24/08/2014

Des temps difficiles pour les autorités officielles libyennes

Lutte à mort entre musulmans modérés et fondamentalistes
Le Parlement libyen, élu le 25 juin 2014 et dominé par les musulmans « libéraux » a remplacé le Congrès National Général (CGN) dominé par les Islamistes. Mais ces derniers n’ont pas l’intention de se laisser écarter du pouvoir. Ils ont retiré leur confiance au Parlement et au gouvernement provisoire et demandé au CGN de reprendre ses activités, ce qu’il a accepté de faire.


Les combats tournent à l’avantage des Islamistes
Depuis le 17 mai, un général proche de la CIA menait des actions militaires contre les Jihadistes d’Ansar ach-Charia retranchés dans la ville de Benghazi. Le général était aussitôt rejoint par plusieurs unités militaires, comme l’armée de l’air et les unités des forces spéciales retranchées dans leur base de Benghazi, ainsi que par la puissante milice de Zenten (une ville située à 180 km à l’ouest de la capitale libyenne) qui tenait l’aéroport de Tripoli et, accessoirement, protégeait l’ambassade américaine proche de l’aéroport.
Malheureusement, malgré les espoirs suscités par l’intervention de ce général soutenu par plusieurs unités militaires, on savait qu’il serait difficile aux partisans du général Haftar de résister alors que les puissantes milices de Misrata rejoignaient les Islamistes contre la milice de Zenten. Depuis, les déboires se sont succédés avec la perte de la caserne des forces spéciales de Benghazi tombée aux mains des Jihadistes d’Ansar ash-Sharia avec tout son matériel militaire à la fin de juillet 2014. Depuis, les Islamistes contrôlent 80% de la capitale de l’Est libyen.  Samedi 23 août, on apprenait que la milice de Zenten avait finalement perdu le contrôle de  l'aéroport de Tripoli au profit des Islamistes de Fajr Libya (Aube de la Libye en araabe) et d’Ansar ash-Sharia. Fajr Libya est une coalition de milices islamistes venant essentiellement de Misrata, une ville située à  200 km à l'est de Tripoli et haut-lieu de la rébellion contre Mouammar Kadhafi. C’est à partir de Misrata que les militaires français présents en Libye opéraient en coordination avec la rébellion.

Le Parlement libyen accuse les Islamistes et les Jihadistes d'être des "terroristes"
Le Parlement libyen a qualifié dans la nuit du samedi 23 août au dimanche 24 août de "terroristes" les islamistes et les jihadistes qui contestent sa légitimité et combattent les forces armées régulières. Mais le Parlement, réfugié à Tobrouk (1 600 km de Tripoli) ne peut pas grand-chose pour s’opposer aux milices islamistes et les désarmer.

Risque d'une contagion islamiste dans le Sahel
Les Fondamentalistes de Fajr Libya et surtout les Jihadistes d’Ansar ash-Shariah semblent désormais avoir les mains libres dans le pays et surtout pourvoir se déplacer librement d’un bout à l’autre du pays et même au-delà. Il s’agit d’une énorme menace pour toute la région.

L’Arabie saoudite, l’Egypte et les Emirats Arabes Unis conscients du danger
On ne sait pas s’il a été question de la Libye lors de la réunion tenue à hui clos, le dimanche 24 août à Jeddah entre le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, ses homologues d'Egypte, des Emirats arabes unis et du Qatar et un conseiller de Jordanie.
Toujours est-il que les Islamistes libyens ont accusé les Emirats arabes unis et l'Egypte d'avoir envoyé leurs aviations bombarder leurs positions près de l’aéroport de Tripoli pour soutenir leurs adversaires. Il est un fait que des avions « non identifiés » avaient attaqué à plusieurs reprises les positions islamistes. Mais l’Egypte a récusé ces accusations.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

 

 

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