02/11/2014

1er et 2 novembre – Revers des rebelles « modérés » en Syrie

Revers des rebelles « modérés » en Syrie
J’avais mentionné, dans la précédente édition du blog sur le Moyen Orient hébergé par la Tribune de Genève que deux organisations de rebelles « modérés » soutenus par les Etats-Unis et la Turquie, livraient bataille aux Jihadistes du Front al-Nosra dans la province d’Edleb. Ces deux organisations est le Front des Révolutionnaires Syriens et le mouvement Hazm.
Aux dernières nouvelles, les combattants du Front des Révolutionnaires Syriens (FRS) ont perdu la bataille après 24 heures de combat dans la province d’Edleb contre les Jihadistes d’al-Nosra, appuyés par des éléments de l’Etat Islamique.
"Le Front al-Nosra est devenu maître de Deir Sinbel, et il contrôle désormais la majorité des localités et villages de la région de Jabal al-Zawiya", selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Il s’est également emparé des armes et des chars du FRS.
Il s’agit d’une très mauvaise nouvelle pour les Etats-Unis, la Turquie et la coalition internationale qui pensaient pouvoir s’appuyer sur ces éléments pour lutter contre les Jihadistes en Syrie. Il serait peut être temps de tirer les leçons de cet échec :
1 – Lorsqu’on prétend vouloir faire la guerre, il vaut mieux éviter les demi-mesures. « Quand on tire, on tire » selon une phrase célèbre du western « le bon, la brute et le méchant ». Et bien quand on arme, on arme ou on s’abstient.
2 – Distinguer entre rebelles « fréquentables » et « non-fréquentables » devient d’autant plus difficile que les buts de l’engagement occidental est confus. S’agit-il de lutter uniquement contre les Jihadistes et de laisser Bachar el-Assad diriger la Syrie à sa guise ? Ou bien, comme on le sait bien, rêve-t-on encore dans les Etats-majors occidentaux de faire d’une pierre deux coups ? Cette confusion a conduit un certain nombre d’hommes du rang du Front des Révolutionnaires Syriens à refuser le combat contre leurs « frères » jihadistes, voire même à les rejoindre dès les premiers coups de feu. Cela à contribué à faire s’écrouler les lignes de défense du Front des Révolutionnaires Syriens. Une observation qui ne devrait pas être négligée par les stratèges occidentaux.
3 – Les Jihadistes de l’Etat Islamique ont prêté main forte aux Jihadistes du Front al-Nosra (al-Qaïda en Syrie) alors que les mêmes hommes se sont affrontés avec férocité en d’autres temps et dans d’autres lieux.
Cette défaite porte un coup sérieux aux efforts des États-Unis de créer et d'entraîner une force modérée entre les jihadistes et les forces du régime de Bachar el-Assad. Washington, on le rappelle, s’efforce de mettre sur pied en Syrie une force rebelle capable de renverser le pouvoir syrien pour instaurer un Etat démocratique et faire échec aux Jihadistes qui, eux, veulent mettre en place un Etat théocratique.
En fait, le seul secteur où les efforts américains ont encore une chance de voir le jour est le sud syrien, à la frontière avec la Jordanie. Mais là encore, les combattants du Front des révolutionnaires syriens ne vont pas représenter un poids suffisant face à l’implantation du Front al-Nosra dans la région et au Front Islamique qui regroupe des Islamistes soutenus par l’Arabie saoudite.

Jean René Belliard

 

11:08 Publié dans Etat Islamique, Etats-Unis, Front al-Nosra, Front des Révolutionnaires Syriens | Lien permanent | Commentaires (3) | | | | |

Commentaires

Tres bonne analyse. Mais une clarification sur ce point:
"Washington, on le rappelle, s’efforce de mettre sur pied en Syrie une force rebelle capable de renverser le pouvoir syrien pour instaurer un Etat démocratique"

John Kerry a concédé très récemment que le but final est de créer une force militaire efficace qui obligerait Bashar Al Assad à un compromis politique. Il ne s'agit plus de "renverser le pouvoir syrien" mais de le rendre plus 'démocratique' en y incluant des membres de l'opposition. Cependant Bashar al Assad a répété, à juste raison, que l'opposition qui tient ses pénates en Turquie ne pourra avoir aucun rôle car elle est la solde des ennemis de la Syrie. Seul l'opposition locale pourrait etre considérée.
Le Chef de l'opposition a déclaré la même chose hier dans As Shark Al Awsat, un journal d'obedience séoudienne, invoquant la demande de l'opposition pour une solution politque et accusant Bashar al Assad de préférer une solution militaire à la négotiation. Il ne mentionne plus la condition de la démission de Bashar al Assad.
Il semble que les E.U deviennent plus réalistes et la chute de Jabal A Zawiya va les obliger à reconsider leur stratégie d'entrainer des rebelles qui semble vouée a l'echec.
Les habitants des villages de Jabal Al Zawiya vont rejoindre les millions de refugiés en Turquie et Erdogan va surement redemander la zone protégée pour éviter de se laisser envahir encore une fois.
Les attaques contre le EI devront inclure maintenant la région d'Edlib. La coalition est de plus en plus acculée à demander la participation de l'AAS comme force sur le terrain, au risque de s'enliser dans une guerre inefficace.
Si Kobani est sauvée, ce sera grace à la participation militaire des kurdes syriens unis. Pour sauver le reste de la Syrie, le AAS est la seule force capable et Bashar al Assad en est le garant. Les E.U tergiversent mais seront bien obligés de céder sous peine d'être humilié par des échec successifs contre le E.I. Jabal Al Zawiya en est un premier exemple.

Écrit par : virgile | 02/11/2014

Washington n a aucun souci à faire si Al Nosra a repris les choses en main ou pas au Nord de la Syrie ou que les rebelles "modérés" ont subi un revers ou pas ni que l EIIL ait continué ou pas son avancée. Ceux sont, comme toujours, les civils innocents et les infrastructures vitales qui sont détruites et qui assuraient auparavant une vie sereine aux populations . C est du tout bénéf !!

Les USA et son suiveur (follower) la France s en fichent comme de l an quarante du terrorisme, ceux ne sont que leurs propres intérêts géo-stratégiques qui comptent.

150 guerres faites par les USA depuis sa création il y a 250 ans (=une guerre chaque 1 année et demie), il y a 27 redoutables bases militaires américaines extra muros des EUA qui font la pluie, la grêle et la mort et non pas pour faire jojo!!

La France est allée au Mali éradiquer les Djihadistes, les mêmes à qui elle avait déjà livré auparavant des armes lourdes aux "Anti-Khaddafi" en Libye. Il faudrait que la France et l Etat-Fabuis mettent un peu de l ordre dans sa politique "étrange" en Afrique et au proche orient. La France est allée au centrafrique , entre autres et principalement pour reprendre du terrain perdu de la Francafrique devant la progression à pas géants de l Indo-Chino-Afrique (Intérêts Géo-startégiques et rien d autres, et le reste c est du décor..)On dirait que ça les arrange ce terrorisme ! De surcroît et c est un fait, on dirait surtout qu on a l impression qu à chaque fois que les USA et la France disent vouloir lutter contre le terrorisme, ce dernier flambe, progresse et se répand encore plus...

Si des pays comme l Irak et la Libye ( en passant, ils sont deux producteurs de 30% des réserves mondiales de pétrole, ça vaut le coup, suivez mon regard) les intéressent exclusivement pour leurs pétroles et rien d autres, ils inventeront pour le décor les fioles, à la Collin Powell, d armes de destruction massive ADM.
De même, pour le décor macabre de l EIIL, la guerre fratricide de Chiites et sunnites qui ne sont que des foutaises, du décor... . L Irak et la Libye sont deux pays qui sont devenus un no man s land, un Etat sans Etat et sans capitale,
pour la plus grande satisfaction des USA et la France.
la Syrie est en voie de le devenir ...

On verra bien si mon texto ne serait pas retenue à la Douane, il y a des fortes mal-chances que oui à ma plus grande insatisfaction mais la vie est ainsi...

Écrit par : Natacha | 02/11/2014

Le but des Américains. Lorsqu'ils ont commencé à sélectionner et former des rebelles syriens en Jordanie, avec l'aide de GID, était bien de venir à bout de Bachar al- Assad pour le remplacer par une personnalité politique consensuelle. Inutile de dire que ce projet était peut être réalisable en 2011. Il est aujourd'hui une chimère.

Écrit par : Belliard | 02/11/2014

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