07/11/2017

Coup de théâtre en Arabie saoudite : les deux principaux leaders de l'opposition syrienne arrêtés par les autorités saoudiennes

Arabie saoudite 
Oppositionsyrienne
Coup de théâtre en Arabie saoudite : les deux principaux leaders de l'opposition syrienne arrêtés par les autorités saoudiennes
(Rédigé par Walid Nassef et Jean René Belliard)
Ahmed al-Jarba (G) et Riad Hijab (D) 
Nouveau coup de théâtre en Arabie saoudite. Dans le cadre des purges politiques à grande échelle menées par le prince héritier Muhammad ben Salmane, Riyad a ordonné l'arrestation d'Ahmed al-Jarba et de Riad Hijab, deux anciens leaders de l'opposition syrienne soutenus par l'Arabie saoudite.
Les deux hommes, qui avaient jusqu'ici bénéficié d'un soutien inconditionnel de l'Arabie saoudite, alors que leur autorité au sein de l'opposition syrienne était fortement contestée, sont à présent accusés en Arabie saoudite pour "blanchiment d'argent et contrebande".  
Il s'agit là d'un signe supplémentaire que les purges de Muhammad ben Salmane visent non seulement à asseoir son pouvoir face à l'opposition potentielle des déçus par sa nomination comme prince héritier en remplacement du prince Muhammad Ben Nayef, mais également à réorienter radicalement la géo-politique du régime saoudien. La démission surprise du premier ministre libanais, est une autre indication de l'entrée en fanfare sur l'échiquier de la politique internationale du prince Muhammad Ben Salmane.  
Il faut désormais s'attendre à de profonds bouleversements, non seulement en Arabie saoudite, mais également au Moyen orient, avec la bénédiction et le soutien du président américain Donald Trump.  
Mohammad Ben Salmane, malgré son sourire affable, n'a pas la politesse des rois, est loin d'être naïf, et sait parfaitement que nombreux sont ceux qui, en Arabie saoudite comme ailleurs, aimeraient bien lui mettre des bâtons dans les roues pour l'empêcher de réformer son pays. Il faut désormais oublier l'image d'une Arabie saoudite handicapée par la vieillesse de ses dirigeants. 
Le message de Muhammad Ben Salmane 
Le message de Muhammad Ben Salmane à tous les puissants Saoudiens, y compris à Saad Hariri, est que personne n'est trop puissant pour échapper au nouveau pouvoir du prince héritier; même un citoyen saoudien. (Hariri), quand bien même serait-il  le Premier ministre d'un autre pays. Reste à savoir comment le nouvel homme fort de la monarchie saoudienne va manœuvrer pour  régler la crise constitutionnelle qu'il va provoquer au Liban, tout comme la crise d'autorité au sein de l'opposition syrienne à la veille d'une nouvelle conférence sur la Syrie à Genève ?

Jean René Belliard

ptolemee@belliard74.com

28/06/2014

Opposition syrienne : La rivalité se poursuit entre pro-saoudiens et pro-qataris

On croyait le Qatar rentré dans le rang
On croyait que la rivalité s’était calmée entre l’Arabie saoudite et le Qatar depuis que Cheikh Tamin avait succédé à son père Cheikh Ben Khalifa al-Thani, le 24 juin 2013. Un vague compromis avait d’ailleurs été trouvé le 17 avril 2014 entre le petit Emirat et les membres du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).
Au terme d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des six pays du Conseil de coopération du Golfe, les membres s’étaient entendus sur un « mécanisme d'application » d'une entente conclue en novembre 2013 avec le Qatar, en vertu de laquelle Doha s'engageait à ne plus s'ingérer dans les affaires de ses voisins, et à mettre un terme à sa politique jugée déstabilisatrice dans la région. Doha était en effet accusé par ses voisins de soutenir les islamistes proches des Frères musulmans dans les autres pays du Golfe, dont des dizaines ont été condamnés à la prison aux Émirats arabes unis, et de servir de refuge aux islamistes d'autres pays arabes. Le Qatar était également considéré comme l'un des principaux bailleurs de fonds des Frères musulmans en Égypte et de groupes proches de cette confrérie dans d’autres pays du printemps arabe, alors que l'Arabie saoudite et le reste des monarchies du Golfe soutenaient les militaires égyptiens. Il était enfin accusé de faire cavalier seul en Syrie en soutenant ses propres rebelles sans coordination avec l'Arabie saoudite.

Un récent conflit entre dirigeants rebelles syriens révèle qu’il n’en était rien
On apprenait que le Chef du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne (rebelle), Ahmad Tohmé, soutenu par le Qatar, avait décidé de dissoudre la plus haute instance militaire rebelle et « de déférer ses membres devant le comité de contrôle financier et administratif du gouvernement pour qu'ils fassent l'objet d'une enquête ». On les accusait ni plus ni moins de détournement de fonds. L'information était choquante, naturellement, et surprenante.
La mesure était aussitôt annulée par le chef de la Coalition, Ahmad Jarba, un proche de l’Arabie saoudite. Jarba fera aussitôt paraître un communiqué selon lequel le chef du gouvernement provisoire (Tohmé) avait outrepassé ses pouvoirs. Le comité politique décidait également de « demander au Conseil général de se prononcer sur cet abus de pouvoir lors de sa prochaine réunion (du 4 au 6 juillet 2014 à Istanbul) et de prendre les mesures qui s'imposent ».

Crise entre pro-saoudiens et pro-qataris
L’élection d’Ahmad Tohmé à la tête du gouvernement de transition de la Coalition nationale syrienne avait déjà provoqué une scission au sein de la rébellion. Le 25 septembre 2013, encouragés par l’Arabie saoudite, plusieurs groupes influents d’insurgés syriens avaient constitué un nouveau Front islamique, refusant l’autorité de la Coalition nationale syrienne (CNS). Dans une vidéo publiée sur des réseaux sociaux, le chef politique de la brigade al-Tawhid, considérée comme modérée, affirmait que cette nouvelle entité regroupait des milliers de combattants de treize organisations armées, dont trois appartenaient auparavant à l’Armée syrienne libre (ASL). 
Le nouvel incident de ces jours derniers reflète la rivalité existant entre Ahmad Jarba et Ahmad Tohmé. Le premier doit quitter la présidence lors de la prochaine réunion du Conseil général, car il ne peut pas exercer plus de deux mandats. Mais Ahmad Jarba veut continuer à jouer un rôle et, à travers lui, les Saoudiens continuer de tirer les ficelles de la rébellion syrienne. Jarba aurait imaginé former un Haut Conseil de la révolution syrienne. Il s’agirait d’une instance militaire dont il exercerait la présidence. Cette instance n’aurait aucune relation avec le gouvernement de transition. Pour parvenir à ses fins, il aurait l’intention de demander un vote de défiance contre le gouvernement de transition. Ahmad Tohmé, mis au courant du plan d’Ahmad Jarba, aurait alors décidé de prendre les devants et de dissoudre le conseil militaire en le discréditant sous le prétexte qu’il serait corrompu.

Jean René Belliard (auteur de Beyrouth, l'enfer des espions)



07:54 Publié dans Ahmad Tohmé, Arabie saoudite, Jarba Ahmad, Qatar, Syrie | Lien permanent | Commentaires (2) | | | | |