30/06/2014

Renaissance du Califat

Qu’est-ce que le califat ?
La notion d’un califat est apparue avec les quatre premiers califes qui ont régné après la mort du prophète. Le califat a vraiment connu son âge d’or au temps des Omeyyades (661-750) et surtout des Abbassides (750-1517). Il a été aboli en 1924, suivant le démantèlement de l’Empire ottoman après la première guerre mondiale. 


Le califat revient à l’ordre du jour en Syrie
La revendication d’un Etat islamique (califat) est réapparue en Syrie en 2013. C’est l’organisation jihadiste Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL – Da’esh en arabe) qui en a fait son objectif. Mais la volonté d’hégémonie de l’EIIL en Syrie et l’ultra-radicalisation de ses combattants ont poussé l’ensemble des groupes rebelles syriens, même les groupes islamistes, à retourner leurs armes contre lui. La guerre entre d’une part le front islamique, une coalition d’une quarantaine de milices financée par l’Arabie saoudite, auquel s’est joint le front al Nosra, le représentant officiel d’al-Qaïda en Syrie, a fait près de 6.000 morts depuis janvier 2014.

L’EIIL devient « Etat islamique »
Le porte-parole de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) a annoncé dimanche 29 juin le rétablissement du califat.
Dans un enregistrement audio diffusé sur internet, l’EIIL, qui se fait appeler désormais « Etat islamique, Abou Mohammad al-Adnani a expliqué que le califat s’étendra de la région d’Alep, dans le nord de la Syrie, à celle de Diyala dans l’est de l’Irak, sur les régions conquises par ce groupe dans ces deux pays.

Abou Bakr al-Baghdadi est le nouveau calife
Il a également précisé que son chef, Abou Bakr Al-Baghdadi, a été désigné comme « calife » et donc « chef des musulmans partout dans le monde ».
« Lors d’une réunion, la choura (conseil) de l’Etat islamique a décidé d’annoncer l’établissement du califat islamique et de désigner le cheikh jihadiste Al-Baghdadi calife des musulmans », a-t-il dit. Al-Baghdadi est désormais appelé « calife Ibrahim » (en référence à son véritable prénom).

Les mots « Irak » et « Levant » disparaissent du sigle de l'EIIL
Les mots « Irak » et « Levant » sont supprimés du sigle EIIL, dont le nom officiel devient désormais « l’Etat islamique », a ajouté cheikh Adnani, pour qui le califat est « le rêve de tout musulman » et « le souhait de tout jihadiste ».

L’Etat islamique menace les Musulmans qui ne prêteraient pas allégeance
Dans une menace à peine voilée, il a « prévenu les musulmans qu’avec l’annonce du califat, il est désormais de leur devoir de prêter allégeance au calife Ibrahim ». « Le territoire qui est soumis désormais à son autorité s’étend d’Alep à Diyala », a-t-il précisé.

Reste à connaître la réaction des tribus sunnites d’Irak et de Syrie, des groupes syriens en guerre contre l’EIIL et celle en Irak de l’armée des Naqshbandis
Les populations sunnites des provinces irakiennes de Ninive (nord), ainsi que de Diyala (est), Salaheddine, Kirkouk, Al-Anbar (ouest) et les provinces syriennes de Raqqa (Nord), une grand partie de celle de Deir ez-Zhor (est), et certains secteurs de la province d’Alep se trouvent désormais sous l’autorité du nouveau calife.
« Il est temps que l’Oumma (nation) de Mahomet renaisse de ses cendres et se débarrasse de la honte et de l’humiliation. L’aube de la dignité et le soleil du jihad se lèvent et la victoire commence à faire signe », a lancé cheikh Adnani. « Croyants, obéissez à votre calife et soutenez votre Etat qui devient plus fort de jour en jour grâce à Dieu, et ses ennemis de plus en plus faibles ».
Il n’est pas sûr que les chefs tribaux acceptent de faire allégeance au nouveau calife. Et il est encore moins sûr que les monarques et émirs d’Arabie saoudite et du Golfe acceptent de partager le pouvoir, pire de passer sous l’autorité du calife Ibrahim et les 15000 combattants de l’Etat Islamique auront du mal à faire le poids face aux tribus et aux autres rebelles sunnites.
Il est possible que l’Etat Islamique, après des violences inouïes, redevienne tout simplement un Etat sunnite irakien.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

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