13/08/2014

Rififi politique à Bagdad - pendant ce temps le pays brûle !

Le président Massoum a désigné un nouveau Premier ministre en remplacement de Nouri al-Maliki


Nouri al-Maliki très contesté
Nouri al-Maliki, au pouvoir depuis 2006, était très contesté en raison de son autoritarisme et sa volonté de marginaliser les minorités sunnite et kurde. C’est cette politique qui a fini par pousser une bonne partie de la population sunnite dans les bras des Jihadistes de l’Etat Islamique. Même au sein de sa propre communauté, nombreuses étaient les voix chiites qui affirmaient vouloir son départ. La Marjaiya par exemple (la haute référence religieuse en Irak) et même l'Iran lui avaient demandé de s’abstenir de se porter candidat à un nouveau mandat à la tête de l'exécutif. Le dignitaire chiite Moktada al-Sadr refusait tout net de laisser Nouri al-Maliki briguer un troisième mandat à la tête du gouvernement. Il estimait que la politique suivie par Maliki avait plongé l’Irak dans le chaos. Pour lui, la Coalition de l’Etat de Droit, qui avait remporté les élections et qui soutenait Nouri al-Maliki, devait nommer un autre candidat pour occuper le poste de premier ministre.
Une position soutenue par Dhiya al-Assadi, secrétaire général du bloc al-Ahrar, parti politique chiite fidèle à Sadr. « Nous n'avons aucun problème avec un candidat de l'État de droit tant que ce n'est pas Maliki », avait-il dit.

Les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et l’Iran manœuvraient pour écarter Maliki du pouvoir
Les Etats-Unis, inquiets de la dégradation sécuritaire dans le pays, n’avaient eu de cesse, depuis des mois, de demander à Nouri al-Maliki d’abandonner le pouvoir. Et pour une fois, les trois puissances actives dans la région, les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et l’Iran étaient d’accord pour le remplacement de Nouri al-Maliki. 

Des réunions secrètes avaient eu lieu entre Américains, Saoudiens, Turcs, Qataris et Emiratis dans des hôtels d’Arbil, d’Amman et d’Istambul
Un plan avait été mis au point par les Etats-Unis, l’Arabie saoudite, la Turquie, le Qatar et les Emirats Unis pour tenter de mettre un terme à la situation de guerre civile qui régnait en Irak. Le plan mis au point consistait à trouver un remplaçant à Nouri al-Maliki
C’était la condition indispensable, pensaient-ils, pour apaiser les Sunnites irakiens. Le problème est que la coalition de Nouri al-Maliki, l'Etat de Droit, avait gagné les  dernières élections législatives du 30 avril 2014. Elle avait  remporté 96 sièges, sur les 328 du parlement irakien. Le courant sadriste qui était arrivé en seconde position ne disposait que de 32 sièges. L’objectif était donc de pousser les députés irakiens à créer un nouveau front politique opposé à Nouri al-Maliki. On verra si la nomination par le président Massoum de Haïdar Abadi au poste de premier ministre va concrétiser ce projet et recevoir l’approbation des 96 députés du parti de Maliki auquel, d’ailleurs, appartient Abadi.

Un bloc des Forces nationales
Le nouveau premier ministre  devra bénéficier du soutien d’un « Bloc des Forces Nationales » qui reste à créer. Il faudra pour cela qu’il rallie à lui une cinquantaine de députés sunnites ;  Les députés de la liste Al-Wataniyah, présidée par Iyad Allaoui, pourraient également le soutenir. Ils occupent 21 sièges. On aurait eu alors une alliance forte de 70 sièges.
Abadi pourrait enfin obtenir le soutier du courant sadriste fort de 32 sièges.

Une révolution ? Non sir, un putsch de palais !
Les Etats-Unis auront finalement eu le dernier mot en donnant au nouveau président de l’Irak, Fouad Massoum, l’appui politique nécessaire pour qu’il passe outre aux menaces de l’ancien premier ministre et confie la tâche de former un nouveau gouvernement à Haïdar Abadi. Il ne s’agit pas d’une révolution cependant, tout juste une révolution de palais à l’abri des hauts murs de la zone verte car Abadi est un des fidèles de Nouri al-Maliki et membre de son parti. Rien ne permet d’affirmer qu’il suivra une politique différente de Nouri al-Maliki.

Haïdar Abadi peut-il mettre un terme à la guerre civile ?
C’est toute la question car il semble que les Sunnites et les Kurdes soient peu disposés à rejoindre un quelconque gouvernement de coalition dans l’état actuel d’insécurité et de tensions qui règne dans le pays.
Certes, la nomination a été l’œuvre d’un président kurde, mais cela ne suffira sans doute pas pour que les Kurdes abandonnent les rêves d’indépendance qui leur semble aujourd’hui plus réalisables que jamais. Quant aux Sunnites, les succès militaires de l’EI et des tribus les ont galvanisés et mis dans une position de force.

Finalement, le Chaos est limité à la communauté chiite
Pour les Sunnites et les Kurdes, les divergences politiques qui sèment le chaos au sein de la chambre des députés sont un problème pour les Chiites seulement.

Quatre dangers pour Haïdar Abadi
Maliki n’a pas abandonné la lutte pour le pouvoir et assure que la nomination d'Abadi est une « violation de la Constitution » Il dispose de soutiens puissants : les officiers de l’armée, les forces spéciales irakiennes et plusieurs milices chiites du pays parmi les plus puissantes. Les deux principales milices chiites, Asaib Ahl al-Haq et Kataeb Hezbollah, qui avaient déjà été placées sous les ordres du Premier ministre sous le nom de « Fils de l'Irak »,  pourraient rester fidèles à Nouri al-Maliki.
- La première interrogation est que vont faire ces militaires et ces miliciens chiites ?
- La deuxième interrogation est de savoir si Haïdar Abadi réussira à constituer un gouvernement et obtiendra la confiance du Palement ?
- La troisième interrogation est de savoir quelle pression va exercer l’Iran sur le nouveau premier ministre pour conserver son influence dans le pays ? Jusqu’à la semaine passée l’Iran avait soutenu Nouri al-Maliki, mais les Iraniens sont récemment arrivés à la conclusion que Maliki ne pouvait pas rester au pouvoir car il n’était plus capable de restaurer la stabilité. Il est donc logique que Téhéran ait affiché son soutien au nouveau premier minsitre, Haïdar Abadi par la voix de son secrétaire du Conseil de sécurité nationale, l’amiral Ali Chamkhani. 
- La quatrième interrogation est d’ordre sécuritaire. Nouri al- Maliki ne cèdera le pouvoir que dans un mois, ce qui théoriquement doit laisser le temps à Abadi de constituer son gouvernement. Mais ce laps de temps pourrait permettre à l’Etat Islamique de profiter de la carence du pouvoir pour pousser vers Bagdad.

Les félicitations d’Obama prématurées
Pour toutes ces raisons, les félicitations du président américain Barack Obama semblent un peu prématurées car les jeux sont loin d’être faits.
M. Abadi a beau lui avoir assuré qu'il avait l'intention de former « rapidement » un gouvernement « large capable de contrer la menace de l'EI et de construire un avenir meilleur pour les Irakiens de toutes les communautés », les obstacles qui l’attendent sont nombreux.

En attendant les combats continuent
Les Jihadistes de l'Etat Islamique progressent au nord du pays, en direction d'Irbil, la capitale du Kurdistan, comme en direction de Bagdad. Et ce n'est pas les bombardements au compte goutte de l'armée de l'air américaine qui semblent ralentir leur progression.

 

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