31/08/2014

Les jihadistes de l’Etat Islamique ont mis la main sur des missiles sophistiqués

Les Jihadistes disposent de missiles AA SA-24 « Grinch » russes
La capture de la base aérienne de Tabqa dans la province de Raqqa, désormais entièrement sous contrôle des Jihadistes de l’EI, a permis à ceux-ci de mettre la main sur des armes sophistiquées, comme des missiles sol-air SA-24 « Grinch ». Les analystes militaires du Pentagone ont pris cette information extrêmement au sérieux car si les Jihadistes réussissent à transférer ces armements en Irak, ils risquent de mettre en péril les équipages des avions de combat et des hélicoptères américains en mission contre les fondamentalistes musulmans.
Le SA-24 (baptisé игла, « igla » – « aiguille » en français) est en service dans l’armée russe depuis 2004. Il avait été fourni à l’armée syrienne par la Russie. Ce missile est très efficace et représente un danger pour les avions de combat modernes.

Les SA-24 s’ajoutent aux grandes quantités d’armes américaines saisies en Irak
L’EI avait également mis la main sur des stocks importants d’armes américaines performantes, parmi lesquelles de l'artillerie, des véhicules blindés et même quelques chars M1A1 Abrams, qu’il avait récupérés de l’armée irakienne en déroute.
Mais, jusqu'à présent, les armes de défense anti-aérienne qu’ils avaient récupérées étaient assez âgées. Mais la situation a changé depuis leur prise de la base aérienne de Tabka et il faudra désormais tenir compte de cette nouvelle donne pour planifier des attaques aériennes, que ce soit en Irak ou en Syrie, sachant que la décision d’étendre les frappes aériennes en Syrie n’a pas encore été prise par l’administration américaine. 

Les Jihadistes avaient reçu de grandes quantités d’armes
La grande majorité des MANPADS en vente sur le marché noir est originaire de Russie et d’Europe de l’est. Les rebelles ont reçu des armes financées par l’Arabie saoudite et les Emirats du Golfe arabo-persique dès la fin de 2012. On estime qu’ils ont reçu à cette époque pas moins de 3000 tonnes de stocks d’armes de pays de l’ancien Pacte de Varsovie. Ces armes ont été fournies principalement par la Croatie et sont arrivées en Syrie via la Jordanie, ce qui laisse spposer que le « deal » était approuvé par l’administration américaine. Les achats ont été financés par les Saoudiens. Mais il n’y avait pas encore de missiles anti-aériens sophistiqués parmi ces armes.
Les Qataris ont été les premiers à fournir des missiles anti-aériens. Ils n’ont cessé que sur l’insistance des Américains.
Toutefois, il semblerait que les Saoudiens aient aussi fourni des MANPADS chinois à des groupes de rebelles à l’exception de l’EI.  Un hélicoptère syrien a d’ailleurs été abattu par un missile FN-6 sans qu’on sache avec certitude comment il était arrivé entre les mains de la rébellion.

Les armes de défense anti-aérienne de l’EI
Les Jihadistes de l’EI ont à disposition des canons anti-aériens polonais et bulgares datant de l’époque soviétique, des ZU23-2 et ZU23-4, des missiles anti-aériens efficaces seulement contre des aéronefs volant à basse altitude. Ils disposent également de MANPADS FIM92 Stinger (système de défense aérienne portatif). Ils ont également à disposition des mitrailleuses lourdes anti-aériennes GSHK efficaces contre les hélicoptères mais totalement inefficaces contre les avions de combat volant à haute altitude.  Ce n’est pas le cas des missiles chinois MANPADS FN-6 qui peuvent frapper des cibles volant à 11 000 pieds ou des MANPADS SA-16 « Gimlet » qui peuvent atteindre 16 000 pieds et qui avaient été fournis en grande quantité à l’armée de Bachar el-Assad et dont de nombreux exemplaires sont tombés entre les mains des Jihadistes. "Le nombre exact de missiles sol-air entre les mains des Jihadistes de l’EI varie entre 250 et 400, selon les experts. Mais ce chiffre pourrait être beaucoup plus élevé car l’armée syrienne disposait d’environ 20.000 unités de MANPAD avant le début de la révolution en 2011. Or, de nombreux dépôts d'armes ont changé de mains au cours des combats qui ont suivi.
Le Front al-Nosra, la branche d’al-Qaïda en Syrie, dispose de son propre stock de MANPADS.

Jusqu’ici, les aéronefs abattus par la rébellion syrienne étaient principalement des hélicoptères
La plupart des aéronefs abattus par les rebelles en Syrie était des hélicoptères de combat, même si les avions de combat ont également été pris pour cibles. Et si peu d’avions ont été abattus, beaucoup, par contre, ont été « verrouillés » par les batteries de missiles de la rébellion.

SA-24
Le SA-24 est un équipement encore plus sophistiqué et très efficace. Les spécifications indiquent qu'il est «conçu pour être utilisé contre des cibles visibles, comme des avions tactiques, des hélicoptères, des drones, des missiles de croisière, et qu’il peut déjouer les contre-mesures.  Il bénéficie d’une grande portée et est capable d'engager des cibles de nuit.

Voler au-dessus de la Syrie sera dangereux pour l’US Air Force
L’utilisation par les Jihadistes de l’EI de systèmes de défense anti-aérienne sophistiqués comme les SA-24, SA-16 et FN-6 rendra le survol de la Syrie beaucoup plus dangereux que celui de l’Irak. Bien sûr, les batteries ont une durée de vie très limitée et sans les piles elles ne sont pas d’une grande utilité. Mais les rebelles syriens ont déjà utilisé des batteries improvisées très efficaces.
Ces systèmes de défense anti-aérienne très sophistiqués (et peut être d’autres fournis par la Russie encore plus efficaces) représenteront un danger très grave pour les avions de combat américains si ceux-ci reçoivent l’ordre d’attaquer l’Etat Islamique en Syrie.  Les stratèges du Pentagone savent que le président Obama ne pourra laisser l’EI se développer au Moyen Orient. Ils savent qu’ils recevront tôt ou tard l’ordre d’attaquer. C’est pourquoi ils planchent actuellement pour trouver le terrain et la tactique les mieux adaptés pour attaquer les Jihadistes avec le minimum de danger pour l’armée de l’air américaine.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

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