant 1979. Quatre avions iraniens avaient déjà participé à des missions dans le ciel irakien, au cours du mois dernier, en appui à l’offensive contre les villes de Saadiya et Jalawla, proches de la frontière iranienne. L’Iran a dit qu’il considérait cette zone comme une bordure protectrice et déclaré qu’il ne tolérerait pas la présence de Jihadistes de l’Etat Islamique dans cette région. A chaque fois, le gouvernement irakien a approuvé l’entrée des avions iraniens dans son espace aérien et s’est assuré qu’il n’y aurait aucun avion américain ou de la coalition pendant la durée du raid.

Deux lectures de l’évènement
Une première lecture de l’évènement pourrait nous laisser penser que les Etats-Unis devraient se réjouir de la participation de l’armée de l’air iranienne à l’offensive contre l’Etat Islamique. Mais le Pentagone annonce qu’aucune coordination entre les deux armées de l’air n’a eu et n’aura lieu.
Une autre lecture nous confirme que l’Iran exerce une influence croissante sur l’Irak. Cette influence s’exprime par sa participation directe aux combats sur le terrain par le biais de la brigade al-Qods et de son célèbre commandant, le général Qassem Souleimani, ainsi que par sont influence sur les brigades chiites qui sont sans doute les forces les plus efficaces contre l’Etat Islamique.

Conséquences : L’Iran et les Etats-Unis unis par un objectif commun qui est la lutte contre l’Etat Islamique
L’Iran et les Etats-Unis sont donc unis par la force des choses dans leur lutte contre les Jihadistes de Daech. Mais il ne faut pas s’attendre à une entente militaire sur le terrain, ni à l’échange d’informations sur leur ennemi commun. Les deux pays restent des adversaires. Ils n’ont pas eu de relations diplomatiques depuis 1979 et les alliés régionaux des Etats-Unis, l’Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis et, bien sûr, Israël, se sentent menacés par l’Iran et veillent à ce que les Etats-Unis restent de leur côté. Il reste que des conversations ayant eu pour thème l’Irak et la Syrie ont bien eu lieu lors de rencontres sur d’autres sujets comme le programme nucléaire, par exemple.
 
Vidéo (langue anglaise)
https://www.youtube.com/watch?v=0dbP5PJnFKw&feature=p...
Briefing du Pentagone :
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Les Jihadistes de Daech pourraient fabriquer des « bombes sales »
L’Etat islamique aurait la possibilité de construire des bombes sales après avoir volé 40 kg d'uranium de l’université de Mossoul en Irak.
C’est, tout au moins, ce que des militants jihadistes affirment sur les réseaux sociaux.
Parmi les Jihadistes donnant une telle information, on trouve l’expert en explosifs « britannique »,  Hamayun Tariq, qui a quitté son domicile à Dudley (West Midlands) pour gagner le Moyen Orient en 2012, aussitôt après avoir été libéré de prison. Son passeport a, depuis, été annulé par les autorités britanniques.
En Juillet 2014, près de 40 kg d’uranium avaient disparu de l'Université de Mossoul.
Dans une lettre aux Nations Unies, l'Ambassadeur irakien auprès de l'ONU, Mohamed Ali Al-Hakim, a déclaré à Ban Ki-moon :  "Les groupes terroristes ont pris le contrôle des matières nucléaires sur les sites qui échappent au contrôle de l'Etat". Il a ajouté que ces matériaux "peuvent être utilisés pour la fabrication des armes de destruction massive ".
"Ces matières nucléaires, malgré les quantités limitées mentionnées, peuvent permettre à des groupes terroristes, avec l'expertise nécessaire, d’être utilisées séparément ou en combinaison avec d'autres matériaux pour des actions terroristes."

Dans le même ordre d’idée, on a appris que l’Etat Islamique transférerait de grandes quantités de phosphate d’Irak vers la Syrie pour la fabrication de bombes.

Front syrien

Tous les fronts s’embrasent
Mardi 2 décembre aura vu une exacerbation généralisée des combats à travers l’ensemble du territoire syrien.
Dans la Ghouta orientale, dans la banlieue damascène et surtout à Daraiya les combats ont été d'une violence inouïe. Pour la troisième journée consécutive. Les combats les plus violents ont eu lieu à Daraiya (7km au sud de Damas). Ils sont concentrés autour du mausolée de Sakina. Le gros des affrontements se déroulait à l’est de la ville. Les unités de l’AAS ont pris d'assaut les positions rebelles et les ont repoussés au nord de la ville. Commandées par le célèbre général Suheil Al Hassan, alias « le Tigre », les forces syriennes poursuivent leur progression vers Daraiya. Une offensive éclaire des forces syriennes a permis le contrôle total par l'armée et les milices  des quartiers entourant le mausolée de Sakina.
Dans la Ghouta orientale, les rebelles cherchent toujours à conquérir les fermes de Khan al Cheikh vers l'autoroute al-Salam mais elles ont été repoussées autour des localités d’Arbain vers al-Mothalaq au sud de Daraiya où les accrochages ne cessent de prendre de l’ampleur.
Les informations font également état de très violents combats sur le front de Harasta dans le rif nord de Damas. Ces affrontements ont coupé la circulation sur l'autoroute Homs- Damas, en raison de l’activité des snipers.
A Alep, les combats ont été particulièrement intenses autour des localités de Handarat et d’al-Tarab dans le nord syrien. Les unités d'artillerie de l’Armée Arabe Syrienne ont pilonné les positions rebelles à Bayanoun, à al-Ameriya, à Mayer, à Bostan al-Ghasr et à Khan Touman. La vieille ville d'Alep, où sont retranchés les rebelles, a également été prise pour cible.

Banlieue de Damas
Nouvelle vidéo russe sur la bataille de Jobar. Il s’agit ici d’une bataille menée sur le flan droit. Le speaker affirme qu’une position rebelle a été détruite par un char de l’AAS :
https://www.youtube.com/watch?v=LnSEC8wXt6I&feature=p...

Le prince saoudien Turki Ben Fayçal Ben Saoud appelle à bombarder Damas
Le prince Turki ben Fayçal ben Saoud a été le directeur général d'Al-Mukhabarat al-A’amah, l’agence saoudienne du renseignement, de 1977 à 2001. Il a également été ambassadeur en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. Ses déclarations sont donc à prendre au sérieux. En janvier 2014, il avait déjà plaidé pour l'adoption par l'ONU d'une résolution prévoyant le déploiement d'une force internationale en Syrie et exigeant le retrait des milices libanaises et irakiennes qui soutiennent Bachar el-Assad. Il avait également critiqué « l'absence de direction » de la politique étrangère américaine au Proche-Orient.
Aujourd’hui, il demande à ce qu’on bombarde Bachar el-Assad.
"Comment est-ce logique, de bombarder un endroit et pas l'autre?", a-t-il demandé.
"C’est comme prendre des mesures contre un voleur qui vole la maison d’un voisin,
mais ne  rien faire pour la maison juste à côté. Cela dépasse l'esprit et c‘est inacceptable ", a déclaré le prince à l’occasion du Conseil européen des relations étrangères à Londres.
Il regrette que l’Europe et les Etats-Unis n’aient pas réagi convenablement aux recommandations saoudiennes, faites en 2012, d’armer les rebelles syriens modérés contre les forces de sécurité de Bachar el-Assad.

Turki Ben Fayçal Ben Saoud.jpg

 

Prince Turki Ben Fayçal Ben Saoud









Al-Qaïda en Syrie : A l’origine, une manipulation du pouvoir syrien
Alors que le gouvernement syrien a repris sa campagne promotionnelle pour convaincre qu’il fait tout pour lutter contre le terrorisme, il est peut être utile de voir cette vidéo en langue arabe (sous-titrée en anglais). Elle explique la responsabilité de l’Etat syrien dans  l’apparition d’ak-Qaïda en Syrie :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=4d4bfd29bfb8

Front yéménite

Attentat contre l’ambassade d’Iran à Sanaa
Une voiture piégée, vraisemblablement conduite par un kamikaze, a explosé à proximité de la résidence de l'ambassadeur d'Iran, dans le quartier de Hadda, à Sanaa, endommageant le bâtiment résidentiel.
L’explosion a fait un mort et 17 blessés mais "le personnel de l’ambassade et l’ambassadeur sont sains et saufs", a affirmé la porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.
Un militant a "réussi à garer une voiture remplie d'explosifs près de la maison de l'ambassadeur iranien (...) et l'a fait exploser", a annoncé le groupe Ansar al-Charia lié à el-Qaïda dans un message sur Twitter.

Jihadisme international

Jihadistes ouzbèks
Les filières ouzbèkes sont très actives pour envoyer des candidats au jihad en Irak et en Syrie. Plusieurs médias, comme Ozodlik (service ouzbek de RFEL) ou BBC Uzbek ont pu interviewer plusieurs de ces combattants.
Les autorités ouzbèkes n'ont pas tardé à réagir. Le 31 octobre 2014, le Comité des Affaires Religieuses d'Ouzbékistan a mis en garde contre la menace de Daech en Asie centrale.
Jusqu'ici, les volontaires islamistes ouzbèks gagnaient l’Afghanistan ou le nord du Pakistan. Ils faisaient partie des groupes armés du Mouvement Islamique d'Ouzbékistan (MIO) et de l'Union du Jihad Islamique, tous deux affiliés à al-Qaïda. Ces dernières années les deux organisations terroristes s’étaient éloignées de leur but premier visant à renverser le régime actuel d’Ouzbékistan, pour participer au Jihad international - notamment contre la coalition internationale en Afghanistan.
En 2001, suite à l'intervention de la coalition internationale contre al-Qaïda et les Talibans en Afghanistan, l'Ouzbékistan avait fait inscrire le MIO sur la liste des organisations terroristes. Depuis lors, les organisations islamistes ouzbèkes ont pratiquement été réduites à néant. C’est le résultat d’une répression impitoyable des services secrets ouzbèks.
Pour compenser la chute des effectifs, les Islamistes ont incorporé des candidats au jihad en provenance d’autres pays, des Tadjiks, des Ouzbèks afghans, et aussi des Ouïghours chinois. Mais la diversification ethnique a contribué à affaiblir le pouvoir d’attraction du MOI en Ouzbékistan.
Aujourd'hui, le MIO est dans un état déplorable. Ses dirigeants ont trouvé refuge, avec leurs familles, dans les zones tribales du Waziristan. Mais très rapidement, des heurts sont intervenus entre les habitants locaux des régions tribales et les Ouzbèks. Près de 200 d’entre eux auraient perdu la vie au cours des combats.
Aujourd’hui, les Islamistes du MOI en sont réduits à subvenir à leurs besoins en participant à des activités comme l’accompagnement des convois de drogues, notamment vers la Chine.
Il peut participer également à des activités plus proches du Jihad, comme l'attaque de l'aéroport de Karachi, le 9 juin 2014, en collaboration avec le mouvement des talibans du Pakistan, Tehrik-e-Taliban.
Malgré cela, le mouvement essaie tant bien que mal de consolider son existence, à l'appui de propagande de grande envergure sur internet, et de déclarations exagérées.
La série "Qaboilda nima gap" mettant en scène la vie quotidienne des islamistes et les conditions de vie de leurs familles en est un exemple. Avec cette série, le mouvement entendait montrer que son combat continue toujours malgré la perte de nombreux de ses leaders. Il s'agit aussi d'un appel aux autres radicaux pour rejoindre leurs forces, alors que les autorités pakistanaises ont entrepris de nettoyer les zones tribales du Waziristân afin d'y restaurer l'ordre et l'autorité.

Usman Ghazi, un émir du MOI qui sent le souffre
Son émir actuel est Usman Ghazi. Usman Ghazi, de son véritable nom Valiyev Abdunosir, est né en 1970 à Tachkent. Il est bien connu des autorités sécuritaires ouzbèkes. Il s'est fait remarquer pour la première fois lors des attentats de 1999 à Tachkent.
Les services secrets ouzbeks l'ont vite arrêté pour avoir détenu des publications jihadistes et avoir été adhérent du parti Hizb ut-Tahrir. Pendant les enquêtes, Valiyev s'est échappé de prison, puis a fui le pays - situation inédite en Ouzbékistan, surtout quand les accusations touchent à l'islamisme radical.
Car les rumeurs vont bon train en ce qui concerne Ghazi. On prétend que depuis qu'il est membre du MIO, les "malheurs" au sein du mouvement se sont multipliés. La mort dans des circonstances troubles de Djouma Namangani et Takhir Yuldash, figures emblématiques, puis la division du mouvement à partir de 2002, et enfin les conflits aves les Talibans, laissent penser qu'Usman Ghazi aurait été recruté par les services secrets ouzbeks pour infiltrer le mouvement.
Enfin, la femme d'Usman Ghazi vit actuellement à Tachkent sans être inquiétée par les services, alors que les autorités sont réputées peu conciliantes avec les familles des opposants. Plusieurs experts iraniens et des russes orientalistes ont appuyé l'hypothèse de liens entre Usman Ghazi et les services ouzbeks.

Le MIO voudrait rallier l’Etat Islamique pour sa survie
Contraint à chercher des lieux plus propices, le MIO a décidé de poursuivre le combat en ralliant l’Etat Islamique. C’est tout au moins ce qu’a déclaré sur internet, le 26 septembre 2014, Usman Ghazi.
Il n’est pas sûr que Daech accueille les Islamistes du MOI les bras ouverts. Les Talibans du Nord Waziristân ont du dire tout le mal qu’ils pensaient des Ouzbèks. Et les rumeurs sur Usman Ghazi ne militent pas en faveur de son adhésion.
De la même manière, l'essentiel des sources financières - l'accompagnement des convois de drogues, est aussi en danger. Les Etats de la région, même l'Afghanistan, commencent à s'engager dans la lutte contre la drogue.

Les Ouzbèks en Syrie : une classe défavorisée
La plupart des Jihadistes ouzbèks qui se battent en Syrie, sont essentiellement des ruraux issus d’une classe défavorisée. Ils ne sont pas issus à proprement parler de la société ouzbèke, mais d'avantage le résultat des conditions de vie lamentables des immigrés en Russie.
La montée du nationalisme russe et la politique hostile de la Russie vis-à-vis des immigrés d’Asie centrale, a créé une identité musulmane aussi bien pour les immigrés d'Asie centrale que les citoyens russes musulmans, comme des tchétchènes. Cette identité est une réaction au rejet des musulmans en Russie, en même temps nourrie par l'anti-occidentalisme russe.
Aussi, afin de s'inscrire dans l'Oumma, cette nouvelle identité est d'avantage sensible à un Islam qui rejette les valeurs traditionnelles des sociétés locales.
Les recrutements dans cette nouvelle génération se font via internet, sur les réseaux sociaux russes, comme Odnoklassniki ou encore Vkontakte. On rassemble ensuite les jeunes recrues sur des chantiers en Russie pour gagner suffisamment d'argent pour le trajet jusqu'en Syrie. Ce mode de recrutement est très efficace et presque invisible. Il est en effet difficile de repérer les futurs jihadistes parmi des millions d'ouzbèks immigrés en Russie.
Pour ces raisons les services secrets ouzbèks ont mis en place des interrogatoires non-officiels des migrants ouzbèks retournant de Russie.

L’Islam officiel ouzbèk, plus tolérant, nourrit l’islam radical
Plus laïc et tolérant, et instituant un Islam officiel, l'Etat a créé les marges dans lesquels prospère l'Islam radical. Mais ce qui peut être le plus inquiétant pour le pays, c'est la possibilité d'une déstabilisation par les islamistes, qui pourrait engendrer des conflits socio-économiques et régionalistes, là où des régions entières sont laissées à leur sort et où prospèrent les problèmes sociaux.

Israël

Nouvel incident sécuritaire en Cisjordanie
Un adolescent palestinien a blessé à coups de couteau, mercredi 3 décembre, deux Israéliens dans le supermarché Rami Levi dans la zone industrielle de Mishor Adoumim, dans la colonie de peuplement Maale Adoumim située en Cisjordanie. L’agresseur a lui-même été blessé par balles aux jambes par un agent de sécurité d’un commerce voisin. Aucun des protagonistes n’est sérieusement blessé. L’attaque a eu lieu aux alentours de 16H20, le 3 décembre.
L'assaillant est un Palestinien de 16 ans originaire d'un village proche de Jérusalem, selon la porte-parole de la police, Luba Samri, qui a d'abord qualifié son état de "grave" avant de dire qu'il était en fait modérément touché à la jambe.
Plusieurs Palestiniens ont mené ces dernières semaines des attaques au couteau contre des soldats et des civils israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem.
A noter qu’après la guerre entre Gaza et Israël de l’été dernier, beaucoup de commerces avaient congédié leurs employés arabes. Ce n’était pas le cas du supermarché Rami Levi. Cela n’aurait rien changé, d’ailleurs, car l’agresseur n’était pas un employé du supermarché mais un résident de la localité d’al-Azariya.

Jean René Belliard

 

 

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