02/10/2014

Une guerre de longue durée qui coûtera cher en $, en sang et en larmes

La campagne de bombardements aériens coûte une fortune
La campagne de frappes aériennes coûte une fortune, des millions de dollars s’évaporent en tomahawks, en missiles à guidage laser, et en missions de bombardement, pour un résultat incertain. Comme il n’y a pas de troupes au sol pour occuper le terrain, il faudra sans cesse recommencer contre un ennemi qui a déjà appris à se protéger.

Une opinion occidentale volatile
Pour l’instant, il y a un consensus, une union nationale à l’intérieur de chaque pays engagé dans la coalition internationale contre le califat islamique pour soutenir la décision prise par chacun des gouvernements. Mais qu’en sera-t-il si des attentats sanglants frappent les populations ? Et la question n’est pas de savoir si de tels attentats vont avoir lieu mais quand et où.  Et quand on voit le manque de moyens des Etats pour repérer et mettre hors d’état de nuire les jihadistes potentiels, il y a de quoi s’inquiéter. Il faut savoir qu’il est nécessaire de mettre sur le terrain une trentaine d’agents des services de sécurité pour neutraliser un Jihadiste, en moyenne bien sûr. Les mesures de sécurité qui sont mises en place aujourd’hui ont également un coût alors que beaucoup de pays cherchent actuellement à maîtriser leurs déficits et à réduire le nombre des fonctionnaires.

Une coalition hétérogène et aux objectifs divers
Les objectifs stratégiques poursuivis par les Américains et leurs nombreux alliés, arabes ou occidentaux, sont extrêmement variés. Certains pays veulent bien s’engager en Irak mais pas en Syrie. D’autres acceptent de frapper en Syrie mais exigent de bombarder aussi bien des objectifs appartenant à l’Etat Islamique que ceux du régime de Bachar el-Assad. Il y a enfin la position turque qui émet des messages flous. Elle se dit prête à rejoindre la coalition mais exige un zone tampon entre le Kurdistan syrien (pourtant allié objectif de la coalition) et la frontière turque. Elle parle d’une responsabilité en tant qu’ancien empire ottoman…et laisse passer des Jihadistes en grand nombre à travers son territoire.

L’ennemi islamique s’est déjà adapté
L’état islamique ou Daesh (son nom en arabe) est toujours maitre de la situation. Il s’est adapté à la nouvelle donne avec une rapidité-éclair. Et même si les bombardements lui ont coûté la perte de 200 combattants environ, cela a été largement compensé par les ralliements et l’arrivée de nouveaux Jihadistes en provenance de pays étrangers. De nombreux  jihadistes d’Al-Nosra, par exemple, qui avaient pourtant fait le coup de feu contre l’Etat islamique depuis janvier 2014, ont rallié le califat après que la coalition internationale ait frappé les positions d’al-Nosra dès le début de leur intervention en Syrie. 

Le haut commandement du califat islamique a une expérience de ce type de guerre
Le haut commandement militaire du califat islamique compte parmi ses membres de nombreux anciens officiers de l’armée de Saddam Hussein. Beaucoup d’entre eux ont déjà affronté l’armée américaine et ses avions pendant la guerre d’Irak (entre 2003 et le départ des derniers soldats US en 2011).
Ils connaissent les mesures à adopter pour éviter que la troupe ne soit durement frappée, et pour continuer en même temps de gagner du terrain.
Ils ont donné les ordres et ceux-ci sont suivis à la lettre par des combattants disciplinés. Car les Jihadistes de l’Etat Islamique sont en général de bons combattants sur le plan technique. Ils sont disciplinés et ne craignent pas la mort. Bien au contraire, certains d’entre eux semblent rechercher le martyre, la shahada, comme ils disent.  Ils savent manier les armes lourdes, les tanks, les véhicules blindés  qu’ils ont récupérés lorsque l’armée irakienne a fui leur avancée.
Le califat islamique peut compter sur des « artificiers » extrêmement pointus, capables d’organiser des engins piégés avec trois fois rien. Un engin explosif, une télécommande, des retardateurs de fortune. Les combattants kurdes ont fait l’amère expérience de l’efficacité de leurs engins explosifs et ont toutes les peines du monde à « nettoyer » les zones conquises.

Leur objectif : allonger les lignes de front pour rendre les frappes plus difficiles
L’objectif actuel de Daesh est d’allonger la ligne de front pour rendre encore plus complexe  la tache de leurs adversaires. C’est pour cela que des instructions très strictes ont été données aux combattants sur le terrain pour rester en vie, éviter de s’exposer inutilement aux frappes aériennes et conserver leur capacité offensive. Il semble que les instructions soient parfaitement respectées quand on voit que, malgré les frappes aériennes autour de Kobane, les Jihadistes encerclent toujours la localité. On sait que si les Jihadistes parviennent à s’en emparer, ils contrôleraient alors un immense territoire s’étendant de la province syrienne de Raqqa jusqu’à Mossoul en Irak, ce qui allongerait considérablement les lignes de front.

Des techniques de forces spéciales
Les Jihadistes ne circulent plus, comme ils le faisaient auparavant, en longues colonnes de véhicules se suivant en plein jour, drapeau noir claquant au vent. Fini le temps de la parade en masse. Les déplacements se font désormais par petits groupes, parfois, juste une ou deux voitures, qui peuvent emprunter des itinéraires différents pour ensuite se retrouver en bloc et poursuivre leurs assauts sur des zones qu’ils considèrent comme stratégiques. Les gros 4X4 ou pick-up sont souvent délaissés au profit de motos.
Les bases ont été abandonnées et piégées. Ils en ont construit d’autres ailleurs, plus petites, mieux protégées et mieux camouflées. Ils ont appris à se cacher, à dissimuler leurs armes lourdes.
Ils se cachent désormais au sein des populations civiles, suivant en cela la tactique de la guérilla urbaine. Ils réquisitionnent des maisons qui leur servent d’abris et en changent régulièrement. Parfois ils laissent volontairement des drapeaux sur des maisons abandonnées, et vides, pour tromper les moyens de reconnaissance aérienne de la coalition. Ils poussent le vice jusqu’à laisser ces mêmes drapeaux et d’autres signes de présence dans des zones civiles densément peuplées. Leur objectif est de provoquer une bavure pour dresser les populations locales contre la coalition internationale.
Pour échapper aux systèmes sophistiqués d’interception ou de détection de la coalition, les téléphones portables sont utilisés au minimum. Ils ne sont ouverts que de courts instants, le temps d’échanger des informations essentielles. Le reste du temps, les téléphones sont coupés, débranchés, et leur batterie est enlevée.  ils n’hésitent pas à changer régulièrement de portables, à prendre ceux d’habitants qui n’ont d’autre choix que de les leur donner. Ils les utilisent parfois une seule fois puis les jettent. Ils peuvent en changer plusieurs fois par jour.
Ils disposent aussi d’un service de renseignement très efficace, grâce à leurs nombreux partisans qui les renseignent sur  les concertations de troupes irakiennes.
Il y a enfin l’utilisation de la vidéo pour inspirer la terreur. Ils mettent en ligne les nombreuses décapitations qu’ils infligent à leurs ennemis. La tribu Chaitat, par exemple, implantée dans la province de Deir ez-Zhor en Syrie, s’était soulevée contre l’Etat Islamique. Les Jihadistes ont mis en ligne une vidéo montrant des centaines de têtes des membres de la tribu. Ils en auraient décapité 700. La rébellion a été réprimée dans le sang et même encore aujourd’hui, si un membre de la tribu Chaitat se présente à un barrage de l’EI, il risque fort de subir le même sort.
Les Jihadistes de l’Etat islamique disposent enfin d’un grand nombre d’otages. Ils seraient au nombre de 300 et leur sort n’est guère enviable, même si ils peuvent, dans certains cas, être libérés en secret contre le versement de rançons considérables.

Et pour conclure, une vidéo intéressante expliquant ce qu’est l’Etat Islamique (en anglais)
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&...

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

Commentaires

"Les Jihadistes ont mis en ligne une vidéo montrant des centaines de têtes des membres de la tribu. Ils en auraient décapité 700."

Rien d'étonnant. Cette pratique a été inaugurée par l'imposteur. Premières victimes: les juifs, purification religieuse.

Et après on voudrait que reviennent tranquillement dans nos pays ceux qui seront partis combattre là-bas et qui sont devenus des bêtes sanguinaires? Comme au Danemark où ils sont chouchoutés...

Monsieur Belliard, un très grand merci pour les informations que vous nous faites parvenir. Du grand journalisme comme on voudrait en voir plus souvent. En grand observateur. Avant tout factuel.

Écrit par : Johann | 02/10/2014

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