22/07/2014

Opposition syrienne : La rivalité se poursuit entre pro-saoudiens et pro-qataris

On croyait le Qatar rentré dans le rang
On croyait que la rivalité s’était calmée entre l’Arabie saoudite et le Qatar depuis que Cheikh Tamin avait succédé à son père Cheikh Ben Khalifa al-Thani, le 24 juin 2013. Un vague compromis avait d’ailleurs été trouvé le 17 avril 2014 entre le petit Emirat et les membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).
 Au terme d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des six pays du Conseil de coopération du Golfe, les membres s’étaient entendus sur un « mécanisme d'application » d'une entente conclue en novembre 2013 avec le Qatar, en vertu de laquelle Doha s'engageait à ne plus s'ingérer dans les affaires de ses voisins, et à mettre un terme à sa politique jugée déstabilisatrice dans la région. Doha était en effet accusé par ses voisins de soutenir les islamistes proches des Frères musulmans dans les autres pays du Golfe, dont des dizaines ont été condamnés à la prison aux Émirats arabes unis, et de servir de refuge aux islamistes d'autres pays arabes. Le Qatar était également considéré comme l'un des principaux bailleurs de fonds des Frères musulmans en Égypte et de groupes proches de cette confrérie dans d’autres pays du printemps arabe, alors que l'Arabie saoudite et le reste des monarchies du Golfe soutenaient les militaires égyptiens. Il était enfin accusé de faire cavalier seul en Syrie en soutenant ses propres rebelles sans coordination avec l'Arabie saoudite.

Le Qatar à nouveau en froid avec les autres royaumes et émirats du Golfe depuis la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza
J’ai déjà indiqué comment les Emirats et l’Arabie saoudite étaient à nouveau exaspérés par le traitement de la guerre entre Israël et Gaza fait par la chaîne qatarie al-Jazira. Celle-ci dénonçait en effet l’immobilisme, voire la politique favorable à Israël et hostile au Hamas menée par les Emirats et les Saoudiens. Les accusations portées par certains milieux qataris contre de supposées activités d’espionnage en faveur d’Israël menées par des Qataris membres de la Croix Rouge  à Gaza avaient été la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase.

Il fallait s’attendre à ce qu’un nouveau round de l’affrontement ait lieu en Syrie
Il y a quelques mois, un conflit avait éclaté entre dirigeants rebelles soutenus par le Qatar et ceux soutenus par l’Arabie saoudite.
Le Chef du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne (rebelle), Ahmad Tohmé, soutenu par le Qatar, avait décidé de dissoudre la plus haute instance militaire rebelle et « de déférer ses membres devant le comité de contrôle financier et administratif du gouvernement pour qu'ils fassent l'objet d'une enquête ». On les accusait ni plus ni moins de détournement de fonds. L'information était choquante, naturellement, et surprenante.
La mesure était aussitôt annulée par le chef de la Coalition, Ahmad Jarba, un proche de l’Arabie saoudite. Jarba fera aussitôt paraître un communiqué selon lequel le chef du gouvernement provisoire (Tohmé) avait outrepassé ses pouvoirs.

L’élection du pro-qatari, Ahmad Tohmé n’avait pas fait l’unanimité
L’élection d’Ahmad Tohmé à la tête du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne avait déjà provoqué une scission au sein de la rébellion. Encouragés par l’Arabie saoudite, plusieurs groupes influents d’insurgés syriens avaient constitué un nouveau Front islamique, le 25 septembre 2013. Ce nouveau front refusait aussitôt l’autorité de la Coalition nationale syrienne (CNS). Dans une vidéo publiée sur des réseaux sociaux, le chef politique de la brigade al-Tawhid, considérée comme modérée, affirmait que cette nouvelle entité regroupait des milliers de combattants de treize organisations armées, dont trois appartenaient auparavant à l’Armée syrienne libre (ASL). 

Les Saoudiens ont réussi à imposer leur candidat
Le pro-saoudien Ahmad Jarba devait quitter la présidence du Conseil National Syrien au mois de juillet 2014 car il ne pouvait pas exercer plus de deux mandats. Mais Ahmad Jarba voulait continuer à jouer un rôle et, à travers lui, les Saoudiens continuer à tirer les ficelles de la rébellion syrienne.
Ce sera chose faite le 9 juillet 2014. La Coalition nationale syrienne, qui regroupe l'opposition au président Bachar el-Assad nommait à la présidence Hadi el-Bahra, un proche d’Ahmed Jarba, soutenu par l’Arabie saoudite.

Le dernier round, le 22 juillet 2014 donne la victoire aux Saoudiens
Le dernier round vient d’avoir lieu. Le chef du gouvernement de  l’opposition, Ahmad Tohmé, était écarté du pouvoir sur fond de rivalités entre Ryad et Doha. Soixante six délégués avaient voté en faveur de son départ.
"L’Assemblée générale de la Coalition a relevé le chef du gouvernement provisoire Ahmad Tohmé de ses fonctions à la faveur d'un vote à l'aube", a indiqué à l'AFP Samir Nachar, membre de la Coalition basée à Istanbul. Soixante six ont voté en faveur du départ de M. Tohmé, en poste depuis 10 mois, contre 35 pour son maintien. Le vote s'est déroulé à Istanbul à l'issue d'une réunion tenue dimanche 20 et lundi 21 juillet.

Un Frère musulman écarté sur pression de l’Arabie saoudite
Il est évident qu’Ahmad Tohmé a été relevé de ses fonctions de chef du gouvernement provisoire syrien sous la pression de l'Arabie saoudite. Ahmad Tohmé est proche des Frères musulmans de Syrie, confrérie influente au sein de l'opposition, ce qui est insupportable pour l'Arabie saoudite.
L’Arabie saoudite avait récemment laissé entendre que l’opposition devait mettre un terme à ses relations avec la confrérie si elle voulait continuer à bénéficier de son soutien.
Ahmad Tohmé était également critiqué pour la façon dont il accordait les postes à ses protégés, vraisemblablement dans le but de solidifier son pouvoir sur la coalition syrienne de l’opposition.

La très mauvaise image de la Coalition Nationale Syrienne
La Coalition syrienne est reconnue par plusieurs Etats, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, comme la seule représentante légitime des Syriens. Mais elle est accusée par les militants et les rebelles d'être déconnectée de la réalité sur le terrain, d’être corrompue et surtout d'être inféodée à ses parrains, notamment l'Arabie saoudite et le Qatar. Elle a été affaiblie par les avancées de l'armée du régime ces derniers mois face aux rebelles et l’absence de soutien militaire de ses « amis ».

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

18:11 Publié dans Arabie saoudite, Armée Syrienne Libre, Coalition Nationale Syrienne, Qatar, Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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