21/06/2014

Inquiétude au Liban

Voiture suicide contre un barrage des Forces de Sécurité Intérieure (FSI) à Dahr el-Baidar
Le Liban a connu le 20 juin une folle journée sur fond de crise politique, le pays n’ayant toujours pas réussi à élire un nouveau président pour succéder à Michel Sleimane.
Tout a commencé par une information, tôt le vendredi matin, selon laquelle une voiture suspecte avait été repérée. Il s’agissait d’une Nissan Murano gris métallisé qu’on soupçonnait d’être utilisée pour un attentat suicide. La voiture avait été repérée à Sofar par des agents des FSI, alertés par un citoyen qui précisait que le chauffeur du véhicule avait un accent syrien. Le véhicule se dirigeait vers Beyrouth.
L’information met le pays en alerte. Les autorités sécuritaires pensent tout d’abord qu’un attentat se prépare contre le président de la Chambre des députés, Nabih Berry, un chiite. Le directeur de la sûreté générale, le général Ibrahim, lui demande d’annuler in extremis la conférence de presse du parti Amal (parti chiite) qui doit débuter à 10 heures à l’Unesco. Puis on apprend de ce même général qu’il serait lui-même visé par le ou les terroristes. Des mesures exceptionnelles sont prises un peu partout pour protéger les cibles sensibles, comme les quartiers chiites de Beyrouth. Des perquisitions sont menées dès l'aube dans le quartier central Hamra. Des dizaines de suspects, soi-disant membres d'un groupe extrémiste, sont arrêtés à l'hôtel Napoléon et deux autres à l'hôtel Casa d'Or. Au total, 102 personnes ont été appréhendées. Mais 85 seront rapidement relâchées et seules 17 étaient maintenues en détention pour  interrogatoire.  Les autorités justifieront ces mesures exceptionnelles en disant qu’elles ont agi après avoir reçu des informations sur un attentat imminent. Les grands axes de Beyrouth étaient également bloqués, provoquant d’énormes embouteillages

Le Kamikaze a été repéré et fait demi-tour
Les Forces de sécurité ont pris en chasse le véhicule. Remarquant qu’il avait été repéré, le Kamikaze fait demi-tour pour reprendre la direction de la Bekaa. 
Il y a au sommet du col de Dahr al-Baidar un barrage des FSI. Les agents ont été prévenus par radio et on leur demande d’arrêter et de fouiller le véhicule suspect. Curieusement, aucune mesure de sécurité exceptionnelle n’a été prise pour agir dans  le cas particulier d’un véhicule suicide. Normalement, il convient de le stopper à distance par un quelconque moyen et de forcer le conducteur à se dévêtir complètement pour vérifier qu’il n’est plus en état de nuire.
L’armée libanaise et les FSI ont pourtant déjà l’expérience de telles attaques suicides. Un barrage de l’armée avait déjà été la cible d’un attentat dans le Hermel. Mais au barrage de Dahr el-Baidar aucune mesure exceptionnelle n’a été prise pour protéger les agents des FSI et les soldats.
A 11 heures du matin, le conducteur du véhicule n'aura aucun mal pour parvenir à leur niveau et se faire exploser, provoquant la mort d’un membre des FSI et blessant 34 autres personnes. La charge explosive a été estimée entre 25 et 30 kilos.

L’organisation « Brigade des sunnites libres » revendique l’attentat
En milieu de soirée, la Brigade des sunnites libres revendiquait l'attentat via son compte Twitter. Jusqu'à cette revendication tout le monde pensait que l'attentat avait été perpétré par les brigades Abdallah Azzam, un groupuscule jihadiste basé dans le camp palestinien d'Aïn el-Héloué. Un communiqué de la brigade des sunnites libres affirme : « La brigade revendique l'explosion de Dahr el-Baïdar et considère que la cible que nous n'avons pu atteindre aujourd'hui sera atteinte plus tard. »

Information sur la brigade des sunnites libres
La brigade des sunnites libres est un groupuscule jihadiste revendiquant son affiliation à al-Qaïda. Elle a déjà exécutée plusieurs attentats au Liban. Elle a revendiqué, le 4 décembre 2013, l’assassinat d’un dirigeant du Hezbollah, Hassan Hawlo al-Lakiss. Mais l’attentat était également revendiqué par un autre groupuscule, la Brigade des Partisans de la Nation Islamique.
Le 7 février 2014, la Brigade des sunnites libres revendiquait sur son compte Twitter l'attaque d'un instructeur iranien  dans un camp d'entraînement militaire du Hezbollah situé dans la région du Hermel (nord est du Liban).
Le 16 mars 2014, elle exécutait une nouvelle action terroriste dans le village de Nabi Osman, dans la Békaa (est du Liban), tuant deux membres du Hezbollah, et faisant une quinzaine de blessés. Les experts militaires évaluaient à 100 kg la charge explosive placée dans le véhicule.
Le 29 mars 2014, les jihadistes de la Brigade des sunnites libres  revendiquaient un nouvel attentat contre un barrage de l'armée libanaise à Aqabet al-Jurd, dans les environs d’Ersal, un village sunnite de la Bekaa. Trois soldats étaient tués et quatre autres blessés. Sur son compte Twitter, la Brigade des sunnites libres affirmait que l’attentat était destiné à "venger la mort du martyr Sami al-Atrache". Ce dernier, soupçonné d'implication dans des attentats à la voiture piégée contre des bastions du Hezbollah, qui combat les rebelles syriens aux côtés du régime, avait été tué le 27 mars à Ersal lors sa capture par l'armée, qui l'avait qualifié de "dangereux terroriste".
Le groupuscule promettait, toujours sur Twitter, de mener de nouvelles attaques contre l'armée libanaise, qu'il accusait de "viser" les sunnites. Le jour de la mort de Sami al-Atrache, le groupsucle avait indiqué que cet incident allait ouvrir "les portes de l'enfer" pour l'armée libanaise, affirmant que celui qui tuait un soldat libanais "allait au paradis".
Le 30 avril 2014, des membres de la brigade des sunnites libres tendaient une embuscade dans le jurd d’Ersal à une patrouille de l’armée libanaise. Plusieurs soldats étaient blessés au cours des combats qui suivirent l’embuscade.

Le plan sécuritaire mis en place au Liban semblait fonctionner
Depuis la mise en place en avril 2014 d’un plan sécuritaire à Tripoli et dans la Bekaa par le ministre de l’intérieur Nouhad Machnouq, aucune action terroriste n’avait endeuillé le Liban depuis la fin avril.
Mais les autorités libanaises craignent que les récents évènements en Irak et en Syrie ne motivent à nouveau des terroristes à reprendre leurs actions au Liban.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

 

08:53 Publié dans Brigade des sunnites libres | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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