30/10/2014

Les Tchétchènes du califat islamique

Les brigades tchétchènes en Syrie
C’est en Syrie que sont apparues les premières brigades jihadistes tchétchènes. Ils composaient les éléments de la brigade Jeich al-Mouhajirin et Ansar (« Armée des immigrants », en allusion aux premiers musulmans contemporains du prophète Mohammad et qui ont quitté la Mecque vers Médine sous la pression de leurs adversaires). La brigade était commandée par un certain Mohammad le Tchétchène. Il aurait succombé au cours d’un pilonnage de sa position par l’Armée Arabe Syrienne (AAS) à Alep. Il aurait été remplacé par Abou Asma le Daghestanais.
Trois autres chefs Tchétchène ont été repérés à l’occasion de combats dans la province de Lattaqié : Ces trois chefs tchétchènes sont Abou Moussa le tchétchène, qui commande les « Brigades des Ansar ach-Cham », Abou al-Walid le tchétchène qui est le prince des «Jounoud ach-Cham », et Abou Tourab le tchétchène, son adjoint.
Abou Moussa et Abou al-Walid sont des vétérans des combats contre les russes dans les années 90 du siècle dernier.

Vidéo (en langue russe) de Jeich al-Mouhajirin et Ansar mise en ligne le 10 février 2014. La vidéo montre les membres de cette brigade à l’offensive dans la région d’Alep :
http://www.liveleak.com/ll_embed?f=afa7788f59f8

Les Tchétchènes sont le fer de lance de l’Etat Islamique
Lorsque l’organisation de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL ou Daech en arabe) est apparue sur le théâtre syrien – après avoir combattu  pendant de nombreuses années sous la bannière d’al-Qaïda en Irak – les Tchétchènes de la brigade al-Moujahirin et Ansar ont aussitôt fait allégeance à cette organisation jihadiste nouvelle sur le théâtre syrien. Très vite, grâce à leur expérience obtenue par des années de combats contre les armées russe et américaine en Tchétchénie, en Afghanistan et en Irak, grâce à leur professionnalisme, les Tchétchènes sont très vite devenus le fer de lance des offensives de l’EI en Syrie ou en Irak.

Les Tchétchènes accusés d’atrocités
Les Tchétchènes multiplient les crimes et les violations des droits de l’homme, selon des enquêteurs des Nations unies. « Dans le nord de la Syrie, il y a eu une augmentation des crimes et des violations des droits de l’homme commis par des groupes extrémistes armés antigouvernementaux qui opèrent aux côtés de combattants étrangers », a déclaré Paulo Pinheiro, qui dirige l’équipe de l’ONU, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. « Des brigades entières (de la rébellion) sont aujourd’hui formées de combattants qui sont venus en Syrie, al-Mouhajirin et Ansar étant l’une des plus actives », a-t-il ajouté. Ces accusations ne sont pas nouvelles. Elles datent de septembre 2013.
Depuis l'été 2014 et l’offensive des Jihadistes de l’Etat Islamique en Irak, de nombreux témoignages accusent les tchétchènes de Jeich al-Mouhajirin et Ansar d’être impliqués dans des massacres, des enlèvements et d’autres exactions.
Une vidéo intitulée « Novosti Halifata » (« Nouvelle du califat » en langue russe) montre un groupe de Tchétchènes de l'État islamique massacrer entre 160 et 250 soldats de l’AAS après la capture de la base aérienne de Tabqa dans la province de Raqqa, en juillet 2014.

Abou Omar le Tchétchène
Un homme s’est fait largement filmé et photographié pour apparaître dans les médias du monde entier  Abou Omar le Tchétchène et sa légendaire énorme barbe rousse :

ABou_Omar_syrie.jpg

 

Abou Omar al-Shihani (le Tchétchène) - au centre avec sa barbe rousse
 

 

 

 

 

 

 

On ne connaissait pas grand-chose sur cet homme. Mais l’édition électronique du journal américain Daily Beast vient de donner des renseignements sur ce Jihadiste et certaines révélations sont surprenantes.
Les journalistes se sont rendus en Georgie et en Tchétchénie pour mener leur enquête.
Première révélation : Le vrai nom d’Abou Omar est Tarkhan Batirachvelli. Il serait âgé de 27 ans. Son père, Temour Barirachvelli est un géorgien chrétien qui vit dans une extrême pauvreté dans le village géorgien de Birkiani.  C’est la mère d’Abou Omar qui est musulmane.

Un ancien des Spetsnaz géorgiens
Le père aurait révélé que Tarkhan avait travaillé un certain temps avec les unités d’élite des services de renseignement géorgiens, les Spetsnaz. Il avait surtout travaillé au service des opérations spéciales du ministère de l’intérieur géorgien, connu sous l’appellation KUD (ou Kudi). Ce service, officiellement appelé le département de la sécurité constitutionnelle, est surtout connu pour ses méthodes brutales. Les affirmations du père selon lesquelles Tarkhan, et son frère Tamaz, auraient travaillé pour les services de renseignement géorgiens ont été confirmées  par un responsable militaire géorgien sous couvert de l’anonymat. Il les aurait quittés après avoir contracté la tuberculose.
selon le Daily Beast, c’est après s’être enrôlé en 2006 dans l’armée géorgienne que Tarkhan aurait rejoint les rangs des Spetsnaz qui venaient d’être créés. Pendant la guerre de 2008 entre la Russie et la Géorgie, il aurait eu pour mission d’espionner les mouvements des chars russes.
Tarkhan a épousé Seda Dudurkaeva, qui se fait appeler Aïcha. Elle est la fille d’Asu Dudurkaev, un ancien ministre démis de ses fonctions pour des raisons sécuritaires par le président Ramzan Kadyrov, proche du président russe Valdimir Poutine. Seda était l’épouse d’un autre jihadiste tchétchène, Hamzat Borchashvili, alias Abou Abdallah qui a été tué lors de combats. 

Seda_Hamza_Tarkhan.jpg
  Seda Dudurkaeva, alias  Aïcha et Hamzat Borchashvili derrière. Abou Omar à gauche

 

 

 

 

 

 

 

Le vrai chef des Jihadistes tchétchènes est Tamaz Barirachvelli
Le véritable chef de la brigade tchétchène de l’Etat Islamique ne serait pas Tarkhan mais son frère Tamaz. C’est tout au moins ce qu’a révélé le père Batirachvelli aux journalistes de Daily Beast. Tamaz a combattu en Tchétchénie. Le père a expliqué que Tamaz avait participé aux combats des séparatistes tchétchènes contre l’armée russe dans les années 90 du siècle dernier. C’est lui qui a pris la décision d’emmener toute sa famille en Syrie lors de l’éclatement de la guerre civile. « C’est lui le cerveau de tous les éléments tchétchènes qui ont rejoint les rangs de Daesh en Irak et en Syrie. Il ne porte jamais de treillis militaire dans ses déplacements », a-t-il confié.

Abou Omar sert de leurre à Tamaz, le véritable chef des Tchétchènes
Il y avait quelque chose d’irréel dans les apparitions d’Abou Omar sur les vidéos tchétchènes – je ne sais quoi de manque de sérieux, de juvénile dans ses propos. L’intuition ne m’avait pas trompé. Le journal Daily Beast a confirmé que le trop visible  jihadiste à la barbe rousse, l'un des terroristes les plus recherchés de la planète, pourrait bien être un leurre pour son frère aîné, le cerveau derrière les agents tchétchènes qui exécutent les offensives de Daesh en Syrie et en Irak ».
Cela explique pourquoi, explique le journal américain, contrairement aux autres hauts commandants de Daesh, Tarkhan se laisse photographier. Ils créent l'illusion qu'il est la "tête du serpent,  alors que le véritable architecte de l'opération de l’Etat Islamique en Syrie est Tamaz Batirashvili qui, lui, reste dans l'ombre ». Cela serait d’autant plus facile que les deux hommes se ressemblent beaucoup, selon le père.

Tamaz, un Jihadiste au service des Georgiens contre les Russes ?
Les qualités de Tamaz Batirashvili, l'aîné des deux Tchétchènes, ont également été confirmées par un ancien responsable militaire géorgien. « Il y avait des hommes beaucoup plus professionnels et expérimentés dans le groupe de la vallée de Pankisi qui ont travaillé avec l'agence d'espionnage géorgienne. "Tarkhan était le seul novice», explique le militaire. "Nous ne l’avons recruté que parce que nous étions intéressés par son frère, Tamaz et ses compagnons, qui étaient «des vrais loups, des soldats expérimentés, et d’anciens combattants des guerres de Tchétchénie.», écrit le journal qui ajoute que la Géorgie pourrait avoir voulu recruter ces jihadistes pour faire face aux troupes russes.

Jean René Belliard

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