09/06/2014

Attentats deux jours de suite contre l'Union Patriotique Kurde (UPK)

Dernière nouvelle (Lundi 9 juin 2014)

L'UPK visée pour la seconde fois en deux jours

Un nouvel attentat au camion suicide contre un point de contrôle de la police près du siège local de l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK) a fait 14 morts et 50 blessés lundi à Touz Khourmatou, dans le nord de l'Irak. 


Un double attentat a visé, dimanche 8 juin 2014, les locaux d'un parti politique kurde et un bâtiment des forces de sécurité kurdes voisin, à Jalawla. Au moins 17 personnes ont été tuées.
Jalawla, une localité située au nord de Bagdad, fait partie des territoires du nord de l'Irak que les dirigeants du Kurdistan irakien souhaitent intégrer à leur région autonome, ce à quoi s'opposent les autorités centrales à Bagdad.
Une voiture piégée a explosé près du siège de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), le parti du président irakien Jalal Talabani et du bâtiment des forces de sécurité, avant qu'un second kamikaze ne fasse détoner sa charge dans les locaux du parti. Le double attentat a fait également plus de 50 blessés.
Jalal Talabani est l’actuel président irakien.
Il n’y a aucune revendication à ce jour. Nous en sommes donc réduits aux conjectures sur l’identité des auteurs et des commanditaires du double attentat.

Des jihadistes affiliés à al-Qaïda

L'UPK aide les Américains à chasser les Jihadistes d’al-Qaïda du Kurdistan
Le conflit entre l’UPK de Jalal Talabani et les Jihadistes ne date pas d’hier. Il remonte au début de l’invasion américaine de l’Irak.
Ansar al-Islam, une organisation islamiste fondée par le mollah Krekar, avait décidé de créer  un refuge au Kurdistan irakien pour les dirigeants d’al-Qaïda. Ben Laden savait que les Américains réagiraient très violemment aux attaques du 11 septembre 2001 sur leur territoire et avait demandé de préparer un refuge pour les cadres de son organisation. Pourquoi le Kurdistan irakien ? Parce que cette région était alors hors de portée de l’appareil de répression de Saddam Hussein, grâce à l’instauration d’une « no fly zone » par les Occidentaux sous couverture onusienne. Les organisations kurdes n’étaient pas assez puissantes pour pouvoir s’opposer aux projets des islamistes d’al-Qaïda.
Du temps de Saddam Hussein, Ansar al-Islam ne représentait pas une grave menace pour l’Irak. L’organisation s’était surtout fait connaître pour ses projets avortés d’attentats en Jordanie et en Israël.
Au moment où ils s’implantent en Irak, les Américains lancent également une offensive au Kurdistan irakien en mars 2003. L’organisation Ansar al-Islam est la cible de l’opération conjointe entre les forces spéciales américaines et les miliciens kurdes de l’UPK de Jabal Talabani.  Les pertes des Islamistes sont extrêmement conséquentes. Un tiers des effectifs a été mis hors de combat. Les survivants s’éparpillent dans les zones sunnites de l’Irak et s’organisent pour poursuivre la lutte.

Influence de la guerre civile syrienne
La guerre civile qui ravage la Syrie ne pouvait laisser les Kurdes irakiens indifférents au sort des Kurdes syriens. Près de 200 000 Syriens, pour la plupart Kurdes, ont fui en Irak, selon le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés. La majorité d’entre eux ont trouvé refuge au Kurdistan irakien. Et quand les Islamistes du Front al-Nosra ou de l’Etat Islamique d’Irak et du Levant (EIIL) se sont affrontés aux Comités de protection du peuple kurde (YPG) dans le nord-est de la Syrie, ces derniers ont reçu une aide massive des Kurdes irakiens.

Punir les alliés des Etats-Unis
Enfin une dernière possibilité pour que l’attentat soit l’œuvre des jihadistes d’al-Qaïda : Les Etats-Unis sont partout à l’offensive contre les réseaux et les maquis d’al-Qaïda, que ce soit en Libye, au Yémen, en Syrie ou en Somalie. Al-Qaïda aurait très bien pu décider de frapper des alliés notoires des Etats-Unis.  

Les Kurdes en conflit également avec les autorités fédérales

Dispute budgétaire entre les Kurdes et le gouvernement fédéral irakien
Depuis quelques temps, les Chiites ont également leurs extrémistes. Ils se sont inspirés de l’exemple du Hezbollah libanais et ont pris l’habitude de répondre coup pour coup aux actions de leurs ennemis. Or, il y a longtemps que le torchon brûle entre les politiciens kurdes et le gouvernement irakien dominé par les Chiites.
Les politiciens kurdes se plaignent depuis longtemps de ne pas recevoir les 17 % du budget fédéral qui doivent leur être alloués, et accusent Bagdad de payer en retard les sommes qu'il veut bien leur verser. Ils considérant le gouvernement fédéral comme responsable des difficultés budgétaires auxquelles ils doivent faire face.
Massoud Barzani, le président du Kurdistan qui a pourtant soutenu M. Maliki en 2010, l'accuse maintenant de monopoliser le pouvoir.
« M. Maliki n'a été bon pour personne, que ce soit les Kurdes ou les Irakiens », et il est temps de changer de Premier ministre, explique Tariq Jawhar de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) du président irakien Jalal Talabani. La politique menée par le Premier ministre a attisé les tensions entre Arabes et Kurdes, et entre sunnites et chiites, renchérit M. Jawhar, dressant même un parallèle entre les méthodes de Saddam Hussein et celles de M. Maliki. « Saddam Hussein a été chassé, mais ses méthodes et son héritage sont encore bien présents dans l'esprit de beaucoup de leaders irakiens », estime Jawhar, ajoutant : « Saddam faisait usage de la force militaire contre les Kurdes, Maliki use des sanctions économiques. »

Litige sur les ressources pétrolières et gazières
Un bras de fer oppose depuis des mois le gouvernement central de Bagdad aux autorités du Kurdistan sur la gestion des ressources naturelles de l'Irak. Le gouvernement régional kurde considère que le pétrole et le gaz produits dans cette région appartiennent au Kurdistan et cherche à vendre le pétrole à l'étranger sans passer par les autorités fédérales de Bagdad. Le gouvernement central estime en revanche que les ressources de chaque région appartiennent au pays tout entier.
Le Kurdistan irakien, qui jouit d'une importante autonomie et dispose de ses propres forces de sécurité, gouvernement et drapeau, s'est également attiré les foudres de Bagdad pour avoir signé des contrats avec des firmes énergétiques étrangères. Or, on a appris récemment que du pétrole avait été vendu par le Kurdistan irakien à la Turquie sans l’accord des autorités fédérales. Il n’en faudrait pas plus, dans un pays où la violence est quotidienne, pour convaincre des terroristes de punir le Kurdistan.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)

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