30/09/2014

Le PKK kurde menace de reprendre la guerre en Turquie

Le 24 septembre, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a publié une déclaration très critique de la Turquie. Il a déclaré que la décision du parti au pouvoir, le Parti de la Justice et du Développement (AKP), avait mis un terme aux conditions d'un accord de cessez-le-feu observé depuis 18 mois entre le PKK et l'armée turque. Il ajoutait qu’en réponse à la «guerre de l'AKP contre notre peuple, notre conseil de direction a décidé d'intensifier sa lutte dans tous les domaines et par tous les moyens possibles."
La menace du PKK avait déjà été proférée, le 21 septembre, à un journaliste d’al-Monitor par Cemil Bayik, le commandant militaire de l’organisation kurde.
La rupture de la trêve entre le pouvoir turque et le PKK ne manquerait pas d’avoir de très graves conséquences pour la Turquie, les Kurdes et le déroulement des opérations militaires entreprises par la coalition internationale contre le califat islamique.


Les Turcs veulent une zone tampon
Les raisons de ce soudain revirement sont dues à la suspicion de la part de nombreux Kurdes que la Turquie soutient en sous-main les Jihadistes de Daesh dans le but de repousser les Kurdes syriens des zones frontières de la Turquie afin d’aménager une zone tampon entre la Turquie et les zones autonomes kurdes en émergence en Irak et en Syrie. Le gouvernement d’Ankara veut couper les voies d’approvisionnement possibles entre le PKK et ses frères kurdes syriens ou irakiens. Il y a longtemps, d’ailleurs, que les Turcs rêvent de créer une telle zone tampon. L’autre objectif turc, selon Cemil Bayik, est d’empêcher les Kurdes en Rojava [la région des kurdes syriens à l'ouest du Kurdistan] d’acquérir un statut d’autonomie reconnu par la communauté internationale.

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Cemil Bayik, commandant militaire du PKK

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La bataille de Kobane – une collusion entre Turcs et Jihadistes de l’EI
Pour Cemil Bayik, les Turcs veulent la chute de Kobane, la troisième ville du Kurdistan syrien. Et c’est pour faciliter l’offensive des Jihadistes qu’ils ont déployé des forces armées à la frontière avec pour mission d’empêcher le renfort de membres du PKK dans la bataille contre Daesh.
Pour Ankara, la chute de la ville kurde n’est qu’une affaire de quelques jours. Les Jihadistes utilisent des armes modernes, comme des chars américains, qu’ils ont saisis à Mossoul et face auxquels les armes des Kurdes ne font pas le poids. Par ailleurs, les Kurdes savent se battre dans les régions montagneuses, mais la bataille autour de Kobane se déroule dans des plaines à découvert, ce qui est moins évident pour eux. 
C’est parce qu’il s’attend à la chute prochaine de Kobane que le gouvernement turc affirme aujourd’hui avoir changé d’avis en ce qui concerne la coalition internationale contre Daesh et décidé de la rejoindre.
Ce revirement est le prélude à une nouvelle exigence d’Ankara, celle de  demander à la communauté internationale l’établissement d’une zone tampon pour  sa propre sécurité en se prétextant menacé par le califat islamique.
Pour Cemil Bayik, le revirement turc est de la poudre aux yeux. Il  affirme que la Turquie a aidé les Jihadistes de Daesh. Il prétend qu’un témoin a vu, deux jours avant le début de l’offensive contre Kobane, un train turc arrêté dans la localité frontière de Tall al-Abiad contrôlé par le califat. Les Jihadistes ont déchargé de ce train de grandes quantités d’armes et de munitions. Notons que c’est au cours de cette même période que la crise des otages turcs détenus à Mossoul par l’EI a été résolue. Cemil Bayik ajoute qu’à son avis, le fait que les Turcs aient ouvert la frontière de Mursitpinar au moment même où Daesh tirait des roquettes Katioucha sur les localités kurdes proches de la frontière, faisait partie du même plan, à savoir de vider la région kurde frontalière avec la Turquie de ses habitants. C’est aussi l’objectif du califat qui désire créer une continuité territoriale entre les zones qu'il contrôle en Syrie avec celles d’Irak. Pour Bayik, il y a donc une collusion entre Turcs et le califat islamique.

Les services de renseignement turcs à la manœuvre
Les services secrets turcs sont très actifs, naturellement, pour tenter d’isoler le PKK. Hakan Fidan, le chef des services de renseignement turcs, le MIT, a rencontré, la semaine dernière, des représentants du PDK, le Parti démocratique du Kurdistan (Irak) de Massoud Barzani et du PYD, l’Union démocratique kurde (Syrie), proche du PKK turc. Le chef des services de renseignement turcs aurait proposé de l’argent et des armes, mais il ne semble pas qu’il ait réussi à créer des dissensions entre les différents partis kurdes. Il est vrai que ces partis étaient opposés, il n’y a pas si longtemps. Mais les Kurdes sentent qu’ils bénéficient d’un moment historique pour acquérir leur indépendance et ils ne veulent pas le gâcher par des dissensions, surtout que la menace jihadiste les pousse à faire l’union sacrée. Les dissensions entre Kurdes ne sont pas oubliées mais elles seront remises à plus tard. 

La Turquie se préparerait à reprendre sa guerre contre le PKK
Pour Cemil Bayik, la Turquie se préparerait à reprendre une guerre qui dure depuis plus de 40 ans et qui a coûté la vie à des milliers de personnes, combattants kurdes, soldats turcs et civils. Il semble que les miliciens anti-PKK, des Kurdes payés par l’Etat, notamment ceux du Hezbollah turc, aient accru leur présence dans les localités turques. Et l’armée est en train de construire des positions et d’aménager des voies d’approvisionnement.

Le PKK revendique deux attaques contre les forces de l'ordre en Turquie
Les combattants kurdes du PKK affirment avoir tendu une embuscade meurtrière dans le sud-est de la Turquie (Nord-Kurdistan).
Selon un gouverneur local, cinq policiers ont été conduits à l'hôpital et trois sont décédés de leurs blessures.
L’attaque a été revendiquée samedi 27 septembre par des militants armés kurdes en dépit d'un cessez-le-feu en vigueur.
L'agence de nouvelles Dogan a confirmé que la police de la circulation sur l'autoroute entre les villes de Diyarbakir et Bitlis a été attaquée avec des grenades et des RPG  dans la soirée du vendredi 26 septembre.
Une autre équipe de la police a aussitôt été envoyée en renfort mais leur véhicule aurait eu un accident et s’est renversé. C'est tout au moins ce qu'affirme la police turque.
La chaîne de télévision NTV a montré les funérailles des trois policiers décédés à Bitlis, leurs cercueils drapés dans le drapeau turc.
Aucune information n’a été donnée sur l’identité des assaillants par les services de sécurité turcs, mais cet incident s’inscrit alors que la tension ne cesse de croître entre le gouvernement et le PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan.  
Mais le PKK a ensuite revendiqué l’attaque contre la police, affirmant qu’il s’agissait d’un avertissement à destination du gouvernement turc.
Le PKK a indiqué qu’une autre attaque avait eu lieu à l’extérieur de Diyarbakir, qui aurait coûté la vie à un autre policier turc. Mais cet incident n’a pas été rapporté par les medias turcs.  .
Si la revendication de ces attaques est confirmée, ce serait alors une violation grave du cessez le feu entre le PKK et les autorités turques qui a globalement été respecté depuis Mars 2013 en dépit de l’interruption des pourparlers de paix.
Plusieurs factions militantes kurdes ont averti que le conflit pourrait éclater à nouveau si le gouvernement ne donnait pas une feuille de route convaincante pour le processus de paix d'ici la fin du mois.
Le PKK et de nombreux Kurdes turcs sont en colère contre la politique turque sur la Syrie. Ils accusent le pouvoir turc d’aider les Jihadistes de l’Etat Islamique qui avancent sur la ville kurde d’Aïn el-Arab (Kobane en kurde).
Quelques 160 000 réfugiés, principalement kurdes ont fui à travers la frontière vers la Turquie, mais Ankara a montré sa mauvaise humeur envers les rebelles kurdes, la semaine dernière, en les empêchant de franchir la frontière syrienne pour combattre les islamistes.
Le Parti Justice et Développement au pouvoir a insisté sur le fait qu'il restait déterminé à mettre fin à l'insurrection kurde en Turquie, un conflit qui a coûté la vie à 40 000 personnes au cours des trois dernières décennies.
«Nous avons atteint un point très important dans le processus de paix et je connais sa valeur», a déclaré le vice-premier ministre turc, Yalcin Akdogan, samedi 27 septembre à la chaîne de télévision CNN-Turk.
"Déchirer ce processus de paix ou proférer des menaces ne nous mènera nulle part et va tout simplement créer des problèmes. Asseyons-nous et parlons", a-t-il ajouté.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)


 

10:43 Publié dans Aïn el-Arab (Kobane), Kurdistan, PKK, Syrie, Tall al-Abyad, Turquie | Lien permanent | Commentaires (4) | | | | |

Commentaires

Bien entendu les belles consciences universelles à la Kouchner crieront au génocide si les Turcs se défendent contre les Kurdes du PKK et peut-être nouvellement ceux du criminel de guerre Massoud Barzani.
Si l'on veut la paix dans cette région il faudra se résoudre à ne jamais laisser s'établir un "Grand Kurdistan".
Mais l'on est pas sur la bonne voie en fournissant des armes aux Kurdes.

Écrit par : F.H.Jolivet | 30/09/2014

"Mais l'on est pas sur la bonne voie en fournissant des armes aux Kurdes."

Vous seriez donc pour l'islamiste Erdogan? qui soutient les Jihadistes de l’EI? Où est la vôtre de conscience? Sinon dans la voie de l'inconscience!

Écrit par : Patoucha | 30/09/2014

Erdogan soutient l'EI pour mieux contrecarrer les plans des Kurdes qui rêvent d'un Grand Kurdistan ce qui plairait fort aux compagnies pétrolières américaines.
Ne mélanger pas religion avec politique et surtout politique économique.

Écrit par : F.H.Jolivet | 30/09/2014

Le jeu devient plus difficile pour Erdogan qui prouve encore un fois son incompétence dans toute sa politique extérieure.
Il a essayé de faire la paix avec le Kurdes et le fameux "zero problèmes" avec les voisins dans le but de réduire l'influence de l'armée turque à un mininum. Il reste obsédé par la peur de coups d'état militaires.
Malheureusement son succès économique lui est monté à la tête et son prosélytisme Islamiste a réveillé en lui et Sacho Pansa (Davutoglu) le rêve des moulins Ottomans.
Ses crises hystériques envers Bashar Al Assad, ses insultes et ses critiques des USA sont autant de signes montrant sa confusion et sa colère presque enfantine à ne pas avoir ce qu'il croit lui être du.
Voila maintenant que son plan naif s'effondre. Il est maintenant poussé à déployer une armée de combat envers les mêmes guerriers islamistes qu'il a aidés et encouragés.
Il essaye de se défiler en invoquant la nécessité d'une zone protégée en Syrie mais la chanson est déja bien connue et les E.U font la sourde oreille. Le message des E.U est clair: Il est temps de cesser de menacer, de prouver que la Turquie n'est pas un complice de ISIS en montrant ses capacités militaires. Cependant Erdogan et Davutoglu sont loin d'être des chefs de guerre. Ils devront se fier aux généraux de l'armée dont ils se méfient. Et ils devront dire aurevoir à la suite du developpement économique qui a été le cheval de bataille du AKP pendant 10 ans. Déja les touristes hésitent à aller en Turquie et les investisseurs sont de moins en moins rassurés.
Tout ceci ressemble à une toile d'araignée dont la Syrie n'est pas totalement étrangère. Je doute que Erdogan soit assez bien positionné pour ne pas avoir à payer un gros prix pour ses mauvais calculs.

Écrit par : virgile | 01/10/2014

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