10/06/2014

Rapport sur les jihadistes arabes en Syrie

En Syrie, 5000 jihadistes arabes sur les 7 à 8000 étrangers
Un rapport a été publié sur le phénomène des volontaires étrangers du monde arabe dans les rangs des rebelles en Syrie. Selon son estimation, il y a plus de 5 000 combattants étrangers du monde arabe parmi les 7000-8000 volontaires qui ont rejoint les rangs des rebelles syriens. La plupart d'entre eux appartiennent au Front Al-Nosra et à l'Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL) deux organisations rivales affiliées à Al-Qaïda et au jihad mondial. Une minorité de combattants étrangers arabes a rejoint les rangs de l'Armée syrienne libre et d'autres organisations rebelles.
 
Une majorité de jeunes – quelques vétérans
Beaucoup de combattants étrangers arabes sont jeunes et n'ont aucune formation ou expérience militaire. Ils ont rejoint les rangs des rebelles pour des raisons idéologiques ou religieuses (pour participer au jihad et lutter contre les chiites). D'autres ont été motivés par le désir d'améliorer leur statut socio-économique. Parmi les autres raisons figurent l'hostilité au régime de Bachar el-Assad, le désir d'aventure et l'identification à la souffrance du peuple syrien. Parmi les combattants étrangers arabes figure un noyau dur de salafistes jihadistes et d'activistes d'Al-Qaïda et du jihad mondial, certains d'entre eux étant des vétérans des combats en Afghanistan, en Irak, en Libye et d'autres zones de combat islamiques.

Ils rejoignent le Front al-Nosra ou l’Etat Islamique d’Irak et du Levant
Selon cette étude, les volontaires arabes forment le "noyau dur " des rangs du Front Al-Nosra et de l'EIIL. Leur présence est également significative au niveau des pertes. En outre, parmi les terroristes ayant commis des attentats suicide en Syrie pour le compte d'organisations affiliées à Al-Qaïda et au jihad mondial, le nombre de volontaires arabes est remarquable, en particulier ceux d'Arabie Saoudite.

Les principales nationalités sont tunisienne, libyenne, égyptienne, saoudienne et jordanienne
Les pays arabes qui fournissent le plus grand nombre de volontaires étrangers sont la Tunisie, la Libye et l'Egypte, trois pays qui ont connu un bouleversement régional. Deux autres pays, l'Arabie Saoudite et la Jordanie, sont pro-occidentaux avec des éléments islamiques radicaux profondément enracinés. Initialement, ces cinq pays n'ont pas cherché à endiguer le flot de leurs citoyens partant pour la Syrie, le considérant comme une partie de leur soutien à la campagne pour renverser le régime d'Assad et affronter l'Iran et l'Islam chiite. C'est seulement au cours de la dernière année, quand les dangers du terrorisme et de la subversion des "vétérans" de Syrie sont apparus à leur retour dans leur pays d'origine, que certains régimes arabes ont pris des mesures préventives, soit en adoptant des mesures législatives (Arabie Saoudite, par exemple), en empêchant les volontaires de s'envoler pour la Syrie, en contrôlant ceux qui sont revenus, et en faisant face aux organisations radicales locales qui leur fournissent un soutien logistique.

La majorité a été recrutée par les mouvements salafistes
Les volontaires étrangers, soit ont rejoint individuellement les combats en Syrie, soit sont passés par des organisations salafistes ou des Jihadistes locaux qui les ont incité à rejoindre les combats, leur apportant un soutien logistique et les acheminant en Syrie. Dans ce cadre, il convient de souligner, par exemple, Ansar al-Sharia en Tunisie, Ansar al-Sharia en Libye, Ansar al-Sharia et Bayt al-Maqdes en Egypte, Jam'iyya al-Asala al-Islamiyya à Bahreïn, Fatah al-Islam au Liban, le mouvement salafiste en Jordanie, Jaish al-Ummah et d'autres organisations jihadistes salafistes dans la bande de Gaza.

Une bombe à retardement pour leurs pays d’origine
Les volontaires étrangers arabes dans les rangs du Front Al-Nusra et d'autres organisations jihadistes sont une bombe à retardement pour leur pays d'origine, en particulier pour des pays comme l'Arabie Saoudite, l'Egypte, la Jordanie, la Libye, l'Irak et les pays du Golfe Persique. En effet, en Syrie, ces volontaires acquièrent une expérience opérationnelle et des compétences de combat, y suivent un processus jihadiste et de radicalisation islamique et tissent un réseau de contacts avec des organisations et des activistes salafistes jihadistes dans le monde arabo-musulman. Ils sont censés retourner dans leur pays d'origine (comme certains d'entre eux l'ont déjà fait), y rejoindre les réseaux salafistes jihadistes locaux ou établir de nouveaux réseaux de terrorisme et de subversion. Dans certains cas, selon nous, ces réseaux fonctionnent en coordination ou selon les ordres du Front Al-Nusra et de l'Etat islamique via les contacts établis en Syrie.

Pour l’instant seuls quelques cas isolés mais le pire est à craindre
Cependant, selon nous, le rôle de ces "vétérans" de Syrie dans le terrorisme et la subversion dans les différents pays arabes est encore balbutiant. Certains cas donnent toutefois une indication de ce qui pourrait advenir : en Egypte, des "vétérans" de Syrie ont été arrêtés pour leur implication dans des activités terroristes contre le régime égyptien ou ont été tués lors d'une attaque terroriste menée par Bayt al-Maqdes (organisation affiliée au jihad mondial). En Mai 2014, le ministère saoudien de l'Intérieur a annoncé le démantèlement d'un réseau terroriste qui était en contact avec des extrémistes en Syrie et au Yémen. En Jordanie, l'Etat islamique a organisé des manifestations et des émeutes à Ma'an, un foyer d'activités anti-régime. En Israël, deux Arabes israéliens ont reçu l'ordre d'organisations jihadistes de mener des attaques terroristes en territoire israélien après leur retour de Syrie. En outre, en Décembre 2013, un réseau jihadiste a été démantelé à Jérusalem Est après avoir tenté d'envoyer un de ses membres en Syrie pour y suivre une formation militaire et coordonner des attaques terroristes. En Irak, l'Etat islamique d’Irak et du Levant (EIIL), affiliée au jihad mondial, organise des activités militaro-terroristes et subversives transnationales. L'organisation ne fait pas de distinction entre l'Irak et la Syrie et ses activités devraient s'étendre à d'autres pays arabes, comme la Jordanie par exemple.

Estimation des volontaires du monde arabe
Les pays d'origine des volontaires arabes peuvent être divisés en quatre catégories, en fonction du nombre de combattants :
a. Libye, Tunisie, Jordanie, Arabie saoudite - Selon les estimations, entre plusieurs centaines et environ un millier de volontaires sont partis de chacun de ces pays.
b. Egypte et Irak - Plusieurs centaines de volontaires.
c. Maroc, Algérie, Bahreïn, Koweït, Liban, bande de Gaza, Qatar, Mauritanie et Somalie - Plusieurs dizaines de volontaires.
d.Soudan, Yémen et Oman - Quelques volontaires de chaque pays.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)
 

 

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