05/06/2014

Bachar el-Assad élu à nouveau à la présidence syrienne : Et maintenant ?

Le pouvoir syrien voudrait faire croire que le pays est sur le chemin du retour à la paix civile. C’est aussi ce que prétendent les hommes politiques russes, les  autorités iraniennes, et les alliés libanais de Bachar el-Assad. De leur côté, les Occidentaux, Américains en tête, les Saoudiens et les Qataris dénoncent une « farce électorale ».


Bachar el-Assad est réélu président
Chacun souhaite, évidemment, qu’un processus démocratique mette un terme à l’abominable tragédie que vit le peuple syrien. Les diplomates occidentaux auraient souhaité que Bachar el-Assad ne se représente pas. Mais il s’est présenté et il a gagné même si on sait bien que 9 millions de Syriens sont « déplacés », c’est-à-dire absents des communes où ils sont inscrits. Par ailleurs, on sait bien que seuls 60% de la population syrienne vivant sur les 40% du territoire que contrôle le régime ont pu voter.
Alors peu importe les chiffres exactes du résultat des élections. La vraie question est : Que faut-il en faire pour résoudre un conflit qui devient chaque jour plus dangereux pour le monde entier ?

Les positions restent tranchées entre les deux camps
Pour l’instant, les élections n’ont pas modifié la position de l’opposition qui avait appelé au boycott et continue de réclamer la démission de Bachar el-Assad. De leur côté, les partisans du régime estiment que les élections ont donné une vraie légitimité à Bachar el-Assad.

Réformer !
Le régime est fier d’annoncer qu’il s’agissait de la première élection « démocratique » depuis 50 ans, que le peuple avait le choix entre plusieurs candidats. Soit ! On ne va pas perdre notre temps à discuter ce point. L’important est de rester pragmatique. Le président a été élu à l’issue d’un processus électoral qualifié de « démocratique » par le régime syrien. Il a présenté ces élections comme un moyen de résoudre la crise. Alors, prenons-le au mot et le seul conseil qu’on puisse lui donner ou le seul espoir qu’on puisse nourrir est que, soudain pris par un état de grâce démocratique, Bachar el-Assad décide de réformer réellement le pays avec toutes les âmes de bonne volonté.

Un moment idéal pour réformer en profondeur
Les forces gouvernementales ont remporté, récemment, une série de victoires importantes, qui contribue largement au fait que certains groupes de rebelles acceptent à présent de discuter, et même, pour certains, de déposer les armes. Il faut dire que les groupes jihadistes comme le Front al-Nosra ou l’Etat Islamique d’Irak et de Syrie (EIIL), tous deux clamant leur allégeance à al-Qaïda, ont tout fait pour écœurer les combattants plus modérés.
  
Les grandes puissances risquent d’entraver tout espoir de dialogue – si tant est qu’il y en ait !

La position russe
Pour l’ambassadeur Piotr Stegny, membre du Conseil Russe pour les Affaires moyen-orientales et membre de l’association des diplomates russes, il serait futile de la part des diplomates occidentaux de réfuter les résultats et d’encourager l’opposition à poursuivre la lutte. Pour lui, les actions de « Secteur Droit » en Ukraine sont similaires aux actions de ceux qu’il surnomme les « extrémistes syriens ». Il appelle à lutter contre  l’extrémisme. Il affirme que les élections syriennes sont un développement positif qui devrait déboucher sur un règlement constructif de la crise syrienne dans son ensemble.
Konstantin Sivkov, Président de l'Académie des questions géopolitiques affirme que malgré les conditions difficiles liées à l'agression militaire de l’étranger (expansion du terrorisme international à partir du territoire de la Turquie et la Jordanie), les élections n'ont pas été truquées. « Les élections ont démontré un soutien au président sortant. Les observateurs de tous les pays, y compris des États-Unis ont l’ont confirmé – contrairement à ce que nous avons vu récemment en Ukraine. Par conséquent, les élections en Ukraine sont illégitimes, tandis que les élections syriennes sont légitimes. Le peuple syrien a démontré son soutien au régime, » a dit Sivkov.
Pour Oleg Fomine, co-président du Comité de solidarité avec le peuple de Syrie, membre de l'Imperial orthodoxe Palestine Society, la détérioration des relations entre la Russie et l'Occident a un impact négatif sur la Syrie. Il prétend même que les Etats-Unis veulent se venger de la Russie pour son soutien à la Crimée. Fomine s’est enfin moqué des Occidentaux qui considèrent illégitimes les élections en Syrie alors qu’ils considèrent comme légales celles d’Ukraine.
Pour les diplomates russes, l'Occident a été défait, et les États-Unis ont commencé à perdre l'image de leadership dans la région arabe. Il s’attend à ce que l’Arabie Saoudite et le Qatar prennent leur distance du jeu des États-Unis. Même en Egypte, affirme-t-il, où le pouvoir a renversé les Frères musulmans, on commence peu à peu à se rapprocher de la politique pro-russe. Aujourd’hui, les chances des Etats-Unis de prendre le contrôle des ressources du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord sont de plus en plus faibles, affirme Fomine.
Fort du soutien inconditionnel de ses alliés et protecteurs, pourquoi Bachar el-Assad ferait-il un pas vers la réconciliation ?
Comme vous pouvez le remarquer, la référence aux évènements en Ukraine est souvent utilisée par les diplomates russes pour opposer une fin de non recevoir aux critiques des Occidentaux. Ce qui veut dire qu’on est entré dans une nouvelle période de guerre froide entre deux conceptions du monde et que les conséquences de cet affrontement vont se faire sentir dans de nombreux pays à travers le monde.

La position des Occidentaux
Les Occidentaux sont plus circonspects en ce qui concerne toute référence à l’Ukraine mais on sent bien que l’esprit de la guerre froide souffle à nouveau sur le monde. Les Américains, depuis quelques mois, sont à l’offensive après avoir réglé leurs problèmes avec leurs alliés du Golfe pour ce qui concerne le soutien que ces derniers étaient soupçonnés d’apporter à des groupes affiliés à al-Qaïda.
Aujourd’hui, Américains, Saoudiens et même Qataris et Turcs semblent parfaitement coordonner leurs actions pour, à la fois, lutter contre al-Qaïda et repousser l’influence russe et iranienne dans la région du Moyen Orient.

Jean René Belliard (Auteur de Beyrouth, l’enfer des espions)

17:12 Publié dans Arabie saoudite, Bachar el-Assad, Emirats Arabes Unis, Etats-Unis, Iran, Liban, Qatar, Russie, Syrie, Turquie | Lien permanent | Commentaires (0) | | | | |

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